18 Tammuz 5779‎ | 21 juillet 2019

Rabbi Nathan Tzvi Finkel, le Saba de Slabodka

Rabbi Nathan Tzvi Finkel naquit en 1849 à Rassin, Lituanie. Orphelin
dès son tout jeune âge, le futur Rabbi Finkel fut élevé par son oncle à Vilna avant de partir pour Kelem étudier auprès de l’Alter Rabbi Simcha Zissel
Ziv, fervent défenseur du mouvement du moussar. C’est auprès de lui que Rabbi Nathan Tzvi Finkel rejoignit les rangs modernes de ceux qui prônaient l’importance de l’étude du moussar, de la morale juive, dans le système d’étude classique des yéchivot à cette époque. Cette rencontre avec Rabbi Zissel forgea la direction de la vie de Rabbi Finkel à tel point qu’il prendra par la suite l’habitude de commémorer le jour de la rencontre avec son rav en portant ses vêtements de Chabbat et en récitant le hallel. En 1876, Rabbi Finkel partit pour Kovno, et s’installer dans une petite banlieue dont le nom deviendra célèbre : Slabodka. A son arrivée à Slabodka, Rabbi Finkel entreprit de fonder un kollel dans la toute petite ville. Lorsqu’il jugeait les étudiants de son kollel mûrs, Rabbi Finkel les envoyait fonder de nouvelles yéchivot ou encore refleurir la population de certaines yéchivot à l’époque en déclin. Ainsi Rabbi Finkel, sans rechercher le bénéfice d’accroître les rangs de sa propre institution, avait pour seul et unique but de contribuer à l’épanouissement des yéchivot dans la région et de diffuser sa Torah bien-aimée. En 1882, Rabbi Finkel fonda la très renommée yéchiva de Slabodka, qui portait une particularité révolutionnaire dans le monde
des yéchivot de l’époque : une demiheure de moussar concluait la journée d’étude habituelle des ba’hourim, et une importance particulière était accordée au travail des valeurs morales. En moins de quinze ans, la yéchiva attira près de 200 ba’hourim. Pourtant en 1897, le tribunal rabbinique en vigueur en ces temps, soutenu par de nombreux décisionnaires, engagèrent une querelle contre Rabbi Finkel concernant la forme exceptionnelle de l’enseignement de sa yéchiva. Rabbi Finkel, ne voulant pas se soustraire
à la décision d’un tribunal rabbinique, quitta sa yéchiva dans laquelle il avait tant investi, suivi par cinquante étudiants à peine, pour fonder une nouvelle institution, qu’il nomma Knesset Israël, au nom de son maître fondateur du mouvement du moussar Rabbi Israël Salanter. Lors des débuts de sa nouvelle yéchiva, le Saba de Slabodka rencontra par hasard le roch yéshiva de Mir, qui ne reconnut par Rabbi Finkel. Le Roch yéchiva, entendant que ce juif en face de lui était originaire de Slabodka, s’adressa à Rabbi Finkel en ces termes : « J’ai entendu qu’il y avait eu une grande dispute à Slabodka, et que le Roch yéshiva avait été renvoyé ». Rabbi Finkel, avec son humilité qui lui était caractéristique, ne pipa mot ; et à dater de ce jour, refusa d’accepter un salaire de la yéchiva, puisque selon les paroles de vérité du grand maître qu’il avait rencontré, il n’en était plus le dirigeant. Rabbi Finkel, homme d’une modestie exceptionnelle, n’occupa jamais
aucun poste officiel au sein de sa yéchiva. Son nom n’apparut sur aucun document officiel, il ne portait aucun titre et avait l’habitude de prier au milieu de la yéchiva, loin des Rabbanim et Raché Yéchivot qui avaient pour habitude de s’asseoir à l’avant. Même son étude de la Torah se faisait dans la plus grande des discrétions. On raconte qu’un jeudi soir, alors que ses talmidim avaient pour habitude de passer la nuit à étudier, la femme de Rabbi Finkel les invita à prendre un rafraîchissement au petit matin. A leur arrivée, ils trouvèrent le rav endormi, et sa femme leur expliqua « comme vous, il a passé la nuit plongé dans la Torah. En entendant votre venue, il a fait mine de s’endormir ». D’ailleurs les initiales de Rabbi Finkel, avec lesquelles il signait d’accoutumée ses lettres, une fois remises dans l’ordre composent le mot HaTsaFuN, qui signfie « caché » en hébreu. L’année 1924 signa le départ de la yéchiva de Slabodka pour Erets Israël. Cette année-là, parut un décret de l’armée russe qui prévoyait d’enrôler de force les
étudiants qui ne faisaient pas d’étude de ‘hol (profanes). Rabbi Finkel rassembla ses dernières forces pour faire émigrer la yéchiva en Erets Israël, à Hevron. Le 29 chevat 1927, Rabbi Nathan Tzvi Finkel, le Saba de Slabodka, s’éteignit à Yérouchalayim.