18 Nisan 5779‎ | 23 avril 2019

A la suite des précipitations des dernières semaines, Les actions du lac de Tibériade sont en hausse sensible

Tourists ride boats on the lake of Kinneret, Northern Israel. June 07, 2018. Photo by David Cohen/FLASH90 *** Local Caption *** èáøééä èáøéä çåôù ëðøú

En moins d’une semaine de pluies diluviennes, le niveau du lac de Tibériade a grimpé de plus de 80 centimètres. C’est probablement la meilleure nouvelle fournie ces derniers mois par un média israélien et, même s’il faut préciser que ce niveau reste encore à 1,1 mètre en deçà de la ligne rouge inférieure, la remontée du Lac est suffisamment massive pour que l’on s’y intéresse de plus prêt. Ce que nous avons fait. Certes, dans le cas précis, il y deux manières de «lire» ces derniers développements : la manière négative qui consiste à insister sur le fait qu’il
reste encore plus de 5,30 mètres de précipitations avant que le lac ne retrouve son niveau maximal. Et la manière plus positive qui consiste à se congratuler parce que le niveau du lac a grimpé de près d’un mètre en moins de deux mois. Il faut pourtant rappeler que la dernière fois que le Kinneret a débordé à la suite de pluies diluviennes, c’était en 1992, il y a donc 27 ans. Au début de cette annéelà, il manquait quatre mètres au lac pour atteindre son niveau maximal. En une saison de pluies conséquentes, ils furent comblés à tel point qu’ils ne craignirent que le lac ne déborde. Et de facto c’est durant cette année 92 que l’on ouvrit pour la seconde fois de l’histoire d’Israël le célèbre barrage de Degania, la première étant en 1969.
Cette année de 1992 fut donc exceptionnelle comme en témoigne Shlomo Bahloul, l’ancien sous-directeur du Conseil du Lac : «Chaque goutte de pluie qui tombait en Galilée et dans le Golan se retrouvait directement dans le Kinneret, comme si elle glissait sur une plaque de verre. C’est un phénomène naturel que l’on n’avait pas constaté depuis 1969 », se souvient-il. En effet, il y a tout juste cinquante ans, en 1969 donc, le niveau du lac était au maximum et les inquiétudes face à une submersion étaient importantes. Ce niveau record de 208.20 mètres au-dessous du niveau de la mer n’a plus jamais été atteint depuis et, malheureusement, au cours des dernières années, ce niveau n’a fait que baisser. Voilà pourquoi, après les précipitations records de ce début du mois de Janvier 2019 et cette remontée quasi immédiate dans les données, on affirme coté israélien que, si cette tendance se poursuit, il sera à nouveau possible de restaurer les
plages du Lac et de promouvoir le tourisme régional autour du Lac En 2013, le Kinneret s’est élevé de 22 centimètres en une seule journée de pluie! Mais il s’agit là d’un phénomène très rare où les précipitations sont incessantes durant toute une journée. Néanmoins, sans en arriver là, on remarque que jamais les rivières et les fleuves israéliens n’ont été aussi pleins qu’ils le sont désormais. Pour une meilleure gestion du niveau du Kinneret, une « ligne rouge supérieure », à 208.9 mètres en-dessous du niveau de la mer, a été définie comme le niveau maximal à ne pas dépasser afin de ne pas mettre en danger les zones habitées autour du lac, et une « ligne rouge inférieure », à 212 mètres en-dessous du niveau de la mer, en dessous de laquelle il faut cesser de pomper l’eau afin de ne pas mettre en danger l’écosystème et la qualité de l’eau. Ces lignes rouges ont été inscrites
dans la loi depuis 1969. Suite à une demande croissante d’eau en Israël et les nombreuses années de sécheresse consécutives, le niveau du lac s’est
approché de la ligne rouge inférieure. Aussi, dans les années 80 et 90, cette ligne rouge a été revue à la baisse pour atteindre les 215.5 mètres sous le niveau de la mer. En dessous de cette ligne, il n’est plus possible physiquement de pomper la moindre goutte d’eau. Aujourd’hui, le niveau minimal est déterminé à moins 213 mètres. Cependant, la nature se soucie peu des lignes rouges. Le 25 novembre 2011, le lac a atteint un triste record avec moins 214.85 mètres sous le niveau de la mer. Ce niveau a été défini comme « ligne noire » sous laquelle il est interdit de pomper de l’eau.
Les mesures du niveau des eaux du Kinneret ne sont pas nouvelles. Itshak Gal, chercheur et spécialiste du Kinneret, a révélé des lettres rédigées par des pêcheurs à l’époque du début du Mandat Britannique en Israël. A l’époque, le niveau du lac atteignait une hauteur de 60 cm « sous le quai du port » correspondant à « douze briques sous la fenêtre du café d’Eliahou Abadi ». Les pêcheurs ont marqué ce niveau et, depuis, le niveau est mesuré selon les niveaux sur le mur sous le café d’Abadi. » Ce café a aujourd’hui
disparu. Selon Eli Ashkenazi du journal Haaretz, ces mesures des pêcheurs de Tibériade servaient aux pionniers de l’industrie et au fondateur de la compagnie d’électricité, Pinhas Rothenberg, afin de mettre en place la centrale électrique de Naharaïm. Le but était de pomper le maximum d’eau du Kinneret en hiver et un minimum en été, afin de faire fonctionner les turbines de la centrale électrique. Il fallait pour cela définir des lignes rouges pour le lac. Rothenberg a mené des négociations avec les responsables du Mandat Britannique pour déterminer les différences de niveau du Kinneret et installer la première centrale hydroélectrique
à Naharaïm. Il construisit une série de barrages et de digues comme celui de Degania afin de réguler le flux des eaux du Kinneret selon la quantité d’eau nécessaire au fonctionnement de la centrale. Le système de digues permit de cumuler de grandes quantités d’eau et de les faire tomber en cascade sur les turbines pour fabriquer l’électricité. Les mesures de l’époque n’étaient pas aussi précises que celles d’aujourd’hui, mais c’est à partir de ce moment-là que le niveau du lac fut contrôlé. En 1940, la mesure devient plus précise et le niveau supérieur fut déterminé à 209 mètres sous le niveau de la mer et la ligne inférieure à 212 mètres, sensiblement les mêmes qu’à l’heure actuelle. En 1931, l’église a tenté de s’opposer à l’intervention des hommes sur le niveau du lac « saint pour tous les Chrétiens du monde ». Rothenberg dut se battre contre les autorités chrétiennes pour utiliser les eaux du Kinneret pour sa centrale électrique et rassurer sur le sort des sites chrétiens qui risquaient d’être submergés en cas de crue. Rothenberg explique, dans une lettre, avoir demandé aux autorités britanniques de déterminer le niveau maximal en dessous du niveau réel, renonçant ainsi à 90 millions de m³ pour s’assurer que le lac ne déborde jamais. De même, des travaux furent entrepris afin de protéger le village de Capharnaüm, la Mission écossaise, et l’église grecque orthodoxe. La guerre sainte contre le Kinneret ne s’arrêta pas là. L’Agence juive est, elle aussi, intervenue contre la centrale électrique de Rothenberg qui pouvait nuire à certains lieux saints en Israël, provoquer des épidémies de malaria ou encore révéler des pierres brûlantes qui pouvaient blesser les pieds des
femmes venues prendre de l’eau pour leur foyer. En 1936, la commission Peel, commission d’enquête gouvernementale, fut créée par le gouvernement britannique afin de déterminer le destin d’Israël et d’en finir avec la grande révolte arabe. Elle suggéra un programme de partage d’Eretz Israël entre Juifs et Arabes, la majorité pour les Arabes et le nord du pays pour les Juifs. La commission fut inquiétée par la centrale électrique de Rothenberg parce qu’elle risquait de nuire aux lieux saints chrétiens. Mais la commission signale surtout son inquiétude pour les citoyens arabes qui devront parcourir des centaines de mètres sur des pierres brûlantes avant d’atteindre le lac. Les chercheurs ne possèdent pas la réponse de Rothenberg à ces inquiétudes, mais la centrale continua à fonctionner sans que jamais le niveau du lac ne franchisse les lignes rouges. Le Lac de Tibériade a fait l’objet d’études bien avant que Rothenberg ne construise ses digues et que la main de l’homme n’intervienne sur la nature. Depuis 1812, de nombreux chercheurs du monde entier se sont penchés sur le niveau du lac, alors que les différences de niveaux étaient, à l’époque, uniquement d’origine naturelle. Depuis la construction de l’aqueduc national en 1964 et le début du pompage en vue de l’alimentation de tout le pays en eau potable, l’homme est aussi responsable des baisses de niveau du lac.
Binyamine Hinkiss