18 Tammuz 5779‎ | 21 juillet 2019

Les origines de la fête de Tou Bichvat

Si la Torah mentionne à de nombreuses reprises l’importance de l’arbre et des fruits, la fête de Tou Bichvat, elle, n’est pas citée explicitement dans le texte. Haguesher s’est penché sur les textes pour revenir jusqu’aux origines de cette fête qui est si populaire aujourd’hui. La mention de la fête de Tou Bichvat apparaît pour la première fois dans la Michna, aux côtés des trois autres « têtes d’année », les roch Hachana qui rythment le calendrier
juif. Une fois encore, il n’est pas fait mention de fête, mais simplement d’une date, le 1er ou le 15 du mois de Chvat selon les avis, qui marquerait la césure entre la récolte appartenant à l’année précédente et celle de l’année suivante dans le prélèvement du maasser (dîme). Selon les sages de la Michna, à cette date serait passée l’essentiel de la saison des pluies, et la sève des arbres remonterait à nouveau provoquant l’éclosion de nouveaux fruits. Dans les textes contemporains, il n’est toujours pas fait mention de coutumes accompagnant cette date, mais, peu à peu, Tou Bichvat
prend une place nouvelle dans le calendrier juif : celle d’un Roch Hachana pour les fruits, un jour de jugement durant lequel sera décidé de la récolte de fruits de l’année à venir. Chez les Richonim (XI-XII), on ne trouve que de minces traces de coutumes associées à Tou Bichvat. Le Rambam ne cite son existence qu’en lien avec les maasserot des fruits. Chez les Richonim ashkénazim, il est rapporté qu’il n’est pas lieu de jeûner ni de lire les ta’hanounim (supplications) dans la téfila de Tou Bichvat. Rien à voir avec les traditionnels plateaux de fruits que nous consommons aujourd’hui à Tou Bichvat. Alors d’où proviennent ces différentes habitudes?
C’est dans des textes datant de l’époque des kabbalistes que nous trouvons les premiers vestiges d’un Séder de Tou Bichvat, institué à l’image du Séder de Pessa’h. On rapporte que le Ari Hakadoch, Rabbi Its’hak Louria, installé à Tsfat, avait déjà pris l’habitude de célébrer Tou Bichvat. Mais c’est dans une
partie d’un ouvrage rédigé par les élèves du Ari, le Péri Ets Hadar que sont décrites dans leurs moindres détails les habitudes qui accompagnaient le traditionnel repas de Tou Bichvat. Lors de ce séder, 30 fruits sont disposés sur la table et repartis en trois catégories , ceux dont on mange la peau et le fruit et qui ne possèdent pas de noyau (pommepoire), ceux dont on jette l’enveloppe dure (amande, noix), et enfin ceux dont on consomme la peau mais qui ont un noyau distinct (datte, olive). La consommation de chaque fruit est accompagnée de lecture de psoukim lui étant associé et de bérakhot. Parmi ces trente fruits, douze doivent être présents obligatoirement, car leur nom correspond à de différentes permutations de celui d’Hachem. Au cours du séder, il convient de boire quatre coupes
de vins, la première remplie de vin blanc, la seconde à majorité de vin blanc, la troisième ayant du vin blanc et du vin rouge en proportions égales et la dernière contenant uniquement du vin rouge. Chacun des éléments de ce séder représente ainsi des niveaux de pureté et de proximité avec Hachem qu’il conviendrait d’atteindre. Ce sont les prémices d’un séder de Tou Bichvat comprenant la consommation de fruits. Suite à l’impulsion des kabbalistes de Tsfat, on retrouve dans les traditions postérieures à cette période comme principale habitude liée à Tou Bichvat la consommation de fruits. Chez les Juifs ashkénazes, ce sont les fruits secs qui sont principalement mis à l’honneur, notamment car il était impossible de se procurer d’autres sortes de fruits à une date qui coïncidait habituellement
avec le milieu de l’hiver en Europe. Les Juifs tentaient notamment de se procurer des fruits issus des sept espèces, mangeaient le etrog conservé confit depuis souccot. Aux enfants, il était donné des sachets de fruits qu’ils distribuaient au ‘héder. La consommation des fruits était généralement accompagnée de divré torah riches en comparaison entre l’homme et le fruit. Chez les juifs séfarades, la quantité de fruits disposés sur la table était d’ordinaire plus variée ; jusqu’à ce que certains prennent l’habitude d’avoir en leur possession en l’honneur de Tou Bichvat plus de cinquante espèces de fruits. Voici plus ou moins les coutumes en vigueur jusqu’au
XXe siècle. Car, avec l’émergence du sionisme, la fête de Tou Bichvat acquiert une nouvelle dimension due à l’engouement pour la terre d’Israël à nouveau repeuplée et cultivée sans relâche. Dans les kibboutzim, Tou Bichvat constitue une occasion d’encourager la plantation d’arbres et le renouvellement de la nature. Tou Bichvat et l’amandier qui commence à fleurir sont rapidement pris comme symbole de la nouvelle prise de possession de la terre d’Israël par le peuple juif. A tel point que Tou Bichvat sera choisie comme date d’inauguration de la Knesset en 1949. Cette signification nouvelle ajoutée à Tou Bichvat explique peut-être la popularité de Tou Bichvat chez les religieux comme chez les moins pratiquants.