24 Heshvan 5780‎ | 22 novembre 2019

Lorsque le rationnel éclaire l’incompréhensible Rav Yaacov Sitruk

Qu’y a-t-il de plus rassurant qu’un chiffre ? Cette notion rationnelle, permet de compter, de prévoir, anticiper, quantifier, valoriser… La liste est si vaste qu’elle semble ne pas avoir de fin. Il s’agit en fait d’un système qui contient tout le reste de la création. Le chiffre contient tout, comprend tout et donne tous les pouvoirs (ou presque) à celui qui le maîtrise parfaitement. Mais le chiffre a ses limites. Plutôt SA limite. En effet, lui accorder trop d’importance, c’est risquer de subir la limite qu’il impose aux choses. La Torah nous invite plusieurs fois à dépasser cet horizon. Alors qu’Avraham désespère de devenir père, Hachem l’invite à « sortir » afin de voir les étoiles (Béréchit 15-5). Rachi s’interroge en se demandant d’où l’a-t-il fait sortir ? Il donnera l’explication selon laquelle il l’invite à sortir de son système. Il n’arrive pas à s’imaginer avoir des enfants, car le système rationnel dans lequel il évolue, ne lui permet pas de dépasser les paramètres sur lesquels il repose. On demande donc à Avraham d’envisager
« l’inenvisageable » ? Il y a un paradoxe vraiment intéressant ! Il faut croire donc imaginer que la chose est possible ; alors que ce qui permet justement
à l’individu de programmer est une limite en soi. On va retrouver cette difficulté dans divers domaines de la vie : santé, Parnassa, projet. Le Rama, dans le Choul’han Aroukh Ora’h ‘Haïm explique la bénédiction de Acher Yatsar dans laquelle nous rendons hommage à Hachem pour le fonctionnement du corps humain. Il y est dit Oumafli Laassot, contraste entre une chose Pélé invraisemblable- et Laassot faire-, chose apparemment naturelle. Le rav précise qu’il s’agit de la cohabitation entre la Néchama et le corps. Deux éléments indispensables l’un pour l’autre, mais dont la
nature est foncièrement différente. Ceux qui les singularisent justement, c’est le fait que le corps est ce système rationnel, quantifiable et prévisible, mais désespérément limité. L’âme quant à elle est ce complément qui donne la vie, le sens des choses et leur raison d’être, mais ne se réalisera
pas dans son rôle sur terre sans l’enveloppe du corps. Le peuple juif passera une partie de son histoire en exil. Il connaîtra les déplacements géographiques, l’asservissement, l’assimilation, la dispersion dans ce qui s’appelle la Galout. Ce terme a selon nos maîtres un double sens : galout veut dire exil, guilouy veut dire découvrir. Voilà de nouveau notre paradoxe dans un problème qui véhicule sa propre solution. Le rationnel qui éclaire l’incompréhensible. Voici un programme passionnant : on ne peut rien maîtriser sans la logique et le rationnel. Mais leur raison d’être est de nous permettre de donner un sens à ce qui nous dépasse et qui incarne la vérité.
Ce qui n’est ni logique ni rationnel !