15 Adar I 5779‎ | 20 février 2019

La boucle est bouclée Le Kibboutz (ou Kvoutzat) Kinneret fête ses 105 ans alors que l’on célèbre ce même nombre d’années pour le fameux « voyage des Rabbanim » effectué par le Rav Avraham Its’hak Hacohen Kook et le Rav Haïm Zonenfeld zatsal, venus parcourir les localités d’Israël pour sensibiliser et renforcer les populations d’Eretz Israël (voir encadré). Cet anniversaire a été accompagné il y a quelques jours de l’inauguration de la nouvelle synagogue du kibboutz Inauguration de la synagogue du Kibboutz Kineret

Lorsque ces grands maîtres ont fait escale au Kibboutz Kinneret, ils ont
été consternés de constater l’absence total de spiritualité qui y régnait. Mais aujourd’hui, plus d’un siècle plus tard, les prières pour que la pluie tombe et fasse augmenter le niveau du Lac de Tibériade, sont devenues monnaie courante. Et elles se déroulent, aussi surprenant que cela puisse paraître, dans la synagogue du Kibboutz à proximité des plantations de bananes, d’avocats et de mangues qui elles, ne manquent pas d’eau. Et la seule existence de ce lieu de prière est le reflet d’une démarche à la fois impressionnante et émouvante. Ziv Zandberg, l’un des responsables de sources d’eau de Kinneret ne cache pas son inquiétude face à la baisse constante du niveau du lac. Il se souvient des beaux jours où l’eau coulait à flots et où il devait ouvrir l’écluse sur la pointe sud du lac, pour canaliser l’eau et empêcher que le kibboutz ne soit submergé. Mais même si les prévisions ne sont pas optimistes, la ferveur n’a fait qu’augmenter au kibboutz, surtout depuis l’inauguration de la synagogue, lors des dernières fêtes de Tichri. Pour les agriculteurs de Kinneret, un objectif qui est aussi un combat est dominant aujourd’hui : celui d’empêcher la
poursuite du pompage des eaux du lac par l’Etat, des eaux potables qui sont destinées à l’agriculture. La situation n’a jamais été aussi critique, il est indispensable de prendre de nouvelles mesures pour que l’on cesse de pomper cette eau du lac. Ce qui nous ramène à la construction de la synagogue, fait peu fréquent surtout dans un kibboutz du mouvement israélien des kibboutzim. Et pourtant, il s’est avéré que la plupart des fondateurs du kibboutz sont les descendants de Rabbanim et de grands sages venus de Vilna. Zvi Zandberg est le petit-fils d’un ancien grand rabbin de la ville et de nombreux membres du Kibboutz qui se sont battus pour qu’une synagogue soit construite ici, ont pour ancêtres de grand Rabbanim lituaniens et polonais. A cette communauté, s’est ajouté un groupe d’originaires du Yémen, dont certains étaient particulièrement pratiquants. Mais ces olim yéménites ont fini par quitter le kibboutz vingt ans après leur arrivée pour fonder le quartier de Marmorek à Rehovot. La spiritualité a toujours été présente ici ! Pour illustration, cette histoire survenue il y a plusieurs dizaines d’années, alors que les membres du kibboutz se réunissaient dans un petit bâtiment qui servait de synagogue le chabbat et de salle de sport pour l’école durant la semaine. Il n’y avait
pas toujours de quoi réunir un minyan, et c’est pourquoi certains fidèles venaient de l’extérieur et marchaient pendant une quarantaine de minutes pour aller prier à la synagogue de la localité de Kinneret. Mais pour le premier Pessa’h au kibboutz Kinneret, une centaine de fidèles s’étaient rassemblés, record jamais égalé. Or ce jour-là, l’ambiance de la fête a rapidement été assombrie par la disparition d’un Séfer Torah. Les fidèles ne pouvaient imaginer que quelqu’un se soit introduit dans la synagogue de leur kibboutz laïc pour voler un Séfer Torah. Le vol avait eu lieu sans effraction, le cadenas de l’arche sainte, le Aron Hakodech, avait été ouvert avec la clé et refermé comme si de rien n’était. Les membres du kibboutz étaient déterminés à retrouver le Séfer Torah et engagèrent des recherches dans tout le kibboutz et ses alentours, mais sans succès. L’ambiance
alors était celle d’un véritable deuil et la tristesse avait envahi tous les coeurs. Tout le monde ne parlait plus que du vol, au poulailler comme dans les champs, dans la salle à manger ou encore au garage du kibboutz. Pour tous, le Séfer Torah était perdu à jamais. Pourtant, peu de temps après le vol, il a été retrouvé près du garage, entre de vieux tracteurs, en parfait état. Le voleur avait certainement dû regretter son acte et le déposer là. Le retour du Séfer Torah dans l’arche fut célébré dans la joie. Ce Séfer avait été offert par un médecin de Miami, le Dr Haïm Zinger, qui avait fait du volontariat dans le kibboutz et s’était rendu compte que celui-ci ne possédait pas de Séfer Torah. Depuis cette étonnante histoire, une constatation simple s’impose : le nombre de membres du kibboutz qui reviennent à la religion ne cesse d’augmenter. Ce qui est tout à fait impressionnant pour un kibboutz laïc. Le Kibboutz Kinneret est l’un des plus anciens d’Eretz Israël. Et même s’il s’agissait d’un kibboutz laïc, le judaïsme a donc toujours été très présent dans le quotidien de
ses membres. Ainsi lorsqu’un organisme chrétien est venu s’installer non loin du kibboutz, les membres ont réussi à dissuader les autorités chrétiennes de mettre en évidence des symboles chrétiens ostentatoires. Lorsque quelques membres ont évoqué l’idée de construire une nouvelle synagogue dans le kibboutz, ils n’ont pas craint la bataille qui s’engageait, avec à leur tête Amos Menahem et son fils, qui a recruté les jeunes générations dans le combat. Le budget d’un demi-million de shekels avait déjà été ratifié par l’Etat, et finalement le projet de la synagogue a été validé grâce au soutien d’une majorité de membres du kibboutz. Restait à déterminer le lieu du chantier. La synagogue a finalement été construite à l’entrée du kibboutz, sur la voie principale. Depuis son inauguration,
elle attire un public de fidèles mené par les jeunes qui ont convaincu les générations plus anciennes de les suivre dans cette belle aventure. Par la suite, les membres ont posé des mézouzot sur leur maison, ils célèbrent les Bar-mitzva et la synagogue accueille, chaque chabbat, une trentaine de personnes à chaque office. Ziv Zandberg, fervent défenseur de la synagogue, avoue que le combat a changé de terrain. « De notre point de vue, en tant que professionnels de l’eau, nous avons mis en oeuvre tous les moyens en notre possession. Aujourd’hui, il ne nous reste qu’à prier et à nous tourner vers Notre Créateur. La situation de l’eau en Israël est telle que nous ne pouvons espérer nous en sortir seuls. Sans prière, et sans D.ieu nous n’arriverons à rien. » Le Kinneret recule chaque année un peu plus et la pollution est de plus en plus visible. Seules des pluies abondantes et un
hiver pluvieux pourraient améliorer la situation. Le niveau est en baisse depuis des années et le niveau le plus bas est atteint avec moins 215 mètres. Mais tout peut changer en une saison si le ciel devient clément, les réservoirs peuvent se remplir à nouveau si les pluies tombent abondamment. Pourtant les spécialistes de l’eau restent pessimistes quant à une amélioration sensible de la situation, à la lumière des années précédentes. L’eau ne fait que reculer et la mairie de Tibériade a décidé de « profiter » de la situation, alors que de nouvelles attractions touristiques sont en cours de construction là où il y a quelques années, l’eau recouvrait tout. Le paysage est en pleine mutation et le lac de l’Etat fait aujourd’hui peine à voir. De nouveaux morceaux de terres apparaissent et des marches qui avaient été placées pour descendre vers la plage, alors que l’eau chatouillait le bas des escaliers, se retrouvent totalement à découvert.
L’eau a reculé de plus de 70 mètres à certains endroits. D’anciens champs cultivés il y a plus d’une centaine d’années sont dévoilés alors qu’ils étaient recouverts depuis. Les panneaux d’avertissement des dangers de ces nouvelles terres dévoilées, fleurissent. Les amateurs de pêche
ne peuvent même plus espérer pêcher quoi que ce soit par ici. La municipalité a engagé des travaux de rénovation cosmétiques
pour essayer de cacher les dégâts de la baisse du niveau de l’eau, alors que les mouettes et les corbeaux envahissent les plages. Pourtant une boucle s’est bouclée, puisque 105 ans après le célèbre voyage des Rabbanim, une synagogue a été construite là, pour que tous prient ensemble afin que la
pluie vienne à nouveau, remplir le Kinneret.
Moshé Michaël Tzoren