19 Av 5779‎ | 20 août 2019

Décryptage de l’étonnante conférence de presse électorale de Nétanyaou au Brésil !

Israeli prime minister Benjamin Netanyahu meets with Brazilian president Jair Bolsonaro in Rio de Janeiro. PM Netanyahu is on an official state visit in Brazil. December 28, 2018. Photo by Avi Ohayon/GPO ***HANDOUT EDITORIAL USE ONLY/NO SALES*** *** Local Caption *** øàù äîîùìä áðéîéï ðúðéäå ðôâù òí ðùéà áøæéì äðáçø áåìñðàøå, áøéå ãä æ'ðøå

Lundi soir (31/12), en pleine visite officielle au Brésil, le Premier ministre israélien a donné une conférence de presse impromptue au cours de laquelle il a répondu aux questions des journalistes israéliens qui l’accompagnaient dans ce déplacement. Pour mieux comprendre l’état d’esprit dans lequel se trouve actuellement Binyamin Nétanyaou, il convient de décortiquer ses déclarations. Ce qu’Haguesher a tenté de faire. L’annonce de la conférence de presse a été faite moins d’une demi-heure avant qu’elle ne débute. Et ce grand point de presse est intervenu peu avant 20 heures, heure d’Israël, l’heure des trois principaux journaux télévisés qui en ont diffusé de larges extraits avant de reprendre le cours normal de leur programme. Ce n’est pas la première fois que le Premier ministre effectue ce type de « manoeuvre médiatique ». Déjà, lors de son dernier déplacement à Paris, à l’occasion des commémorations du centenaire de l’armistice, il avait pris de court les journalistes de sa délégation en s’exprimant de manière décontractée sur des sujets de première importance. Apparemment, l’exercice semble donc avoir séduit le Premier ministre. Pourquoi ? Peut-être parce que les journalistes qui l’accompagnent ne sont pas toujours les meilleurs analystes politiques, avec lesquels Mr Nétanyaou aurait été plus « malmené », mais aussi parce qu’en les prenant de vitesse, il les empêche de préparer les questions les plus
incisives. Concrètement le Premier ministre a fait au cours de ce point de presse plusieurs déclarations importantes qu’il faut tenter d’interpréter :
Binyamin Nétanyaou a tout d’abord indiqué, comme l’avait déjà titré quelques jours auparavant le Israël Ayom, qu’il ne démissionnera pas si une procédure d’audience était entamée contre lui : « Il ne serait pas logiqued’entamer une démarche d’audience avant les élections s’il est impossible de la conclure avant cette consultation électorale », a dit le Premier ministre. Cette terminologie est intéressante : en effet, sur le plan juridique, pour qu’une procédure d’audience soit entamée, il faut auparavant qu’il soit inculpé par le Conseiller Juridique du Gouvernement. Mais le mot « inculpation » a été soigneusement évité par le Premier ministre qui apparemment ne veut pas que l’opinion publique puisse faire la moindre association d’idées. Cela signifie toutefois en filigrane que Mr Nétanyaou considère comme possible et peutêtre même probable, une inculpation par le Conseiller Mendelblit avant le 9 avril. Et à travers cette déclaration il entend faire pression sur le Conseiller juridique du gouvernement afin de le dissuader de présenter ses conclusions avant les élections. Audelà de ces pressions, on doit également constater que le Premier ministre a modifié sa cible présente : ce n’est plus la police ou encore le Parquet qui ont, tous les deux recommandé son inculpation, mais c’est désormais celui qui jusque-là était « protégé » et considéré comme le dernier recours. Cela aussi peut sous-entendre que tant Mr Nétanyaou que son entourage semblent admettre que Mendelblit s’achemine à grand pas vers une inculpation. A propos de Benny Gantz, le Premier ministre a réagi aux propos tenus par l’exchef d’état-major au micro de la chaîne I24 selon lesquels il n’était ni gauche ni à droite mais d’Israël : « Celui qui dit qu’il n’est ni gauche ni droite appartient en fait à la Gauche » a affirmé Mr Nétanyaou durant cette conférence de presse. Trois jours auparavant, il avait déjà résolument classé Benny Gantz à gauche en affirmant, en réponse à une question sur la candidature de l’ancien général, qu’il « ne se préoccupait pas de savoir comment la Gauche divise ses voix. » A propos de la formation de la Nouvelle Droite, le parti fondé samedi soir par Naftali Benett et Ayelet Shaked, le Premier ministre a affirmé qu’il représentait deux dangers : « le premier est qu’il effrite le bloc de droite, et le second est qu’il initie des alliances avec la Gauche ». Pour ce qui est d’effriter le bloc de Droite, le Premier ministre a foncièrement raison. Les premiers sondages prouvent que cette « Nouvelle Droite » morcelle considérablement le bloc de droite. Elle affaiblit sensiblement des partis comme le Foyer Juif, cela va de soi, mais affecte également Israël Beiténou, Koulanou, et dans une moindre mesure le parti Chass. Résultat : Ces trois formations de Droite se retrouvent à flirter avec le seuil d’éligibilité (3,25 % des suffrages exprimés). Elles pourraient même, selon certains sondages, ne pas le franchir et se retrouver en dehors de la 21e Knesset, ce qui serait une véritable catastrophe pour la Droite. De facto, on pourrait assister à un cas de figure où le Likoud remporterait haut la main les élections mais la Droite, elle, se retrouverait incapable de former une coalition majoritaire. Pour éviter que ce scenario se concrétise, le Premier ministre a proposé, lors de cette conférence de presse, et de manière allusive une solution : pousser certaines des formations « en péril » à fusionner au moins en partie avec le Likoud. Mais un tel cas de figure a été immédiatement repoussé par Avigdor Lieberman et par Moché Kahlon. Pour ce qui est du second danger de rapprochement de la Nouvelle droite avec la Gauche, Mr Nétanyaou a rappelé qu’en 2013 Benett avait déjà pactisé avec son « frère » Yaïr Lapid. A l’époque, ils avaient ensemble forcé le Premier ministre à inclure
ensemble le Foyer Juif et Yech Atid dans la coalition, une coalition contre-nature et donc éphémère, puisqu’elle avait tenu moins de deux ans… Pour éviter que cela ne se reproduise, Mr Nétanyaou a suggéré aux indécis de voter pour le Likoud : « Comme ça, votre voix ira bien à Droite ! »
D’une manière générale, cette conférence de presse, apparemment décontractée, est le reflet des préoccupations politico-électorales qui tracassent actuellement Binyamin Nétanyaou. Il semble que pour la première fois, dans le lointain Brésil, le Premier ministre ait compris que la victoire au lendemain du 9 avril était bien loin d’être acquise. Il pourra toujours se consoler en se rappelant qu’il a pour habitude de débuter les campagnes électorales dans la difficulté… avant de les terminer dans l’allégresse…
Daniel Haïk