18 Iyyar 5779‎ | 23 mai 2019

Une prophétie de vin et de lait… Rav Yé’hiel Brand

Yaacov accorde à son fils Yehouda et à sa tribu des bénédictions portant sur la royauté et la venue du Machia’h : « Le sceptre ne s’écartera pas de Yehouda… jusqu’à ce que vienne Chilo – le Machia’h – et il dominera une assemblée de peuples. Osri laguefen iro – Il attachera son âne à la vigne, et son ânon au sarment ; il lavera son vêtement dans le vin, et sa tunique dans le sang des raisins. Il a les yeux rouges de vin et les dents blanches de lait » (Beréchit 49, 10-13). Le Machia’h viendra donc sur un âne, et les habits seront lavés dans du vin. Le prophète Zékharya annonce aussi la venue du Machia’h sur un âne (Zékharya 9, 9), et le prophète Yéchaya, pour sa part, décrit comment les habits seront trempés dans le vin. En fait, à l’approche de la fin des temps, les nations décevront D.ieu, et refuseront de rendre au peuple juif l’honneur qui lui est dû. Le prophète voit alors comment D.ieu vendangera la vigne, pressera les raisins, et salira Ses habits : « Qui est Celui-ci qui vient d’Édom, de Botsra, les vêtements teints de rouge… Pourquoi Tes habits sont-ils rouges, et Tes vêtements comme les vêtements de celui qui foule le raisin dans la cuve ? J’ai été Seul à fouler au pressoir, et nul homme d’entre les peuples n’était avec Moi ; Je les ai foulés dans Ma colère, Je les ai écrasés dans Ma fureur ; leur sang a jailli sur Mes vêtements, et J’ai souillé tous Mes habits. Car un jour de vengeance
était dans Mon coeur, et l’année de ceux que J’ai rachetés – les juifs – est
venue ! » (Yéchaya 63, 1-4). Pourquoi donc le vin salit-il les vêtements de D.ieu, tandis que ceux du Machia’h, il les lave ? Dans ces prophéties, le vin et les habits sont des métaphores : le vin renvoie au sang, et l’habit au comportement. La tenue d’un homme correspond à son activité : celui qui travaille dans le champ sous un soleil ardent, ne sera pas vêtu comme il le serait sous la neige, et le banquier sera vêtu autrement que le mécanicien. Ainsi en est-il kevayakhol – si l’on peut s’exprimer ainsi – concernant
D.ieu. Lorsque le prophète décrit Son habit de couleur blanche, c’est qu’Il
fait usage de Sa Bonté. Pour cette raison, lorsque le Grand Prêtre entre dans
le Saint des saints le jour de Kippour, il est tout de blanc vêtu, pour éveiller
la miséricorde de D.ieu. En revanche, lorsque le prophète dépeint l’habit de
D.ieu rougi par le vin, il parle de Sa Justice rigoureuse, évoquant le sang d’une mise à mort. Mais alors, exercer la justice salit-il le costume – le comportement ? Ou au contraire, cela le nettoiet- il de sa saleté ? Quand un individu subit un châtiment divin, il pourrait penser que D.ieu est injuste et qu’ainsi, Il salit Son vêtement en le traitant ainsi. Inversement, les
victimes d’injustices, en observant la sanction frappant des criminels, ressentent le contraire. Tant que D.ieu tolère les injustices, c’est comme s’Il salissait Ses habits, et en châtiant les coupables, Il les nettoie. Aussi, lorsque Yéchaya décrit les habits de D.ieu rougis, salis par le vin, il dépeint les sentiments de ceux qui subissent la condamnation divine. En revanche, Yaacov décrit le sentiment des innocents qui, jusqu’alors, souffraient des injustices. Pour eux, en sévissant contre les auteurs des crimes, D.ieu lave Son vêtement. Le roi et la justice Dans la prophétie de Yaacov, le royaume
de la maison de David est juxtaposé à la vigne. Cette dernière représente le Sanhédrin, le Grand Tribunal qui siégeait en demi-cercle comme une vigne (Cantiques des Cantiques 7 ; Sanhédrin 37/a). Son âne sera attaché à la vigne signifie, que les rois de la famille de David seront attachés et soumis aux Sages, et se laisseront juger par ces derniers : « Les rois de David sont aptes à juger, et ils sont aussi justiciables » (Sanhédrin 21). Les arrêts du Sanhédrin sont comparés au vin qui coule des raisins pressés, et lave les fautes des rois – leurs habits royaux. Grace à leur docilité, ils méritent la royauté jusqu’à ce que vienne Chilo – le Machia’h. En revanche, les rois d’Israël ne se soumettaient pas au Sanhédrin. S’ils venaient à être condamnés, ils risquaient de leur porter atteinte, et pour cette raison, les juges ne les jugeaient pas (Sanhédrin 21 ; Rambam, Rois, 3, 7).
Retour de la joie et de la sagesse Yaacov termine sa bénédiction en disant: « Il a les yeux rouges de vin et les dents blanches de lait ». Les dents blanches représentent la joie, car une personne en harmonie avec son entourage est heureuse et elle sourit, laissant apparaître ses dents (Ketoubot
111/b). Ainsi en sera-t-il à la venue du Machia’h, lorsque les mécréants auront reçu leur châtiment : la paix et la fraternité régneront dans le monde. C’est ainsi que Yaacov, après avoir mentionné les habits rouges de sang, souligne la blancheur des dents. Le vin fait également allusion aux secrets de la Torah (voir Rachi, Cantiques des cantiques 1, 2), de même que le lait (ibid. 4, 11). Ils seront dévoilés à la venue du Machia’h, après la guerre de Gog et Magog, lorsque disparaîtront les mécréants. À cette époque, réapparaîtra la Lumière des sept jours de la Création, qui fut jadis enfouie pour les Justes (‘Haguiga 12/a).