17 Shevat 5779‎ | 23 janvier 2019

Journée du Kaddich Haklali Torah et souvenir

Le thème du souvenir est récurrent dans la Torah et concerne en particulier
l’histoire du peuple d’Israël.
Exemple frappant : la mitsva de se souvenir de la Sortie d’Egypte a une importance si prépondérante, qu’elle doit être accomplie plusieurs fois par jour, quotidiennement. Il s’agit là de l’événement le plus « célèbre » parmi ceux que la Torah nous demande de rappeler à notre souvenir, mais elle nous enjoint également de nous souvenir du don de la Torah sur le Mont Sinaï, de la lutte d’Amalek contre le peuple d’Israël peu après la sortie d’Egypte, de la faute de Myriam et des fautes des enfants d’Israël dans le désert. On le voit : les événements tristes n’ont pas le monopole de la mémoire juive. Tout comme le récit des délivrances, celui des fautes commises et des punitions qu’elles ont engendrées sont aussi autant de « mémoires vives » pour nous, peuple juif. Cette Mitsva n’est d’ailleurs pas limitée aux événements de la période biblique, comme l’indique le verset : « Souvienstoi des jours antiques, médite les annales de chaque siècle : interroge ton père, il te l’apprendra, tes vieillards, ils te le diront ! » (Devarim 32 : 7). Selon l’interprétation de nos Sages, ce verset est un véritable commandement divin. C’est d’ailleurs ainsi qu’ils justifient la nécessité de faire la bénédiction sur la Mitsva d’allumer les bougies de ‘Hanoucca. Cette mitsva étant un commandement rabbinique, qui n’est pas d’origine divine, on aurait pu croire que la bénédiction qui l’accompagne est superflue. Mais nos Sages affirment qu’en la respectant, on obéit à
l’ordre général de nous souvenir de l’histoire du peuple juif (Chabbat 23a).
On respecte le message de ce verset en lisant la Méguila de Eikha, écrite par Yirmiyahou à la suite de la destruction du Temple. Au Moyen-Age fut rédigée la prière Av Hara’hamim (récitée tous les Chabbat, selon le rite ashkénaze), pour commémorer le souvenir des nombreux juifs assassinés lors des croisades ou encore les nombreuses lamentations rédigées au cours des générations… Mais le souvenir sert aussi à maintenir vivant le souvenir de délivrances en attendant (patiemment !) la délivrance finale :
l’histoire de Pourim, lue tous les ans, les bougies de ‘Hanoucca, qui commémorent la délivrance des Hasmonéens… En marge de tous ces événements, la Shoah est un monde à part, d’une ampleur difficilement saisissable. Mais doit-elle être placée dans la continuité des persécutions
subies par le peuple juif au cours des générations? Ou doit-elle être saisie comme un événement unique et incomparable ? De nombreuses lamentations rédigées au cours de l’histoire et lues à Ticha Béav. Le Midrach va au-delà du souvenir historique, quand il nous apprend que la pérennité du peuple d’Israël dépend de sa prédisposition à prendre conseil auprès des « anciens», car ils transmettent un souvenir à la fois privé et collectif et ils sont porteurs d’une sagesse qui, seule, peut nous assurer la réussite (Chemot Rabba 3) : « Rabbi Akiva disait : Pourquoi Israël est comparé à un oiseau ? Car tout comme l’oiseau ne peut voler sans ailes, Israël ne peut persister que grâce à la présence des anciens parmi lui » (Chemot Rabba 5). A nous de les écouter ! R. Alster