7 Tevet 5779‎ | 15 décembre 2018

L’opération Bouclier du Nord est une mise en garde israélienne adressée au Hezbollah

L’opération Bouclier du Nord est intervenue quelques heures à peine après la rencontre déterminante entre Binyamin Nétanyaou et Mike Pompéo à Bruxelles qui elle-même est intervenue trois jours après que le Secrétaire d’Etat américain a mis en garde l’Iran face à ses tirs de missiles balistiques à ogives multiples. Daniel Haïk tente de faire un lien entre ces divers développements afin de mieux comprendre les enjeux que nous réservent les prochaines semaines sur la scène proche-orientale.

Mercredi 14 novembre dernier, au lendemain de la décision très controversée du cabinet restreint pour la sécurité nationale d’accepter le cessez- le-feu proposé par l’Egypte et validé par le Hamas, nous avions envisagé, dans ces colonnes, que le développement sécuritaire à laquelle Mr Nétanyaou avait fait allusion pour justifier son attitude « attentiste » puisse être lié soit à une éventuelle libération des corps des soldats Oron Shaoul et Hadar Goldin, soit à des risques d’embrasement dans le Nord du pays provoqués par le Hezbollah. Les événements qui se sont produits, ces derniers jours, ont permis d’établir que la seconde option était la bonne et que la menace prioritaire, celle qui préoccupe ces derniers mois l’état-major de Tsahal, est celle représentée par un mouvement chiite de plus en plus audacieux et menaçant. Pour tenter de comprendre ne serait-ce qu’une partie de ce qui se passe il faut s’arrêter sur les principales étapes sécuritaires dont nous avons été témoins récemment : L’opération Bouclier du Nord Dans cette optique, l’opération israélienne « Bouclier du Nord », lancée dans la nuit de lundi à mardi afin de démanteler les tunnels offensifs creusés au cours des dernières années par le Hezbollah sous la frontière israélo-libanaise doit être perçue comme un premier avertissement sans équivoque lancé par Israël vers le mouvement chiite. En effet, cela fait longtemps que Tsahal sait que le Hezbollah s’inspire de l’exemple donné par le Hamas au Sud et creuse des tunnels offensifs en direction du territoire israélien. Il y a quelques années, le mouvement chiite avait publié un plan de conquête de la Galilée qui incluait des infiltrations de terroristes du mouvement via des tunnels offensifs dans les localités israéliennes de Haute Galilée. Et bien évidemment ce plan n’avait pas échappé aux services de Renseignements israéliens. Depuis, on le sait, Tsahal a solutionné le problème des tunnels du Hamas grâce à des technologies modernes et par conséquent il a pu utiliser ces technologies également
dans le Nord et ce, même si la configuration géologique est nettement différente et bien plus complexe (à cause de l’omniprésence de roches très difficiles à percer). Cependant, ce n’est pas un hasard, si l’étatmajor de Tsahal a lancé cette opération, quelques heures à peine après la rencontre déterminante à Bruxelles entre le Premier ministre et ministre de la Défense Binyamin Nétanyaou et le Secrétaire d’Etat Mike Pompéo. En effet il est probable que Mr Nétanyaou ait profité de l’occasion pour informer son illustre interlocuteur de l’imminence de cette opération. Et il est probable également que Mike Pompéo ait donné son aval à l’opération. Tout simplement parce que les deux hommes ont considérablement consolidé ces dernières semaines leur relation et qu’ils entendent apparemment se servir de ce «Bouclier du Nord » comme « promo » en perspective d’une opération militaire israélienne bien plus vaste contre les dizaines de milliers de missiles que le Hezbollah pointe en direction du territoire israélien. Pour comprendre la gravité de la situation sécuritaire, et pour constater à quel point chaque développement est lié à un autre, il convient de revenir quelques jours en arrière : Jeudi dernier (30.11), Mike Pompéo publie un communiqué dans lequel il réagit très fermement aux essais d’un missile balistique iranien à ogives multiples : « Ces missiles balistiques peuvent toucher n’importe quelle cible au Proche-Orient et même certaines cibles en Europe, » affirme le Secrétaire d’Etat américain. Le message est clair : il met en garde contre les intentions belliqueuses de l’Iran mais aussi appelle les Européens à sortir de leur torpeur et indirectement leur suggère de se démarquer de l’accord de Vienne afin d’isoler au maximum Téhéran.  Quelques heures plus tard nouveau développement : un avion-cargo iranien se pose sur l’aéroport international de Beyrouth et décharge des tonnes de matériel militaire sophistiqué visant à rendre les missiles du Hezbollah, qui restent pointés en permanence en direction d’Israël, plus précis et par conséquent plus performants. Peu après on apprend le bombardement apparemment par des avions de chasse ou des drones israéliens de positions iraniennes sur le territoire syrien dans la région de Ein Kisooua à 50 km de la frontière israélo-syrienne (voir page 7). Et enfin lundi matin on apprend que, quelques heures après avoir réagi aux recommandations de la police de l’inculper pour corruption, Binyamin Nétanyaou s’envole d’urgence pour Bruxelles pour une rencontre avec Mike Pompéo. Lorsque l’on place ces événements les uns à côté des autres, on parvient à la conclusion que les Américains et les Israéliens sont plus que jamais préoccupés par ces deux développements parallèles : les missiles balistiques iraniens à ogives multiples et les missiles du Hezbollah dotés de technologies de pointe qui les rendent plus précis et plus meurtriers. Dans les deux cas on admet tant à Washington qu’à Jérusalem qu’il s’agit de développements capables de rompre le fragile équilibre des forces, en présence au Proche -Orient. Pour Israël la menace représentée par ces missiles balistiques iraniens est existentielle car il se pourrait que dans un proche avenir ceuxci soient dotés d’ogives nucléaires. Mais la menace représentée par le bras avancé iranien au Liban qu’est le Hezbollah, n’est pas moins importante. Et surtout elle est bien plus immédiate que celle d’ogives nucléaires. Voilà pourquoi, en lançant l’opération Bouclier du Nord, Israël entend adresser à demi-mot à Hassan Nassrala, qui se terre toujours depuis 2006 dans son bunker, et à l’ensemble du Hezbollah, une mise en garde très ferme  Attention ! Pour l’instant nous
opérons sur (ou sous) le sol israélien afin de neutraliser les tunnels que vous avez creusés, mais si vous persévérez dans votre intention de recevoir de nouvelles armes plus performantes pour vos missiles, alors sachez que nous n’hésiterons pas à frapper tout en mesurant les conséquences d’une telle frappe. Si le Hezbollah devait décider de faire la sourde oreille à ces avertissements, alors Israël pourrait alors passer à la phase suivante : celle visant à cibler et détruire l’ensemble des missiles précis détenus par le mouvement chiite au Sud Liban en violation flagrante avec la résolution 1701 du conseil de Sécurité qui exigeait l’éloignement du mouvement chiite de la frontière internationale. On devrait être fixé à ce sujet dans les tout prochains jours.

Daniel Haïk

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