10 Kislev 5781‎ | 26 novembre 2020

Le Qatar de plus en plus influent à Gaza

C’est grâce à l’entremise du Qatar qu’a été décrété le dernier cessez-le-feu (contesté) entre le Hamas et Israël. Or le rôle de Doha dans la Bande ne s’arrête pas là…

Renonçant – pour plusieurs raisons évidentes – à faire jouer un rôle central l’Autorité palestinienne (AP) de Mahmoud Abbas en fin de parcours qui a adopté ces derniers mois des positions de plus en plus irrédentistes, Israël a donc préféré jouer cette fois la carte du Qatar dans sa confrontation de longue haleine avec le Hamas. Et ce, dans le cadre très sophistiqué de ce conflit « asymétrique à basse intensité» avec l’entité terroriste. En fait, ce nouveau rôle d’intermédiaire et de fournisseur de menus services vitaux pour la population de Gaza qu’a consenti Jérusalem à Doha permet au Qatar de « respirer » en assumant enfin un rôle régional non-négligeable, notamment après le blocus politico-commercial imposé contre lui l’an dernier par les pays sunnites voisins de la région du Golfe (Arabie Saoudite, Emirats arabes-Unis, Bahreïn et Egypte) du fait de ses liens trop rapprochés avec l’Iran chiite. Israël a donc accepté que le Qatar contribue à alléger certaines restrictions imposées au gouvernement du Hamas en  faisant entrer une 1ère tranche de 15 millions de dollars afin de payer « cash » les salaires – bloqués depuis des mois par l’AP – de milliers de fonctionnaires du califat de Gaza (une 2e tranche du même montant devrait suivre sous peu), et en donnant aussi son feu-vert à de massives livraisons de fuel afin d’alimenter les mini-centrales électriques produisant l’électricité locale. Ce qui a permis de distribuer du courant non pas seulement 4 heures par jour, mais de plus de 12 heures : un vrai changement pour la population ! De surcroît, Israël a aussi accepté pour la 1ère fois que le Qatar joue un rôle-clé – aux côtés de l’Egypte – dans la conclusion du cessez-le-feu consenti par le Hamas qui a mis fin au dernier round lors duquel près de 500 roquettes ont été tirées sur le sud du pays : une issue très provisoire et contestée qui provoqua la démission-surprise du ministre de la Défense, Avigdor Lieberman, ainsi que la périlleuse crise politique qui s’en suivit pour la coalition gouvernementale de  Nétanyaou… Outre ce récent rôle d’intermédiaire diplomatique, c’est bien le Qatar qui arrose depuis
de longs mois la Bande de Gaza avec des centaines de millions de dollars pour y construire toutes sortes de bâtiments tels le somptueux Palais de Justice  local et le siège du Tribunal à peine inauguré en septembre dernier, ou bien encore les locaux de l’hôpital al-Thani, ainsi que la promenade du bord de mer de Gaza-City et la route nord-sud à 4 voies traversant toute la Bande… Mais c’est surtout dans le secteur de l’immobilier populaire que la marque de Doha se fait sentir, notamment avec la construction à Khan Younès de quelque 3 000 logements : une cité moderne et plaisante jalonnée de jardins et d’écoles – ainsi qu’une d’une mosquée – baptisée « Ville Hamad » du nom de l’ancien émir qatari. Même si cette alliance Qatar-Hamas – fondée sur une parenté religieuse et idéologique scellée par leur appartenance et forte proximité avec la confrérie des Frères musulmans sunnites (100 000 Palestiniens vivent actuellement dans l’émirat) – pourrait à juste titre inquiéter Jérusalem et Washington, Doha considère en fait que ses liens avec le gouvernement Hamas de Gaza peuvent désormais s’avérer justement utiles aux Américains, voire à Israël. Et ce, pas seulement au plan humanitaire pour « secourir » la population de Gaza, mais aussi dans le contexte actuel du blocage total du processus de discussion entre Israël et l’AP où Doha veut se doter d’un nouveau rôle d’intercesseur pour contenir, voire même modérer le Hamas. Un positionnement qui semble, à tort ou à raison, avoir récemment inspiré le gouvernement israélien. Richard Darmon