11 Kislev 5781‎ | 27 novembre 2020

Fêter ‘Hanoucca… envers et contre tout

D’un camp de concentration allemand à un goulag sibérien, les témoignages exaltants de Juifs qui s’évertuèrent à célébrer la fête des lumières au plus noir de l’Exil. « Un brin de lumière repousse beaucoup d’obscurité » disait le Baal Chem Tov, père fondateur de la ‘hassidout. Et quand l’obscurité s’avère être celle, ô combien opaque et douloureuse de l’Exil, seule la lumière de la Foi possède le
pouvoir de la chasser.

À l’occasion de la fête de ‘Hanoucca, laquelle incarne plus que toute autre la résilience et la ténacité de notre peuple face à l’adversité, l’équipe d’Haguesher vous propose de découvrir les témoignages exaltants de deux hommes qui allumèrent les lueurs de l’Espoir là où se déchaînaient impitoyablement les vents du tourment. Il était une « foi » à Bergen- Belsen… Pour les dizaines de milliers de détenus
juifs internés dans le camp de concentration allemand de Bergen-Belsen, la simple mention de la fête de ‘Hanoucca avait quelque chose de déplacé. Car qui pense à saluer la défaite de l’armée gréco-syrienne quand leurs successeurs nazis ne comptent plus leurs victoires ? Et qui ose narguer l’Ange de la Mort – et ses sbires humains mais tellement inhumains – en jouant avec le feu ? Personne, si ce n’est le Rav Israël Spira de Bluzhov dont seul le corps – sûrement pas l’esprit – s’avère être emprisonné dans l’infâme camp. L’ingéniosité juive aidant, le sabot en bois d’un détenu se transforme en ‘Hanoukia de  fortune. Tandis que les quelques fils arrachés au pyjama rayé de son camarade d’infortune font office de mèches. Quant au cirage noir dont on se sert pour faire briller les bottes des assassins, il devient, le temps d’un soir, une fiole d’huile d’olive pure… Vient le moment de l’Allumage de la Première
Bougie de ‘Hanoucca. D’une voix qui se veut rassurante, le saint homme récite les deux premières bénédictions règlementaires. Avant d’entonner la troisième bénédiction, celle de Chéhé’hiyanou (« Qui nous a maintenus en vie, nous a soutenus et nous a permis d’atteindre ce temps »), le Rabbi marque une pause. Ses yeux balayent les baraquements surpeuplés avant de se poser sur un visage connu : celui de Mr Zamietchkowski, l’une des têtes pensantes du soulèvement du ghetto de Varsovie. On sent qu’il tient à sa présence lors de la récitation de cette ultime louange.  La réaction de ce Juif éloigné de la tradition
ne se fait pas attendre : « Spira, lance-t-il au Admor une fois la cérémonie terminée, je veux bien admettre que tu souhaites allumer les bougies de ‘Hanoucca en ces temps troubles. Je veux même admettre que tu rendes hommage à D.ieu pour les miracles octroyés jadis à nos ancêtres, comme tu l’as fait dans la deuxième bénédiction. En revanche, l’idée que tu puisses réciter la troisième bénédiction
me dépasse totalement : comment oses-tu saluer la vie quand les cadavres translucides de nos frères s’entassent à même le sol ? Quand les rares individus ayant momentanément échappé à la mort sont réduits à l’état de squelettes ambulants ? Estce donc cela que tu appelles vivre ? Est-ce pour cela que tu tiens à remercier Dieu ? » Et le Rabbi de répondre : « Zamietchovsky, tu as bien raison de soulever de telles questions. Pour tout te dire, j’ai moi-même hésité avant de réciter cette troisième bénédiction.
Mais au moment où je tournais la tête pour solliciter l’opinion d’une autre autorité rabbinique, j’ai subitement obtenu la réponse à mon interrogation. Car saistu ce que j’ai vu à ce moment ? J’ai vu des centaines et des centaines de Juifs vivants et bien décidés à ne pas perdre une seule miette de la cérémonie de l’allumage des bougies. Des Juifs dont le visage exprimait la foi, la ferveur, mais aussi la rage de vivre. Alors je me suis dit que si des hommes qui ont vu périr sous leurs yeux leurs propres pères, leurs propres fils ou leurs propres frères, ont encore le courage d’observer l’allumage de la ‘Hanoukia
avec une telle dévotion, je me trouve dans l’obligation de réciter la bénédiction de Chéhé’hiyanou ! »
Au cas où vous vous posez la question, aussi bien le Rabbi de Bluzhov que Mr. Zamietchovsky survécurent à l’enfer. Et quelques années après la libération le dernier fit transmettre au premier la confidence suivante : « Ce fut la réponse  du Rabbi en cette première soirée de ‘Hanoucca qui m’inspira aux heures les plus sombres de la Shoah » Le ‘Hanoucca sibérien de Natan Sharansky En 1977, Natan (Anatoli) Sharanski est arrêté et emprisonné pour espionnage et trahison, des charges qui finiront par se révéler dénuées de tout fondement. Il passe huit ans dans un goulag (camp de travail forcé en Union soviétique) pour activité contre-révolutionnaire, avant d’être finalement relaxé en 1986 dans le
cadre d’un échange de prisonniers entre les États-Unis et l’Union Soviétique. Après sa libération, il consigne ses mémoires dans un ouvrage autobiographique intitulé Fear No Evil (Ne crains aucun mal), un titre inspiré du Livre des Psaumes qui ne le quitta jamais tout au long de son incarcération : « Même si je marche dans la Vallée de la Mort, je ne craindrai aucun mal car Tu es avec moi » (23, 4) Le plus célèbre des prisonniers juifs ne se lassera jamais de répéter que ce fut son identité juive et sa volonté impérieuse de fouler la terre d’Israël qui lui donnèrent la force morale de survivre aux prisons  soviétiques de sinistre réputation. Dans les lignes qui suivent, le légendaire ex-président de l’Agence Juive nous fait l’incroyable récit du ‘Hanoucca qu’il célébra dans un goulag sibérien : « La fête de ‘Hanoucca approchait. À l’époque, j’étais le seul Juif dans l’enceinte de la prison, mais quand j’expliquai à mes compagnons d’infortune que ‘Hanoucca incarnait la libération  nationale, la réaffirmation de notre culture personnelle face à la menace de l’assimilation forcée, ces derniers résolurent de se joindre à ma célébration. Ils allèrent même jusqu’à me confectionner une Ménora en bois, qu’ils décorèrent et garnirent de quelques bougies trouvées çà et là. Le soir venu, j’allumai la première bougie et récitai une prière que j’avais composée pour l’occasion. On servit du thé et je me mis à décrire la lutte héroïque des Maccabées pour sauver leur peuple de l’asservissement. Pour chaque Zek [prisonnier dans un goulag] qui m’écoutait, cette histoire revêtait une résonnance toute particulière. À un moment, l’officier de service apparut dans les baraquements. Il fit l’appel de tous les détenus présents, mais ne nous importuna guère. Chacun des soirs de ‘Hanoucca qui suivirent, je sortis ma Ménora, j’allumai les bougies et récitai la bénédiction appropriée. Puis je soufflai les bougies, car je n’en disposai pas d’autres. Gavriliuk, le col labor ateur qui dirigeait la baraque d’en face, observait la scène tout en grommelant de
temps en temps : « Regardez-moi celui-là ; il s’est cru dans une synagogue ! Et si un incendie se déclarait! » La sixième nuit de ‘Hanoucca, les autorités me confisquè rent la Ménora ainsi que toutes les bougies. Je me précipitai chez l’officier de service pour en connaître la raison. « Les bougies ont été confectionnés avec du matériel appartenant à l’État ; ce qui est illégal. Ce seul crime pourrait te valoir une sanction ! Sans compter que les autres prisonniers se plaignent des risques d’incendie ! » m’entendis-je dire. Je me mis à insister : « Dans deux jours, quand ‘Hanoucca sera terminé, je m’engage à vous restituer cette «propriété publique». Soit dit au passage, j’ai comme l’impression que vous cherchez à me priver de l’opportunité de célébrer les fêtes juives. » L’officier de garde commença à hésiter, sachant combien la Patrie Russe s’évertuait à revendiquer sa prétendue « tolérance religieuse ». Puis il téléphona à son supérieur dont il reçut la réponse suivante : « Ceci est un camp, pas une synagogue ! Nous ne permettrons pas à Sharansky de prier ici ! » Scandalisé par la rudesse de cette remarque, je déclarai aussitôt une grève de la faim. Dans une déclaration adressée au procureur général, je protestai contre la violation de mes droits nationaux et religieux et contre l’interférence du KGB dans ma vie privée. Quand vous entamez une grève de la faim illimitée, vous ne savez jamais quand ni comment elle se terminera. Les autorités sont-elles intéressées à y mettre rapidement le holà, ou n’en ont-elles que faire ? Dans quelques semaines, une commission venue de Moscou était censée inspecter le camp. De mon côté, je l’ignorais encore,mais de toute évidence, les autorités en étaient parfaitement
informées. Ce qui explique sans doute pourquoi je fus convoqué dans le bureau du Major Ossin, deux jours plus tard, dans la soirée. Ossin était un homme tout en graisses, avec des yeux minuscules et des paupières bouffies perdues au milieu de son visage flasque. […] Il se délectait du pouvoir qu’il avait sur les Zeks et avait un sadique plaisir à les voir souffrir. Mais il ne perdait pas de vue que ces derniers étaient, avant tout, les instruments de l’avancement de sa carrière. Affichant un regard se voulant bienveillant, Ossin essaya de me convaincre d’arrêter ma grève de la faim. Il promit que dorénavant, il veillerait personnellement à ce que personne ne m’empêche de prier.

— S’il en est ainsi, le problème est réglé ! répliquai-je. Rendez-moi ma Ménora, et l’affaire est classée.

— Ta Ménora ? Mais qu’est-ce qu’une Ménora ?

— C’est un chandelier ! Mais le protocole de sa confiscation avait déjà été établi, et Ossin ne pouvait pas perdre la face devant tout le camp. Tandis que j’observais ce prédateur, assis à une élégante table vernie et arborant un sourire mielleux, une idée aussi audacieuse qu’amusante me vint à l’esprit.
— Écoutez-moi, mon commandant, je suis sûr que vous savez où se trouve cette Ménora. Or je tiens absolument à célébrer cette dernière soirée de ‘Hanoucca. Pourquoi ne laisseriez-vous pas le faire ici et maintenant, en votre honorable compagnie ? Et si tout se passe bien, j’arrêterai ma grève de la faim. Ossin y réfléchit à deux fois, ce après quoi la Ménora confisquée se matérialisa comme par magie sur son bureau. Il intima à Gavriliuk l’ordre d’apporter une grande bougie.
— Il m’en faut huit ! insistai-je. (En réalité, il m’en fallait neuf, en comptant le Chamach, mais à l’époque, je n’étais pas encore versé dans les rituels juifs.) Gavriliuk prit un couteau et tenta de débiter la bougie en huit morceaux. Mais le résultat ne fut pas très esthétique. Alors Ossin sortit de sa poche un superbe canif et tailla avec des gestes plein de dextérité huit petites bougies.
— Allez-vous-en ! ordonna-t-il à Gavriliuk. Après avoir disposé les bougies, je me coiffai de mon chapeau, tout en expliquant patiemment à Ossin : « Pendant la prière, vous devrez vous aussi vous lever
et vous couvrir la tête. Et lorsque j’aurai terminé, vous répondrez Amen ! » Ossin mit docilement son képi d’officier et s’extirpa de son siège capitonné. J’allumai les bougies en récitant une prière en hébreu de mon cru : « Béni sois-Tu, mon Dieu, pour m’avoir permis de célébrer ce jour de ‘Hanoucca, la fête de notre libération, la fête où nous renouons avec les traditions de nos ancêtres. Béni sois-Tu, pour m’avoir permis d’allumer ces bougies. Puisses-tu me permettre d’allumer les bougies de ‘Hanoucca à plusieurs reprises dans ta ville, Jérusalem, en compagnie de mon épouse Avital, de ma famille et de mes amis. » Cette fois, ragaillardi par le spectacle de ce loup momentanément devenu doux comme un agneau, j’ajoutai en hébreu : « Que vienne le jour où tous nos ennemis, qui aujourd’hui s’attellent à fomenter notre destruction, se tiennent devant nous, écoutent nos prières et répondent Amen ! »
— Amen ! répondit Ossin avant de regagner aussitôt son siège, un soupir de soulagement aux lèvres. Pendant quelques instants, nous nous perdîmes tous deux dans la contemplation magique de ces bougies qui brûlaient. Elles ne tardèrent pas à fondre, leur cire brûlante s’étalant artistiquement sur le plateau de verre qui surmontait la table. Puis Ossin redevint l’Ossin que je connaissais. Il convoqua Gavriliuk et, d’une voix qui avait retrouvé toute son autorité, lui aboya de nettoyer les dégâts. Quant à moi, je retournai dans les baraquements dans un état d’euphorie où m’attendaient mes camarades. Nous servîmes du thé et célébrâmes joyeusement la fin de ‘Hanoucca. Naturellement, je leur fis le récit de
la « conversion » d’Ossin, nouvelle qui se répandit à travers le camp comme une traînée de poudre. Et ce soir-là, je sus avec certitude qu’un jour, je serai libéré ! » (Traduit et adapté librement des mémoires de Natan Sharanski, Fear No Evil)

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