8 Kislev 5779‎ | 16 novembre 2018

Le vrai visage d’Essav Rav Yé’hiel Brand

« Essav revint des champs fatigué (…) il vendit son droit d’aînesse… Yaacov servit à Essav du pain et un plat de lentilles… et Essav dédaigna le droit d›aînesse » (Beréchit 25, 29-34). Le seul mauvais comportement que la Torah divulgue au sujet d’Essav est son dédain envers le droit d’aînesse. Mais elle tait ses autres délits révélés par nos Sages, et ne les évoque que par allusion. Ainsi, Essav employait un langage vulgaire, et il n’avait pas pour habitude d’évoquer le nom de l’Eter-nel (Rachi, Beréchit 27, 21-22). Il « s’emparait des femmes mariées, et les faisait souffrir » (Béréchit Rabba 65, 19 ; Rachi, 26, 34). Le jour où il « revint fatigué », il avait eu une relation avec une jeune fille fiancée. Enfin, il tua Nimrod et lui déroba son magnifique vêtement (Baba Batra 16/a ; Rachi). Its’hak ne pouvait pas ignorer ces forfaits, mais pourtant « Its’hak aimait Essav parce qu›il mettait du gibier dans sa bouche » (id. 35, 28) ! Comment Its’hak s’apprêtait-il à le bénir comme chef, devant lequel son frère se prosternerait ?
Comment pour avoir apprécié ses plats savoureux, il va même le bénir : « tu vivras à la pointe de ton épée », (Béréchit, 27, 40), et comment un homme sage et intègre comme Its’hak accorde-t-il autant
d’importance au plaisir du palais ? La « droiture » d’Essav En vérité, le meurtre de Nimrod était un acte positif, car ce mécréant dupait ses contemporains et les incitait à se révolter contre D.ieu (Beréchit 10, 9). L’habit qu’il lui a volé était celui que D.ieu avait confectionné pour Adam au jardin d’Eden, et dont la sainteté était supérieure à celle des vêtements du Cohen Gadol, faits de la main de l’homme. Il ne convenait donc pas que cet impie en tire les bénéfices. Essav en revanche s’en servira pour apporter le gibier qu’il chassait à son père le Tsadik. Il confia cet habit à sa mère Rivka qui, au moment de la bénédiction, en vêtira Yaacov. Si Its’hak pensait nommer Essav roi, c’est afin que, muni de son glaive, il
veille et protège Yaacov le prophète, et tous les autres justes. Il souhaitait que Yaacov le prophète s’incline devant Essav, comme Nathan devant David (Rois I, 1, 23). Concernant la relation
d’Essav avec la jeune fille fiancée, rappelons que la Torah interdit aux nonjuifs uniquement une relation avec une  femme mariée, et pas avec une fiancée. Et lorsque les Sages l’accusent de s’être « emparé des femmes mariées et de les avoir fait souffrir », ce n’est pas qu’ilait abusé d’elles. En réalité, Essav était couvert de poils « pareil à une pelisse » (Beréchit 25, 25), et sa chevelure magnifique attirait le regard des femmes. Suspicieux, les maris maltraitaient alorsleurs épouses. Essav fut donc contraintd’organiser leur divorce, puis il les épousait pour qu’elles soient nourries, comme Rabbi Tarfon, le Cohen, qui se fiança à 300 femmes durant une année de famine, pour les nourrir de la Térouma (Tosséfta Kétoubot 5). Ces épouses souffraient néanmoins, parce qu’« une femme ne se lie véritablement qu’à l’homme qui l’a connue en premier ». On pourrait croire que l’abandon du droit d’aînesse partait aussi d’une bonne intention : Essav étant occupé à traquer les criminels, il aurait craint de ne pas être en mesure de respecter les lois de pureté qu’exige le Service du Temple. Enfin, afin d’éliminer les criminels, Essav fréquentait des malfrats, à l’instar d’un policier mêlé aux truands. Il aurait donc parlé leur langage, pour ne pas éveiller de soupçon, d’où la vulgarité de son parler. Influence vestimentaire Concernant le plaisir qu’éprouvait Its’hak à déguster les plats succulents préparés par Essav, une petite introduction s’impose. Un homme vertueux qui se vêtit d’un habit confectionné par une personne imprégnée de l’amour et de la crainte du Ciel, sera lui-même imprégné de l’amour et de la crainte de Ciel contenus dans cet habit. Les vêtements des Cohanim furent confectionnés par Betsalel et ses compagnons, tous des hommes « remplis d’un esprit divin de sagesse » (Chémot, 35, 31), et lorsqu’Aharon les revêtit, l’esprit divin résida sur lui (Yoma 73/b). Essav portait le vêtement confectionné par D.ieu, il préparait les repas de son père avec un zèle rare, et les lui apportait avec une profonde humilité. Lorsqu’Its’hak, le Sage et prophète, dégustait ses plats, il ressentait les pensées profondes d’Essav, et c’est ce goût qu’il aimait tant. Nimrod, lui, a laissé sur cette tunique les empreintes de sa détermination à diriger le monde et de sa fourberie. Aussi, lorsqu’Essav la portera, il sera imprégné de ces pensées. Elles augmenteront son propre « talent » de ruse, hérité de son oncle maternel Lavan. C’est justement cette volonté de gouverner et cette fourberie qui lui permettront de vaincre les malfaiteurs, et  c’est cette tendance qu’Its’hak appréciait tant. Ce dernier savait que son fils agissait également à des fins personnelles, pour régner et s’enrichir. Mais cette pensée ne dérangeait pas trop Its’hak, car « pratiquer la charité, dans l’espoir que D.ieu guérisse son fils, n’empêche pas la mitsva d’avoir été accomplie » (Baba Batra 11/b). Des regrets pernicieux Là où le bât blesse, c’est qu’une telle mitsva n’est valable que si on ne la regrette pas, au cas où on n’obtiendrait pas ce qu’on espérait. Mais dans le cas contraire, elle est sans valeur. Ainsi, si on sert D.ieu dans son propre intérêt, et qu’on aurait ôté la vie à quelqu’un, fût-il un meurtrier, dès qu’on regrettera d’avoir servi D.ieu, on est considéré comme meurtrier. Or, Essav va justement regretter l’honneur qu’il vouait à son père le Juste : dès que Yaacov fut béni, Essav refusa de servir son frère et il cherchera à le tuer. D’ailleurs, concernant ses mariages avec les femmes mariées, il n’était non plus pas très bienséant. Soignant méticuleusement sa chevelure, il cherchait à les séduire, espérant secrètement leur divorce… pour se remarier avec elles. A propos d’Essav s’applique remarquablement les paroles de rabbi Yossef Gikatilia : « La cloison qui sépare le paradis de l’enfer n’est pas plus épaisse qu’un cheveu ». Cependant, Essav a réussi à dissimuler à son père ses véritables aspirations. Aussi la Torah, en retour, ne les divulguera non plus, sinon par allusion…

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