8 Kislev 5779‎ | 16 novembre 2018

Rav Yé’hiel Brand La destinée de Kétoura

Vers la fin de sa vie, Avraham épousa Kétoura, avec qui il aura encore six enfants (Beréchit 25, 1-2). Kétoura était jadis appelée Hagar, mais elle fut dénommée Kétoura car ses actions étaient nobles comme la kétoret, l›encens au Temple, mais aussi parce que Kétoura vient de la racine kécher – noeud. C’est une allusion au fait qu’après son divorce avec Avraham, personne ne la toucha (Beréchit Rabba, Rachi). Qu’estil donc advenu pour que son comportement se soit ainsi amélioré ? Et pourquoi est-elle comparée à l’encens spécifiquement?
Un voyage hors de Canaan Hagar mérita que l’esprit divin repose sur elle lorsqu’elle était avec Avraham, durant leurs premières noces (Beréchit 16, 13), car elle résidait dans la maison d’Avraham (Beréchit Rabba, Rachi). Ce fut le cas aussi de Chaoul, lorsqu’il rejoignit un cercle de prophètes (Chmouel I 10, 10), et des soixantedix sages d’Israël lorsqu’ils étaient en présence de Moché (Bamidbar 11, 25). Eldad et Meidad, qui leur étaient supérieurs, prophétisèrent même loin de Moché. Après avoir été habituée à voir des anges dans la maison d’Avraham, Hagar mérita de les voir même après l’avoir quitté, comme elle le dit elle-même :  « Même ici j’ai vu [des anges], après en avoir déjà vu [dans la maison d’Avraham] » (Beréchit 16, 13-14). L’apparition de l’ange eut lieu près du puits de Béer- La’haï-Roï. Après la mort d’Avraham, Its’hak s’installa près de ce puits (Beréchit 25, 11). Il y a lieu de s’interroger sur la motivation de ce choix, ainsi que sur le lieu géographique de ce puits. De fait, Avraham ne voulait pas qu’itshak
aille à ‘Haran (Beréchit 24, 6), et de même D.ieu lui avait interdit de descendre en Egypte (Beréchit
26, 2-3). Nous pouvons en déduire que ce puits se trouvait en terre sainte. Mais selon Rabbi Avraham Ibn Ezra, le puits en question serait le puits de Zamzam, lieu de pèlerinage des musulmans, et se trouverait donc, selon lui, en dehors de la terre d’Israël ; Itzhak aurait ainsi quitté le pays. Quelle fut
donc l’importante motivation qui le poussa même à quitter la terre sainte, pour s’établir près de ce puits? En réalité, Its’hak avait déjà visité ce lieu du vivant d’Avraham ; lorsqu’Eliezer ramena Rivka de ‘Haran, Its’hak les rencontra en revenant justement de Béer- La’haï-Roï (Beréchit 25, 11). Il s’y était rendu pour ramener Hagar à Avraham, afin qu’ils se remarient (Beréchit Rabba 60 ; Rachi). Selon le Ramban (Beréchit 24, 62), Its’hak y allait souvent, ce lieu étant pour lui un lieu de prière en raison de l’apparition de l›ange. Or, selon le Netsiv (Haamék Davar), l›ange en question était celui de la nation d’Ichmaël. Jalousie et convoitise Pour mieux saisir ce qu’y faisait Its’hak, on pourrait l’expliquer en tenant compte justement du soutien qu’il apporta à Hagar et à sa descendance. En effet, l’aîné de cette dernière, Ichmaël, était un homme jaloux et belliqueux : « il sera un homme indompté ; il mettra sa main sur tout [pour voler] et la main de tous sera sur lui [car ils le détesteront] » (Beréchit 16, 12). Hagar a sans doute hérité ce trait de caractère de son père, Pharaon, et elle l’a par la suite transmis à Ichmaël. Or, la jalousie conduit à une perpétuelle insatisfaction : « Celui qui aime l’argent ne se rassasie pas d’argent » (Kohélet 5, 9). Cet état d’esprit prive l’homme de la joie de vivre et l’amène à se quereller avec son
entourage. L’antidote à cette tendance est la « richesse », à savoir la véritable richesse, évoquée dans la Michna : « Qui est Le riche ? Celui qui est heureux de ce qu’il possède » (Avot). C’est
lorsqu’on se réjouit de sa spiritualité et de l’union de son âme à D.ieu, que l’on se défait de la jalousie et des querelles. Le roi Salomon en fait d’ailleurs la remarque : « Le parfum de l’encens éveille la joie » (Michlé 27, 9), et comme évoqué plus haut, kétoret veut aussi dire Kécher – un noeud. Ainsi, la kétoret qu’offrait le Cohen au Temple nouait les gens à D.ieu, avec amour et joie. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’Aharon utilisa la kétoret afin d’endiguer l’épidémie provoquée par les querelles et les jalousies de Kora’h et sa faction (Bamidbar 17, 12- 13). Inculquer la joie Penchons-nous à présent sur le nom Its’hak, issu de la racine Tsé’hok – la joie. Its’hak craignait tellement D.ieu que Yaacov L’appela : « Pa’had Its’hak – la peur d’Its’hak » (Beréchit 31, 42). La crainte de D.ieu annihile toute vanité du coeur de l’homme, et ainsi, il ne resta dans le coeur d’Its’hak que la joie, la véritable joie du spirituel. Pour inciter Hagar à parfaire ses actions comme la kétoret et la rendre apte à se remarier avec Avraham, Its’hak lui rendit visite. Elle enfanta ainsi avec Avraham des enfants de meilleur caractère qu’Ichmaël. Le Texte suggère que tant qu’Avraham était en vie, Ichmaël ne se disputa pas avec ses frères. Sans doute Avraham exerçait-il une influence bénéfique sur son fils aîné. Mais après la mort de son père, ce dernier commença à se quereller avec ses frères (Midrach ; Rachi Beréchit 25, 18). Dès lors, nous comprenons aisément la nécessité d’Its’hak, après la mort de son père, d’élire pour lieu de résidence justement l’endroit où habitait Hagar. En effet, lorsque ses six demi-frères rendaient visite à leur mère, il partageait avec eux sa joie de vivre et sa manière de se suffire de ce qu’il possédait. Ainsi, il les éduqua à bien se conduire, et à ne pas se laisser entraîner par le penchant belliqueux de leur aîné, Ichmaël. Par la suite, les descendants d’Ichmaël et des six autres frères se mélangèrent (Rambam, Rois, 10, 8).

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire