19 Tishri 5782‎ | 25 septembre 2021

Voir plus clair avec le rav Lionel Cohn A la recherche d’une idéologie

A l’heure où les problèmes de sécurité semblent essentiels, le gouvernement israélien trouve nécessaire
de soulever un problème apparemment secondaire, ou du moins dont l’urgence n’est certes pas immédiate : inscrire sur la carte d’identité l’appartenance « ethnique » des citoyens. Il ne semble pas inutile de s’interroger sur les motifs de cette démarche assez surprenante. Au début de l’histoire de l’Etat d’Israël, le premier ministre de l’époque, David Ben Gourion, avait adressé une lettre à un certain nombre de personnalités en Israël et dans la diaspora, leur demandant de définir « Qui est Juif ». Ces personnalités n’étaient en général pas aptes à donner une réponse « halakhique » mais le fait que la question était posée impliquait un désir de définition, ou le besoin de préciser une appartenance à un groupe ethnique. Si la question semble à nouveau actuelle – 70 ans après l’avènement de l’Etat –, c’est que la réponse n’apparaît pas claire. L’idéologie qui avait soutenu le mouvement nationaliste a perdu son attrait, comme nombre d’idéologies à notre époque. L’impression qui prévaut est qu’un vide idéologique se fait sentir, et la tentation est de remplir ce vide par une solution vague et peu significative. Comme le « sionisme » n’est plus d’actualité, remplaçons cela par le « leoum » – appartenance ethnique ! Réfléchissons à ce phénomène : les partis de gauche s’opposent à cette initiative du gouvernement et cela même invite à la réflexion. Cela consiste, en effet, d’une certaine façon à perpétuer une certaine fixation de l’ « être israélien ». En réalité, il s’agit ici d’un ancien problème que pose l’identité juive, en dehors des débats actuels. La gauche et la droite sont, certes, des notions plus ou moins caduques, mais elles représentent cependant des orientations idéologiques permanentes : libération des nationalismes,
dimension universaliste, d’une part, ou retour nostalgique aux racines, d’autre part, telles sont les options qui s’offrent aujourd’hui à nos contemporains – tel est le tableau que la mort des idéologies présente à notre époque. C’est dans cette optique qu’il faut comprendre ce débat constitué par le problème posé aujourd’hui à la Knesseth : l’identité israélienne peut, peut-être traduire une appartenance ethnique, ou doit-elle se confondre dans un universalisme incolore ? Le fond réel du problème est, en effet, la perte de signification de l’identité juive et ce problème, on désire l’occulter. On se ferme les yeux, et c’est là un des facteurs réels du débat aujourd’hui. Ne risque-ton pas de laisser l’étincelle juive s’édulcorer ? Notre analyse laisse apparaître que les dirigeants de l’Etat prennent conscience de la nécessité de donner un « ersatz » signifiant, destiné à remplacer un nationalisme évaporé ! Il est évident que cette orientation est, pour le Juif fidèle, bien éloignée des optiques dujudaïsme traditionnel : peut-on imaginer un Etat d’Israël sans yechivot, sans synagogues, sans religion ? Serait-ce encore un Etat juif ? Assurément non ! Cependant, le souci de définir l’être juif par une filiation ethnique est incontestablement un moyen de se relier à un processus qui transcende l’individu. Qu’on le veuille ou non, une avancée est proposée ici, un début de clarté dans un tunnel encore obscur. C’est cette lueur qu’il importe de découvrir, afin de voir, ici encore, une démarche positive, insuffisante assurément, encore bien faible, mais qui peut être promesse d’un retour aux sources. Telle est la perspective qu’il importe de lire : chaque attitude responsable et constructive peut permettre d’aboutir à l’espérance. Se sentir lié à une chaîne traditionnelle peut servir de planche de salut à partir de laquelle on se rapproche
du Créateur.