24 Sivan 5779‎ | 27 juin 2019

Quelques rappels sur l’origine et l’importance de la coutume des Seli’hot

Jewish men praying for forgivness (Selichot), at the Western Wall in the Old City of Jerusalem on October 8, 2016 prior to the upcoming Jewish Day of Atonement, Yom Kippur. 'Selichot" the prayer for forgiveness, is a prayer usually recited before dawn in the lead-up to the Rosh Hashana (New Years) and Yom Kippur (Day of Atonement) high holidays. Photo by Shlomi Cohen/Flash90 *** Local Caption *** úôéìä úôéìåú ñìéçåú çøãé ëåúì äëåúì äîòøáé éåí ëéôåø

Pour comprendre la signification profonde des Seli’hot, il convient de se rendre au moins une fois entre Roch Hodech Eloul et Yom Kippour devant le Kotel. En pleine nuit et au petit matin des milliers de fidèles venus de tous horizons épanchent leur coeur et récitent souvent avec une émotion sincère ces demandes de pardon qu’ils adressent au Créateur à l’approche des Yamim Noraïm. Voici à cette occasion quelques explications sur cette tradition qui connaît aujourd’hui un impressionnant renouveau. Que sont les Seli’hot ? Les Seli’hot (littéralement « les pardons ») constituent des prières de supplications
implorant la clémence divine pour pardonner les fautes commises par les enfants d’Israël. En récitant les Seli’hot, le Juif procède à une introspection approfondie qui lui permet d’aborder la nouvelle année avec la crainte et l’humilité requises. Composées de versets, prières et poèmes liturgiques faisant essentiellement référence au repentir et au mérite de nos pères les textes varient énormément en fonction des rites. Ceux du rite séfarade se focalisent essentiellement sur la petitesse et la faiblesse de l’homme face à la grandeur de son Créateur tandis que ceux du rite ashkénaze se réfèrent davantage aux thèmes du pardon et de la délivrance, en se positionnant plutôt du point de vue du peuple dans son entité que du Juif, en tant qu’individu. Bien  que la composition des textes des Seli’hot varie énormément en fonction des rites, il n’en demeure pas moins que les versions présentent un point commun au niveau de leur structure : elles commencent toutes par le psaume 145 suivi du Kaddich et se
clôturent par le Kaddich Titkabal. Cette structure rappelle celle des Amidot et semble nous indiquer que par le biais des Seli’hot, à l’instar de la Amida, le Juif se rapproche d’Hachem et renouvelle son
ascension spirituelle. En outre, selon tous les rites, le passage central des Seli’hot est l’énonciation des treize attributs de la miséricorde divine qui est répétée à maintes reprises. A quelle époque remonte cette coutume des Seli’hot ? Cette coutume apparaît déjà l’époque des Guéonim c’est-à-dire entre le 5e et le 12e siècle de l’ère commune, comme le témoigne le Gaon Rav Cohen Tsédek (Soura, VIIIe Siècle) : « Il est d’usage dans les deux Yéchivot (Soura et Poumpédita en Babylonie) de réciter des supplications pendant les dix jours de pénitence, nous nous rendons tous les jours au Beth Haknesset avant le lever du jour et nous implorons la Clémence divine ». Rabbénou Haï Hagaon (Bagdad XIe Siècle) y fait également référence en mentionnant que certains pratiquent cette coutume depuis Roch ‘Hodech Elloul, c’est d’ailleurs le cas de Rabbénou Its’hak Guiat d’Espagne qui vécut également au XIe Siècle et qui confirme que les Juifs se levaient déjà à cette époque aux aurores depuis le début d’Elloul. A l’époque des Richonim, différents rites apparaissent, certains commencent à réciter les Séli’hot dès Roch ‘Hodech, d’autres, le 15 Elloul et d’autres encore, le 25 Elloul, date du premier jour de la création du monde. Qui a rédigé les Seli’hot ? Les textes rituels des Seli’hot ont été rédigés à la période des Guéonim et au Moyen-
Age. Parmi les principaux auteurs des passages des Seli’hot, on trouve plusieurs Rabbanim célèbres, tels que Rabbi Chlomo de Babylonie, Rabbénou Guerchom, Rabbi Chlomo Ibn Guabirol, Rachi et Rabbi Elazar de Worms. Quand récitons-nous les Seli’hot ? Les règles de lecture des Seli’hot sont fixés au milieu du XVIème siècle : Rabbi Yossef Caro adopte la coutume pour les Séfarades de réciter les Seli’hot depuis le début du mois d’Elloul. Rav Moché Isserlès, quant à lui, confirme l’habitude des communautés ashkénazes, à savoir de commencer à réciter les Séli’hot le samedi soir précédant Roch Hachana, désigné sous l’appellation « Léyl HaSeli’hot » ou en yiddish, « Seli’hess Na’ht » (ou celui de la semaine précédente si Roch Hachana tombe lundi ou mardi afin que les Seli’hot soient récitées au moins pendant 4 jours précédant Roch Hachana). Cette coutume dérive du fait qu’il fallait inspecter les animaux destinés à l’offrande pendant quatre jours pour vérifier qu’ils ne présentaient pas de défauts. En ce qui concerne le moment approprié pour réciter les Seli’hot, il se situe avant le lever du jour ou à la moitié de la nuit. Car, selon le Zohar, à la moitié de la nuit et au petit matin, la clémence divine s’éveille et il s’agit donc de moments propices pour implorer Hachem de nous pardonner, tandis que la première partie de la nuit est un moment où la Middat Hadin a de l’emprise. Pour conclure, si vous vous trouvez à Jérusalem pendant cette période des Seli’hot, vous êtes conviés à vous joindre aux Seli’hot dirigées par le Rav Réouven Elbaz Chlita, avec ferveur et sincérité, à la Yéchiva « Or Ha’haïm ». Ouverte à tous, elle accueille chaleureusement chacun de nos frères qui y affluent de près comme de loin. Issus de tous milieux, ils viennent s’imprégner de cette ambiance particulière pour répondre à l’appel de leur étincelle
juive qui vibre en leur for intérieur. Dans bien des cas, ce passage à Or Ha’haïm les conduit à marquer un tournant dans leur vie et à emprunter la voie du repentir ! Des Seli’hot qui ravivent les coeurs et qui stimulent à devenir des êtres meilleurs… à ne pas manquer !

Yocheved Lévy