8 Kislev 5779‎ | 16 novembre 2018

Les sanctions américaines contre l’Iran seront-elles efficaces ?

US Secretary of State Mike Pompeo meets with Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu in Tel Aviv on April 29, 2018. Photo by Matty Stern/U.S. Embassy Tel Aviv ***US EMBASSY TEL AVIV HANDOUT EDITORIAL USE ONLY/NO SALES*** *** Local Caption *** ארצות הברית פגישה נפגש אמריקאי שר החוץ בנימין נתניהו ראש הממשלה מייק פומפאו

Réinstauré le 7 août par l’administration Trump, le train de sanctions levé en janvier 2016 par Obama dans le sillage de la signature, six mois plus tôt, du Traité de Vienne (JCPOA) avec Téhéran, va-t-il cette fois porter ses fruits ? En attendant, furieuse de cette décision de Trump, l’Europe a octroyé une 1ère tranche de 26 millions de $ d’aide à l’Iran.

Le premier groupe de sanctions réimposées par Washington à Téhéran 90 jours après le retrait des USA du JCPOA a déjà commencé à pénaliser la monnaie iranienne (le rial est déjà en dévaluation accélérée) en bloquant les achats iraniens en dollars, le commerce de l’or et des métaux précieux, y compris l’aluminium et l’acier, les avions commerciaux de passagers et le charbon, ainsi que les importations
de tapis et de pistaches iraniens. Puis dès novembre, ces sanctions frapperont le système financier et les ports iraniens, ainsi que les exportations perses de pétrole, ce qui réduira à zéro les échanges
commerciaux déjà fort réduits entre les USA et l’Iran. « Les Etats-Unis sont déterminés à renforcer leurs sanctions, devait déclarer Trump, et à agir auprès des autres nations ayant des liens commerciaux avec l’Iran, car les personnes et les sociétés qui maintiendraient ces liens s’exposeraient elles aussi à de sévères conséquences. Nous demandons expressément aux autres pays de réduire ou de stopper leurs importations de pétrole brut iranien pour placer le régime de Téhéran devant un choix : ou bien cesser ses menaces et mettre fin à sa conduite déstabilisante en pouvant ainsi réintégrer l’économie globale, ou bien s’enfoncer dans un processus accru d’isolement économique et de troubles sociaux
internes ». Des déclarations concrétisées quinze jours après par la formation d’un Groupe international de surveillance de l’Iran formé à l’initiative du secrétaire d’Etat US. à la Défense, Mike Pompéo. Réactions des dirigeants iraniens : « Ce rétablissement  des sanctions, a dit l’ayatollah Khamenei, le Guide spirituel du régime, s’inscrit dans le sillage de la décision unilatérale de Trump de se retirer de l’accord passé sur notre programme nucléaire. Ce qui ne nous inquiète pas, mais qui montre à quel point les USA ne sont pas fiables ». Quant au chef de la diplomatie iranienne, Java Zarif – celui-là même qui avait négocié l’accord de Vienne avec les six grandes puissances de la planète -, il s’est fait plus
menaçant encore : « Les USA peuvent toujours croire que l’Iran n’exportera plus son pétrole alors que les autres pays exportateurs continueront à le faire… », a-t-il dit en brandissant le spectre d’une fermeture par l’Iran du Détroit d’Ormuz où transite plus du tiers des exportations moyenorientales d’« or noir ». Dépités par cette réorientation américaine jugée à Bruxelles « bien trop musclée», les principaux pays européens – qui avaient déjà vertement critiqué en mai dernier la dénonciation du JCPOA par Trump – ont décidé le 23 août de passer à l’acte en boostant l’économie iranienne par le versement immédiat  d’un apport de 26 millions de $, 1ère tranche d’une aide globale de 56 millions au total. Et ce, dans l’espoir que le JCPOA pourra être « sauvé » si l’Europe continue de faire route commune avec l’Iran. « Cette aide aura pour effet d’élargir les relations  économiques avec l’Iran dans  des domaines – comme le pétrole et le secteur privé – qui bénéficieront directement à nos citoyens »,
a tenté d’expliquer, Fédérica Moguérini, la responsable de la politique étrangère de l’Union européenne. « Ce soutien d’une l’Europe ne voulant que développer son commerce envoie un message erroné au plus mauvais moment !, a réagi Brian Hook, le responsable du dossier iranien dans l’administration Trump. Car plus d’argent dans les mains des mollahs signifie encore plus d’argent pour mener des assassinats en Europe. Et ce, alors que l’UE et les USA devraient agir ensemble plutôt que de faire bande à part ».Quant à Binyamin Nétanyaou, il a qualifié cette aide de l’UE à l’Iran de « dangereux poison pour tout le peuple iranien »…
Richard Darmon