18 Iyyar 5779‎ | 23 mai 2019

Chabbat Ki Tavo ASPIRER À L’EXCELLENCE… Yonathan Bendennoune

Alors que nous approchons à grands pas de Roch Hachana, chacun s’efforce de « grappiller » des mérites supplémentaires, susceptibles de faire pencher la balance en sa faveur au jour du jugement. Or, il s’avère que dans ce domaine, il existe certains « raccourcis » qui permettent d’atteindre ses objectifs en peu de temps…

On raconte qu’un grand maître lituanien (certains affirment qu’il s’agissait de Rav Its’hak Eizik ‘Haver) se rendit un jour à Volozhin en quête d’un gendre. En ces temps où l’excellence était le mètre étalon permettant de jauger la valeur des personnes, ce maître se rendit tout naturellement dans l’illustre
Yéchiva qui avait fait la renommée de cette ville, dans l’espoir d’y cueillir la fine fleur de la future génération et de lui accorder la main de sa fille aux vertus inénarrables. Pour déterminer son choix sur l’heureux élu, le maître prit la parole dans la salle d’étude principale et exposa aux jeunes étudiants une question talmudique particulièrement épineuse, alambiquée à souhait. Il annonça ensuite que quiconque découvrirait la réponse serait désigné pour devenir son futur gendre ! Une telle proposition ne manqua pas de séduire la majorité des jeunes talmudistes lituaniens, qui se mirent à creuser la question d’arrache-pied. Dès que l’un d’eux pensait avoir découvert la solution au problème, il se plaçait au bout de la longue file d’attente des autres prétendants, qui pensaient tous avoir découvert la clé
de leur futur bonheur. Mais en vain, toutes les tentatives d’explication se soldèrent sur un échec : le rav repoussa l’une après l’autre les réponses qui lui étaient présentées, et la main de la jeune fille demeurait toujours vacante… Les jours passèrent et, au bout d’une semaine, les longues files d’attente s’étendant
à perte de vue avaient cédé la place à de furtives visites, trahissant plutôt une volonté désespérée d’emporter le précieux trophée. Comprenant que l’âme-soeur de sa fille ne se trouvait visiblement pas entre les murs de l’illustre Yéchiva, le maître décida de quitter les lieux pour poursuivre ses recherches dans d’autres centres d’étude. Le matin, après avoir pris congé de ses hôtes, il entra dans la calèche qui l’attendait déjà devant chez lui et prit la route vers de nouveaux horizons, non sans une pointe de déception… La voiture quitta le quartier juif de Volozhin et se dirigea promptement vers la sortie de la ville. Soudain, alors que les chevaux empruntaient déjà la grande route, on entendit une voix sourde
s’époumonant en criant : « Attendez ! Retenez les chevaux ! » Une fois la voiture arrêtée, on vit arriver au loin un jeune homme de la Yéchiva, le visage congestionné par l’effort.
– Que se passe-t-il ? s’enqu it le maître. Y a-t-il une urgence quelconque ?
– La réponse… souffla à grand-peine le jeune homme entre deux halètements.
– La réponse ? Aurais-tu donc trouvé une solution à mon problème ?
– Pas du tout ! rétorqua le jeune étudiant. Mais la question que vous avez posée ne cesse de me hanter, et je ne peux vous laisser partir sans en connaître la réponse… En entendant ces mots, le visage du maître rayonna. Il invita son interlocuteur à prendre place à ses côtés dans la voiture, et pria le cocher de faire demi-tour pour les ramener jusqu’à la demeure du Roch Yéchiva. Celui-ci, en voyant son illustre hôte revenir si rapidement, ne cacha pas sa surprise : « Auriez-vous trouvé la perle rare que vous cherchiez tant ? » L’autre répondit avec un hochement de tête : « Effectivement, je pense avoir trouvé ce que je cherchais, quoique pas de la manière escomptée… » Après avoir brièvement relaté les faits qui venaient de se passer à quelques lieues hors de la ville, l’invité conclut : « Certes, ce jeune homme
n’est pas le plus brillant de tous, et il n’a même pas proposé une réponse convenable à ma question. Cependant, ce qui le différencie des autres, c’est sa persévérance et sa volonté de connaître la réponse. Sa détermination est d’ailleurs si puissante qu’il n’a pas pu me laisser partir sans obtenir une explication satisfaisante. Il n’est donc peut-être par le plus excellent de tous, mais il est assurément celui qui aspire le plus à l’excellence… Or, c’est un jeune homme tel que lui que je souhaite présenter à ma
fille ! » Il est écrit dans la paracha de Ki Tavo : « L’Éternel t’a glorifié aujourd’hui, afin que tu sois pour Lui un peuple de prédilection […] pour t’élever au-dessus de toutes les nations qu’Il a créées… »
(Dévarim 26, 28-29). Si le peuple juif est considéré comme la fine fleur de l’humanité, ce n’est pas parce qu’il l’était déjà au moment où D.ieu l’a choisi. Pour preuve, on voit bien de ces versets que c’est au contraire « l’Éternel qui t’a glorifié et élevé au-dessus de toutes les nations… ». Pourquoi donc le peuple juif a-t-il été choisi plus que tout autre ? Parce qu’en proclamant au pied du Sinaï : « Nous  ferons et nous comprendrons », il a manifesté une soif et un désir ardent de s’élever, en dépit de toutes les embûches semées sur le chemin de l’excellence. À quelques jours de Roch Hachana, nous avons à peine le temps de grappiller par-ci par-là quelques mérites supplémentaires, dont la qualité est sans nul doute fort discutable. En revanche, ce que nous pouvons intensifier en ces moments cruciaux, c’est notre désir de grandir, cette aspiration particulière qui a distingué notre peuple et qui, au jour du jugement, contribuera certainement à faire pencher la balance en notre faveur.