15 Iyyar 5779‎ | 20 mai 2019

Après Jérusalem, Trump veut « régler » le problème des réfugiés palestiniens

After signing, U.S. President Donald Trump holds up the proclamation that the United States recognizes Jerusalem as the capital of Israel and will move its embassy there, during an address from the White House in Washington, U.S., December 6, 2017. REUTERS/Kevin Lamarque - RC1AC9F6CB90

Après avoir reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël, le président américain entend redéfinir le statut des refugiés palestiniens et mettre un terme à la revendication du Droit au retour qui représente selon un obstacle majeur à un règlement du conflit. Même si l’on voit mal les Palestiniens accepter la logique élémentaire de Trump dans ces dossiers, il faut bien admettre qu’au delà de son caractère souvent déroutant, le président américain entend innover et explorer de nouvelles voies pour régler ce conflit et arracher son « deal du siècle ». Analyse

Il faut bien l’admettre : Donald Trump, le président probablement le plus proisraélien de l’histoire des Etats-Unis, est un personnage parfois déroutant. Il suffit de revenir sur certaines de ses déclarations au cours des derniers jours pour l’admettre. Ainsi la semaine dernière de passage à Charlestone (Virginie occidentale) dans le cadre de la campagne pour les élections du « midtime » au Sénat américain, Donald Trump a provoqué un souffle d’inquiétude en Israël en affirmant qu’après avoir offert à Israël la reconnaissance de Jérusalem comme capitale, il espérait des Israéliens plus de concessions dans le cadre de pourparlers israélo-palestiniens et que désormais, c’était aux Palestiniens de recevoir. Ce n’est pas la première fois que le président fait ce type d’allusion quant au « prix à payer » en échange du transfert de l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem. Mais si cette déclaration a embarrassé les Israéliens, c’est surtout parce qu’elle s’inscrit dans une vague de rumeurs persistantes sur l’intention de l’administration américaine de présenter dans les prochaines semaines son fameux « deal du siècle », le plan américain de paix ou de règlement du conflit israélo-palestinien que l’on ne finit plus d’attendre depuis maintenant plus de 18 mois. Finalement, le conseiller à la Sécurité Nationale, John Bolton a dissipé quelque peu cette inquiétude en affirmant qu’il n’y avait aucun changement dans la position américaine et qu’il n’était pas question de parler de contrepartie en échange de la reconnaissance             « naturelle » de Jérusalem comme capitale d’Israël. Ceci étant, on a remarqué également dans les propos tenus par Donald Trump à Charlestone une petite phrase qui n’est pas nouvelle, elle aussi, mais qui a son importance. S’exprimant donc sur sa décision de reconnaître Jérusalem, le président
américain a déclaré : « C’est toujours sur ce dossier que les pourparlers ont buté. En reconnaissant Jérusalem comme capitale, j’ai réglé une fois pour toutes le problème ». Et cette petite phrase est déterminante car elle est peut-être le reflet d’une stratégie « trumpienne » au Proche Orient, tant est qu’il y en ait une. En effet, dans la perception assez simpliste qu’a le président américain du conflit israélo-palestinien, une évidence se dégage : 25 ans après, le processus d’Oslo a échoué. Et s’il
a échoué, c’est parce que les deux parties l’ont fait reposer sur des suppositions erronées, la principale d’entre elles étant la décision de reporter à l’issue du processus, le traitement des dossiers « au coeur du conflit » : les frontières définitives d’Israël et de l’État palestinien, le statut de Jérusalem et celui des réfugiés palestiniens. Pour Trump et plus intéressant, pour la plupart de ses conseillers (Jared Kushner, Jason Greenblatt, David Friedman et même John Bolton), c’était là une dramatique erreur. Que fait Trump aujourd’hui ? Il entend corriger cette erreur en mettant sur la table d’emblée ces dossiers délicats. C’est ce qu’il a fait, de son point de vue, le 6 décembre en reconnaissant Jérusalem comme capitale d’Israël et le 14 mai en y installant l’ambassade américaine. Pour Trump et pour son administration, les Palestiniens n’ont qu’à s’adapter à cette nouvelle réalité. Alors bien sûr, les Palestiniens eux ne l’entendent pas de cette oreille et continuent à l’instar de Mahmoud Abbas, à boycotter les Américains. Mais du point de vue du président, il y a là ce que nous avons déjà appelé dans ces colonnes une logique, même si elle nous paraît simpliste et élémentaire. Mais ce qui est plus important encore, c’est que le président compte mettre en application cette même logique pour régler, une fois pour toutes, le dossier, tout aussi ardu, du droit au retour des réfugiés palestiniens. Et c’est ainsi que trois jours à peine après avoir donné des sueurs froides aux Israéliens avec ses « concessions israéliennes » et son désir d’offrir, le président américain prit de court ses amis et ses ennemis en
annonçant d’abord sa décision de réduire de 200 millions de dollars la subvention américaine à l’Autorité Palestinienne et ensuite il a expliqué la nécessité de redéfinir le statut de réfugiés palestiniens. Pour ce qui est de la réduction de l’aide économique à l’A.P., elle répond elle aussi à la logique élémentaire et simpliste de Trump : « Ceux qui profitent de notre argent doivent faire ce que nous leur demandons de faire ». Et il s’agit donc d’une sanction américaine consécutive au refus palestinien de revenir à la table des négociations, en dépit de ces « gestes » généreux dont Trump pourrait les gratifier. Pour ce qui est du statut des réfugiés palestiniens, Donald Trump a eu largement le temps de se faire une idée claire sur la question. Il faut dire qu’il a été considérablement aidé en ce sens par son gendre et conseiller Jared Kushner. Celui-ci est le véritable fer de lance de la campagne menée par Trump et par Nikky Halley l’ambassadrice américaine à l’ONU contre l’UNWRA, une campagne qui a débuté en janvier dernier par la réduction draconienne du budget alloué par les Etats-Unis à cet organisme
onusien qui est chargé, on le sait, de venir en aide aux réfugiés palestiniens à Gaza d’abord mais également dans toute la Diaspora palestinienne (voir notre dossier sur le lien entre l’UNWRA et le Hamas dans les pages suivantes). Kushner a totalement adhéré, ces derniers mois, à la position israélienne qui consiste à affirmer que l’UNWRA n’est pas la solution, mais c’est plutôt le problème qui fait perdurer le conflit. C’est ainsi que l’administration américaine a commandé un rapport sur le
statut des refugiés, un rapport dont les principales conclusions sont parues en juillet dernier. Selon ce rapport, mis en exergue par Kushner, le statut de réfugié ne peut se transmettre de génération en génération comme l’a instauré l’UNWRA uniquement dans le cas des Palestiniens. Et si l’on recense
le nombre de refugiés qui ont de manière effective dû quitter leur maison ou leur terre en 1948 au moment de la création de l’Etat d’Israël, leur nombre n’excède pas 40 000. Bien loin donc des
5,2 millions de réfugiés enregistrés dans les dossiers de l’UNWRA. Dans l’absolu, Kushner et son beau-père pourraient avancer cette donnée retentissante pour réduire plus encore le budget de l’UNWRA. Mais, ils semblent vouloir se montrer « généreux » et affirment que le nombre officiel de refugiés palestiniens qui seront pris en charge par l’organisme onusien ne dépassera pas les 500 000, ce qui porte déjà un coup dur au narratif palestinien traditionnel. Quoi qu’il advienne une décision officielle
en ce sens modifierait considérablement la donne et affaiblirait très nettement l’argumentaire palestinien. Est-ce que cela règlerait le problème ? Probablement pas. Comme dans le cas de Jérusalem, les dirigeants palestiniens se sont trop longtemps habitués à recevoir sans rien donner en contrepartie, et ils ne comprennent pas que pour les Etats-Unis de Donald Trump, il n’est plus question de jouer à ce petit jeu là. Alors, ils se retranchent dans leur position de refus. Une chose est sure : ce qui est valable de leur point de vue pour Jérusalem, l’est, à plus forte raison, pour le droit au retour de leurs réfugiés. A Camp David en juillet 2000, c’est cette revendication d’Arafat qui avait fait échouer le sommet alors que Barak avait accepté de se retirer de 95 % de la Judée-Samarie et de diviser Jérusalem… Quant à Mahmoud Abbas, plus « modéré » que son prédécesseur, il n’a jamais cessé de revendiquer ce droit au retour pour son peuple, en sachant pertinemment qu’il était synonyme de destruction de l’Etat Juif… Daniel Haïk