17 Kislev 5780‎ | 15 décembre 2019

Rav Yaacov Sitruk La grande leçon du lacet de chaussures

Nous entrons cette semaine dans l’ère d’Avraham Avinou. Ce « père » du peuple juif va incarner le sens de la relation, aussi bien entre l’homme et Hachem, qu’entre les hommes eux-mêmes, Juifs et non Juifs.
La paracha de Lekh Lékha nous raconte que dans la vallée du Jourdain, en particulier autour de Sodome, un certain nombre de petits rois se faisaient constamment la guerre (tiens déjà !). Il existe donc un conflit entre les nations, qui ne concerne nullement Israël. Dans cette tourmente permanente qui agitait la région, Loth, le neveu d’Avraham (Israël ?) est fait prisonnier alors qu’il habitait
Sodome. Apprenant la nouvelle, Avraham va se battre courageusement pour le libérer. Les rois sont plus nombreux et plus puissants que lui, mais il gagne pourtant cette guerre et libère Loth. Les vaincus, selon
la tradition de l’époque, viennent lui remettre l’intégralité du butin qu’il a gagné légitimement dans le combat. C’est alors qu’Avraham décline leur offre en disant : « Je ne prendrais même pas un fil ou une lanière de chaussure, pour ne pas que l’on dise : nous avons enrichi Avraham ». La leçon qu’il nous donne ici est grandiose. En effet, pendant notre histoire, nous avons maintes fois entendu le mythe
du juif qui s’enrichit aux crochets de la société. A ce propos, mon père zatsal racontait un épisode qui l’avait beaucoup marqué. Lorsqu’en 1981, François Mitterrand est devenu président de la République française, un Juif français de l’est de la France a fait un don au Musée du Louvre. Le lendemain, en première page, un très grand quotidien français prétendu objectif écrivait alors : Mr Untel, juif d’origine
polonaise (vous noterez les détails) est venu s’installer en France et s’est enrichi dans notre pays. Il était donc légitime, ajoute le journaliste, que cet homme exprime sa gratitude à l’égard du pays qui l’avait enrichi. Ces propos sont tout simplement scandaleux, d’autant que le monsieur en question,
que mon père avait par ailleurs eu le bonheur de connaître, avait fait le don le plus important que le Louvre n’ait jamais reçu depuis sa création. Ce fut un événement extrêmement médiatisé. On avait juste retenu que ce monsieur était un juif immigré. Voilà ce qu’Avraham avait compris : même si légitimement cet argent lui revenait, il n’en prendrait rien. Ce faisant, Avraham nous donne une grande leçon de sagesse et surtout il incarne la notion de Kidouch Hachem, la sanctification du nom de D.ieu, qui
incombe à chaque juif. Il se doit de réaliser qu’à tout instant le monde entier le regarde, l’observe, le juge. Par notre comportement, c’est celui de notre Créateur qui est lui-même apprécié par le monde entier. Avraham va changer le monde après les turbulences que l’humanité a connues, il va faire de l’homme le représentant d’Hachem. L’histoire d’Israël peut commencer maintenant que le juif sait qu’il représente beaucoup plus que ce scanda- qu’il est.