9 Heshvan 5779‎ | 18 octobre 2018

Entretien exclusif avec le Rav Amir Krispel Chlita, ancien secrétaire du Rav Azkara du Rav Ovadya Yossef Zatsal (1920-2013)

A l’approche du 3 ‘Hechvan, jour anniversaire du décès de Rav Ovadya Yossef Zatsal, Haguesher vous propose de découvrir quelques aspects de cette grande figure rabbinique qui nous a quittés il y a cinq ans, à travers les témoignages du Rav Amir Krispel Chlita, ayant exercé la fonction de secrétaire du Rav pendant 23 ans.

Haguesher : Pourriez-vous nous parler brièvement de cette relation étroite que
vous aviez entretenue avec le Rav ?
Rav Krispel : Cela remonte à près de trente ans, alors que j’étudiais dans son
Collel « Yé’havé Daat », on me proposa de devenir le secrétaire du Rav. Pendant les 5 ou 6 premières années, ma fonction consistait essentiellement à fixer les
rendez-vous, à communiquer les questions liées principalement à des sujets halakhiques ou à des demandes de lettres d’approbation. Par la suite, je devins aussi son représentant et je participais à différentes réunions, notamment celles du « Comité du Chabbat ». Ayant eu la chance de le côtoyer au quotidien, je peux témoigner que le Rav était constamment plongé dans son étude. Certes, il était responsable du parti Chass mais il ne devait pas y consacrer plus de 25 minutes par jour. Son attachement à la Torah était indescriptible, le Limoud Torah était littéralement son oxygène. Il avait un programme surchargé, sa journée  débutait à 6h pour étudier avant la Tefila puis recevait le public pendant une
demi-heure, prenait son petit-déjeuner et étudiait sans interruption de 9h à 14h.
Il était impressionnant de le voir courir comme un jeune enfant, pour se rendre au Beth Hamidrach, même à l’âge de 90 ans ! Après avoir fait Min’ha et déjeuné,
il était quasiment tous les jours honoré à être Sandak à un Brit. Ensuite, il se reposait pour poursuivre son étude de l’aprèsmidi. Chaque jour, il faisait une marche durant laquelle, il répétait par coeur les traités étudiés dans la journée et il m’accordait environ 5 minutes pour discuter avec lui. Le soir, à nouveau, il étudiait de 21h à 2h !
Haguesher: Vous avez dû être témoin de scènes ou d’anecdotes marquantes, pourriez-vous nous en faire partager quelques-unes ? Les histoires ne manquent pas… il ne sera pas aisé d’en choisir mais voici quelques unes qui révèlent de la dimension du Rav et ses qualités remarquables. Une concentration totale dans l’étude Lorsque le Rav étudiait, il s’y plongeait totalement, de tout son corps et de toute son âme si bien qu’il était complètement déconnecté de ce qui se passait autour de lui. A propos, lorsque le Rav reçut la visite du Premier Ministre Binyamin Nétanyaou, accompagné de sa délégation, il était en train d’étudier et ne remarqua pas sa présence… le Premier Ministre s’était alors tenu devant lui, impressionné par la concentration du Rav, pendant une vingtaine de minutes… jusqu’à ce qu’on ait dû prévenir le Rav de l’arrivée de Binyamin Nétanyaou.
Il y a près de 20 ans, le Rav souffrait de terribles maux de ventre et fut alors
conduit à l’hôpital pour procéder à une biopsie. Toutefois, en raison de son diabète, les médecins hésitaient à lui effectuer une anesthésie générale. Alors que le corps médical était en train de discuter, le Rav demanda à avoir des explications au sujet de leur embarras. Il leur proposa alors une solution qui ne présenterait  aucun risque : « apportez-moi une Guemara et dès que je commencerai à étudier, vous pourrez m’opérer et je ne sentirai rien ». Effectivement, sous son conseil, les médecins procédèrent à la biopsie tandis que le Rav était en état d’éveil et, sa concentration dans l’étude était telle qu’il
n’avait rien senti… telle était la force de Sa Torah ! Un sens de responsabilité pointu En tant que membre de la direction d’une école de filles de Beth Chémech, je demandais conseil au Rav régulièrement. A maintes occasions, je lui fis part d’éléments perturbateurs que nous souhaitions renvoyer de notre établissement. Mais, en aucun cas, cette option n’était une solution pour le Rav. Or, voilà qu’un jour, une certaine élève de 12 ans avait dépassé toutes les limites et exerçait une mauvaise influence sur ses camarades… Là, j’étais sûr que, s’agissant d’un cas extrême, le Rav ferait exception à la règle et serait d’accord de la renvoyer. Après lui avoir exposé le cas, le Rav me demanda de faire venir chez lui cette adolescente pour qu’il lui parle… Le Rav la reçut et lui parla pendant un quart d’heure… l’élève sortit en pleurant. Le message du Rav l’avait profondément touchée si bien que du jour au lendemain, elle changea radicalement et eut un comportement exemplaire! Par la suite, elle devient enseignante dans cette même école… mais l’histoire de cette jeune fille ne s’arrête pas là…. Il y a 5 ans, une journée de Tefila avait été organisée pendant ‘Hol Hamoèd Souccot, pour la guérison du Rav et cette jeune fille, âgée alors de 21 ans, qui enseignait dans notre école, s’était évanouie ce jour-là. Le soir, j’avais téléphoné à son père pour prendre de ses nouvelles. Grâce à D.ieu, elle allait bien. Puis, il enchaîna la discussion en me
demandant si je me souvenais de lui et de son épouse… je répondis par la négative. Il me raconta que 22 ans plus tôt, alors que la mère de cette jeune fille était enceinte, les médecins lui avaient conseillé d’avorter car le bébé présentait de sérieuses malformations, nous avions alors consulté le Rav Ovadya Yossef qui nous adressa sa bénédiction : « Vous aurez un enfant qui sera en bonne santé et je veillerai sur lui ! Et en effet… le Rav était directement intervenu pour que notre fille grandisse dans le droit chemin ! » Alors que les Talmudé-Torah du réseau
scolaire de Chass manquaient d’un nombre important de salles de classes,
Rav Ovadya Yossef demanda à rencontrer l’un des responsables du Ministère
de l’Education pour le convaincre de la nécessité d’ouvrir des classes supplémentaires. Arrivé au domicile du Rav, cet intellectuel fut impressionné de découvrir une maison intégralement tapissée de Sefarim, du sol au plafond… il n’y
avait ni tableaux, ni photos, ni peinture, uniquement des livres de Torah (près de 40 000 !). Surpris de voir une telle bibliothèque, il demanda au Rav : « Avez-vous
étudié tous ces livres ? ». Le Rav lui répondit par l’affirmative et lui proposa de conclure le « deal » suivant : « Nous avons besoin d’ouvrir 150 classes et vous êtes prêts à nous en accorder 50, je vous suggère de me tester en ouvrant n’importe quel livre et en me demandant de vous citer le contenu de la page que vous ouvrirez… si je ne sais pas vous répondre, je cède sur ces 50 classes mais si j’arrive à vous citer le contenu, vous répondrez intégralement à ma requête… » Le délégué du Ministère de l’Education choisit un gros volume qui avait l’air de dater de plusieurs décennies. Et… en effet, le Rav réussit à relever ce défi et cita textuellement la page en question… son visiteur en resta bouche-bée… et, l’ouverture de 150 classes supplémentaires fut accordée… Surpris de l’attitude du Rav, je lui avais demandé : « Comment pouviez-vous avoir une telle assurance ? N’aviez-vous pas peur d’échouer ce test ? » Et, en toute humilité, il me répondit : C’est uniquement en Hachem que je place ma confiance c’est Lui qui m’accorde la mémoire… nul doute qu’il souhaite que je fasse le maximum pour veiller à ce que tous ces jeunes enfants puissent étudier la Torah dans des conditions adaptées.
La force de la Berakha du Rav Mariée depuis dix ans, ma soeur n’avait pas d’enfant. Elle avait suivi différents traitements qui n’avaient pas abouti et les médecins ne lui donnaient aucun espoir… A la veille de Roch Hachana, elle
se rendit chez Rav Ovadya Yossef pour lui demander conseil et recevoir sa bénédiction. Contrairement à son habitude, il lui dit qu’elle n’avait pas besoin de suivre de traitements… Il lui rappela l’importance de la prière et évoqua la Ségoula recommandée par nos Sages, à savoir, de consommer du Etrog utilisé par un Talmid ‘Hakham. Après Souccot, ma soeur récupéra un morceau du Etrog du Rav Ovadya… La même année, elle mit au monde un enfant, et, par la suite elle en eut deux autres. La Ségoula se propagea comme une traînée de poussière et depuis, chaque Motsaé Sim’hat Torah, il y avait la queue devant la maison du Rav pour recevoir du Etrog du Rav. Le Rav utilisait chaque jour de Souccot un autre Etrog afin d’en faire profiter un maximum de couples. Rav Ovadya Yossef Zatsal avait promis avant son décès qu’il prierait devant le Trône céleste pour tout celui qui se renforcerait dans l’accomplissement des Mitsvot ou l’étude de la Torah à la suite d’un enseignement qu’il tirerait de ses hespédim, ses enseignements ou de son parcours. Puissions-nous tous nous renforcer en prenant exemple de notre maître !
Propos recueillis par Yokheved Levy

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