11 Tevet 5779‎ | 19 décembre 2018

Entretien avec Joël Mergui président du Consistoire « La majorité des Juifs de France ne feront pas leur alya : leur avenir est notre priorité »

C’est devenu au fil des ans une tradition : au lendemain des fêtes de Tichri, le président du Consistoire Joël Mergui dresse dans les colonnes d’Haguesher un bilan de l’année hébraïque qui s’est terminée et détaille ses défis et objectifs pour la nouvelle année. Nous l’avons rencontré en Israël durant les fêtes de Souccot pour un dialogue de fond sur l’état actuel de la Communauté. Haguesher : Joël Mergui, avant de nous plonger dans l’action du Consistoire, une question plus générale : En Israël les fêtes de Tichri sont l’occasion d’une véritable effervescence spirituelle dans la population israélienne avec le phénomène des Sli’hot, la solennité de Kippour, les festivités de Souccot.                                                             —Ne percevez-vous pas un décalage marquant entre la manière dont ces fêtes sont célébrées en Israël et en France ?
– Joël Mergui : La spiritualité juive est partout identique c’est ce qui fait la force du Judaïsme partout car la ferveur ne manque dans aucune synagogue, seuls changent véritablement l’expression et le contexte. Certes il y a en Israël, comme je le vois en cette période de Tichri une sorte d’explosion de spiritualité. Mais il ne faut pas négliger l’impact de l’anti-spiritualité qui malheureusement aussi est présent dans l’Etat hébreu. Et d’ailleurs j’ai tendance à penser que la masse des olim de France qui sont arrivés en Israël, ces dernières années, contribue merveilleusement à neutraliser ce facteur d’anti-spiritualité et à renforcer l’expression d’un judaïsme à la française, à la fois orthodoxe avenant, et ouvert à l’autre. Alors évidemment, face à cela, le judaïsme en France peut paraître moins vivace, avec des communautés qui s’affaiblissent numériquement. Mais il ne l’est pas : d’abord, parce que nous avons oeuvré, ces dernières années, à compenser les départs de ceux qui étaient des piliers de nos synagogues, par des Juifs qui redécouvrent le chemin de nos lieux de prières. C’est ce que j’ai appelé l’alya intérieure. Et ensuite parce que, depuis 30 ans, la vitalité du judaïsme français n’a pas fléchi. Elle s’est modifiée, en particulier avec les mouvements de migration internes qui se sont produits par exemple de la banlieue vers certains quartiers
de Paris et pareillement en province. Elle s’est adaptée, mais elle n’a pas fléchi. Nous avons conservé le même nombre d’écoles juives, de restaurants cashers et
de synagogues que par le passé. Et si vous étiez venus dans nos synagogues à Kippour vous auriez pu constater qu’elles étaient pleines à craquer. (Les défis d’Israël et de la communauté juive de France ne sont pas les mêmes mais je pense que nous, Juifs de France, parvenons à nous surpasser pour relever des défis qui nous paraissaient de prime abord insurmontables.
– Alors quel est pour vous l’enjeu majeur de votre communauté ?
– On ne peut pas se satisfaire du verre à moitié plein il faut aussi avoir conscience
du verre à moitié vide. Le verre à moitié plein, ce sont nos synagogues qui continuent à vivre, à se remplir aux grandes solennités et le dynamisme de la vie juive française au quotidien. Pourtant quelques deux cents mille juifs de France ne participent à aucune activité communautaire et là est notre véritable objectif et l’enjeu du judaïsme français pour la France comme pour Israël ! Le Consistoire et toutes nos communautés, oeuvrons en ce sens depuis plusieurs années mais je suis persuadé qu’aujourd’hui cette action ne doit pas et ne peut pas se mener  seule : elle doit être accompagnée par le judaïsme israélien notamment. Car, il faut bien comprendre que c’est parce que les Juifs assument leur identité juive, qu’ils sont proches d’Israël etqu’ils auront un jour éventuellement envie d’y vivre.
– Est-ce que les Autorités israéliennes sont conscientes de ce message ?
– Elles commencent à le comprendre mais concrètement, elles ne se sont pas encore suffisamment investies pour consolider ce judaïsme en France. Pourtant la lutte contre l’assimilation intéresse également nos deux pays qui auraient intérêt à mettre en commun toutes leurs ressources pour lutter contre ce danger de disparition de l’identité juive. Il y a un mois j’ai rencontré le nouveau président de l’Agence Juive Its’hak Hertzog. Il m’a demandé pourquoi l’Alya de France avait diminué. Je lui ai répondu que les Juifs les plus mûrs pour une Alya choisie étaient déjà partis. Et que l’Agence juive se doit désormais de consolider les structures qui permettent aux Juifs de France de mieux s’imprégner de leur identité juive parce que c’est elle qui permettra ensuite à ceux qui le veulent de partir et de mieux réussir leur alya.
– Ne craignez-vous pas que l’on assiste alors, comme cela se produit actuellement aux Etats-Unis, à un éloignement entre Israël et une partie de la communauté juive en France ?
– Cela dépendra à la fois du leadership communautaire juif en France mais aussi
comme je le disais de la propension du Judaïsme israélien à renforcer son lien avec notre communauté. Le judaïsme français a toujours été très proche d’Israël et s’est toujours identifié avec le message traditionnel de »Ki Mitsion Tetsé Torah ». Après la vague d’Alya des juifs français les plus impliqués, qu’en sera-t-il demain si on ne reconstruit pas en France, d’urgence le même socle religieux, militant et proche d’Israël au niveau du leadership communautaire et rabbinique ?
– Vu de Jérusalem cela paraît très compromis. En effet, il semble que la communauté française soit divisée avec d’une part un courant orthodoxe qui exprime une prudence quant à la démarche d’Alya et un judaïsme très républicain qui, pour d’autres raisons, ne place pas l’Alya parmi ses priorités…
– Non vous vous trompez : l’essentiel des structures de la communauté juive de France est d’inspiration consistoriale. Dans les synagogues consistoriales, nous trouvons assis, côte à côte, un juif orthodoxe et un autre qui prend sa voiture pour aller chabbat à la synagogue, comme on voit côte à côte aussi ceux qui souhaitent un jour faire l’Alya et ceux qui préfèrent vivre leur judaïsme en France tout en restant proches d’Israël. C’est la réalité de nombre de familles juives. Cela fait partie de l’ADN de la communauté consistoriale et ce brassage original, respectueux des choix individuels est la grande force du Consistoire et du Judaïsme à la française. Il n’y a jamais eu de contradiction entre notre fidélité à la France et notre attachement à Israël et à Jérusalem et je fais tout pour faire comprendre et partager cette évidence.
– Tout de même, dans votre allocution à la Victoire en présence du président Macron avant Roch Hachana vous avez exprimé une inquiétude concernant l’avenir…
– C’est ma responsabilité de dire clairement ce que la communauté juive ressent au président et aux responsables que je rencontre. Effectivement, j’ai expliqué que l’entière confiance que nos parents et grands-parents avaient eue en s’installant en France, a cédé la place à un doute, à des interrogations, de la part de nos enfants quant à leur avenir en France. Les territoires perdus pour la République sont une réalité et les juifs ont dû quitter certaines villes ou banlieues. Que la France terre d’asile risquant de devenir pour les Juifs une terre d’exil, n’est pas sans poser de multiples questions et problèmes certes pour les juifs français mais surtout pour la France elle-même ! (Le Président de la République m’ayant confirmé qu’il irait en Israël, je ne doute pas que la question du Judaïsme français, de ses relations avec la laïcité et de l’Alya fasse partie des sujets de prédilections de ses interlocuteurs israéliens.)
– Ne pensez-vous pas que, face à cette interrogation, on puisse parler d’irrésistible déclin de la communauté juive ?
– Il y a une décroissance démographique irréversible, ce qui n’est pas synonyme de déclin mais de défi ! Il y a moins de Juifs en France aujourd’hui qu’il n’y en avait sous Chirac pour de multiples raisons que j’ai expliquées successivement aux présidents Sarkozy, Hollande et Macron. Pour autant on ne peut pas parler de déclin. La communauté juive française demeure très dynamique. Elle est depuis 210 ans indissociablement liée au Consistoire, ce quilui permet de se penser et de se construire non seulement au sein d’un réseau solidaire respectueux des différences et des aspirations de chacun mais aussi de compenser les départs des Olim. Il faut être réaliste. La majorité des Juifs de France ne vont pas faire leur alya. Et ils auront toujours besoin de nos structures et c’est aussi mon rôle est de mobiliser les responsables communautaires d’impulser de l’élan et de l’énergie pour animer nos communautés et rassembler les Juifs les plus éloignés pour
les rapprocher de nos structures … Avez-vous le sentiment d’être écouté par les dirigeants israéliens lorsque vous parlez de l’intégration des olim de France ?
– Globalement, j’ai le sentiment d’être écouté mais pas celui d’être entendu ni traduit dans les faits. L’obsession d’Israël est de savoir combien de Juifs vont devenirisraéliens, cette année, tandis que l’obsession de notre communauté est de savoir combien de Juifs vont rester Juifs tout court ! Or tout cela est lié. C’est certes très important d’aller chercher des Juifs en Ethiopie ou au bout du monde mais en Israël vivent 150 000 Juifs de France qui représentaient l’ossature du judaïsme français et il faut que ces nouveaux israéliens se retrouvent dans un cadre structuré. Il serait par exemple anormal que des milliers de Français habitués à prier dans de belles synagogues en France – et qui ont quitté la France par conviction et pour vivre mieux en Israël leur identité juive – arrivent en Israël et se retrouvent à prier dans des lieux plus précaires, parfois des parkings ou dans des abris. Il n’est pas pensable qu’ils rencontrent des problèmes
de ce genre en Israël ! Il va y avoir des élections municipales prochainement en Israël, et j’espère que les candidats veilleront à corriger une telle lacune. Le judaïsme français mérite plus d’attention. Je crois beaucoup au concept de « Kehila Koletet Kehila » qu’une communauté existante participe à l’intégration d’une communauté récemment arrivée.
– Pensez-vous que cet accueil plutôt tiède des olim de France en Israël est l’une des causes du retour de certains ?
– Il est normal qu’il y ait des retours comme pour toute immigration mais ils sont moins importants qu’on le dit car l’Alya est motivée par un choix de coeur et un vrai engagement. Pour autant oui, il est difficilement supportable aux Français d’avoir le sentiment d’un manque de considération alors qu’ils ont tout quitté pour s’engager davantage en faveur de leur identité juive et pour l’État juif, c’est pourquoi je continuerai à oeuvrer pour une meilleure prise en charge de l’intégrationdes olim de France comme je m’y engagechaque année à la cérémonie des olim que le Consistoire organise. Accompagner la création d’une fédération des communautés francophones en Israël irait dans ce sens et permettrait d’être mieux entendus.
– Le président Macron n’a pas pris la parole à la Victoire. C’était pourtant prévu. Avez-vous le sentiment d’être écouté des dirigeants français lorsque vous leur parlez des besoins du Judaïsme français en France ?
– Il était en effet prévu que le Président prenne la parole et je regrette qu’une conception figée de la laïcité en ait finalement décidé autrement, cela montre tout
le progrès qu’il reste à accomplir, mais comme je l’ai dit, je préfère en conclure
que le Président de la République préfère les actes à la parole. Depuis plus d’un an j’ai rencontré le Président, le Premier ministre, et nombre d’interlocuteurs
sur tous les sujets et dossiers de la communauté : l’écoute est attentive, je veux la croire sincère et qu’elle s’engagera même sur beaucoup de sujets qui concernent notre quotidien, notre sécurité, l’antisionisme, le raidissement de la laïcité, la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël Etc… c’est ce que j’ai voulu exprimer dans mon discours avec l’idée surtout qu’il ne faut plus se contenter aujourd’hui de nous dire « la France sans les juifs , ce n’est pas la France « et ne pas accompagner nos préoccupations et nos projets et pas seulement nos deuils. Pour le dire autrement : il faut maintenant passer de la période des«plans contre» à celle des « projets pour ». J’ai un devoir de transparence et de vérité envers nos communautés : Ce sera donc ma responsabilité personnelle de le dire clairement aux juifs de France si un jour nous ne sommes plus entendus , si les actes ne suivent pas ou si il y a un danger pour notre avenir …
– Avez-vous le sentiment qu’après les attentats de 2015 la communauté juive de France est aujourd’hui plus apaisée et rassurée ou bien l’antisémitisme demeure tellement présent qu’il continue à inquiéter ?
– La menace des attentats et l’islamisme font désormais partie du quotidien comme en Israël, même si le plus terrible consisterait à s’y habituer. Si tel était le cas cela reviendrait à se demander pourquoi combattre vraiment l’antisémitisme puisqu’il ne cesse de renaître comme par exemple récemment avec le meurtre de Mireille Knoll ? Lorsque je parle aux responsables français, je leur dit : « C’est très bien d’avoir reconnu que l’antisionisme est une nouvelle expression de l’antisémitisme traditionnel » mais en fait cet antisionisme est la forme originelle de l’antisémitisme. Les Grecs et les Romains ont détruit Jérusalem et exilé le peuple juif de sa terre et de sa capitale Jérusalem. Ensuite durant l’exil, l’antisionisme s’est transformé en l’antisémitisme et aujourd’hui alors qu’Israël
renaît sur sa terre, l’antisémitisme renaît sous forme d’antisionisme. Et j’attends qu’en France on mette en place des moyens spéciaux pour lutter contre l’antisionisme.En tolérant des messages de haine contre Israël, on affaiblit aussi le combat contre l’antisémitisme. C’est une de mes requêtes à l’adresse du gouvernement français, de mettre en place des mesures spécifiques pour lutter contre l’antisionisme sinon on continuera à voir augmenter – comme c’est encore malheureusement le cas – les actes antisémites et on dira un jour « vous aviez raison. » Je ne veux pas que l’on dise encore un jour « vous aviez raison en constatant comme aujourd’hui qu’on a perdu 15 ans à reconnaître l’islamisme radical et à le combattre.
– Notre entretien se déroule peu avant le début des 10 jours du Consistoire. Quel est le message que vous souhaitez faire passer durant ces événements ?
– Les 10 jours sont un rendez-vous désormais traditionnel qui permet aux Juifs de France de découvrir les actions du Consistoire, de ses communautés et de ses services dans de multiples domaines grâce au dévouement des présidents de communautés et rabbins, administrateurs et administratrices et bénévoles. Le Consistoire c’est un patrimoine vivant, d’où notre projet phare « Vive notre patrimoine » qui consiste à animer nos communautés au travers d’autres activités que celles purement religieuses. On oublie trop que nos synagogues sont d’abord des lieux de vie du Judaïsme et que s’y déroulent aussi des concerts, des conférences, des cours, des rencontres de jeunes ou de seniors, ou des ateliers de cuisine ou de calligraphie par exemple. Nous voulons que nos synagogues deviennent de plus en plus des « centres communautaires », des lieux de rassemblement et de transmission. Ces 10 jours sont une occasion de donner un nouvel élan à des nouveaux projets pour nos enfants, notre jeunesse, la formation du leadership, le secours juif, la famille juive, la mobilisation générale des juifs de France…
– Justement à propos de centres communautaires, l’un de vos projets phares, le Centre Européen du Judaïsme doit ouvrir ses portes en 2019. Où en est-on aujourd’hui ?
– Nous sommes actuellement dans la phase d’aménagement, le gros oeuvre étant
achevé. L’inauguration interviendra en 2019 avec le président de la République qui me l’a confirmé. Le CEJ – auquel personne n’osait croire – existe aujourd’hui
bel et bien dans le 17e arrondissement de Paris et c’est une réponse au marasme, au terrorisme et finalement au pessimisme ambiant qui voudrait que le Judaïsme français et européen soit aujourd’hui moribond. Non seulement nous devons cette belle réalisation à nos donateurs et nos grands mécènes qui perpétuent la tradition des juifs bâtisseurs et solidaires, mais nous la devons aussi à tous nos amis non-juifs qui nous soutiennent par leurs démarches et leur actions positives en faveur de notre communauté, du judaïsme et qui luttent à nos côtés contre les préjugés de toutes sortes, à commencer par ceux qui sont véhiculés par les antisionistes, ces antisémites des temps modernes. Pôle cultuel et culturel, le CEJ a pour mission de faire rayonner le judaïsme dans sa singularité et la pluralité de ses formes d’expression. On ne le répètera pas assez : en dépit des événements tragiques que nous avons partout vécu en Europe, nous ne sommes pas un peuple de victimes mais bel et bien des bâtisseurs qui portons avec nous le plus ancien message d’espérance en l’avenir, et paradoxalement c’est dans notre passé et notre identité que nous puisons les sources de notre modernité ! C’est le message de mon discours lors des 210 ans du Consistoire en présence du premier Ministre Édouard Philippe : nous bâtissons notre avenir et adaptons nos structures. Nous prenons notre part de foi en l’avenir et de résistance et attendons la même chose envers nous de la France et de l’Europe. À côté du CEJ, nombre de projets de
construction verront aussi le jour cette année : dans le 16e, à Courbevoie, Boulogne, Créteil et en province aussi. Il est important de souligner que ces bâtiments que nous construisons appartiennent tous à la communauté, ils sont la propriété de l’institution. Je le précise car il n’est plus concevable que des patrimoines immobiliers construits avec des dons puissent être la propriété de personnes ou de familles. En vertu des mêmes règles de transparence qui s’appliquent aussi à nous, j’engage les donateurs à s’intéresser aux comptes et à la propriété des associations qu’ils soutiennent.
– Alors que ce centre est construit, que deviennent les grandes synagogues du centre de Paris ? Comme je viens de vous le dire notre modernité n’est pas contradictoire avec la tradition, elles se complètent et nous avons rénové et sécurisé tout le patrimoine de la communauté sur tout le territoire national même s’il est de plus en plus difficile de maintenir ouvertes toutes les synagogues historiques. Gérer la décroissance de la communauté, ce n’est pas mettre moins de moyens mais au contraire davantage ! Le Consistoire joue un rôle historique de conservation non seulement du patrimoine, le plus important d’Europe, mais la propriété des associations qu’ils soutiennent.
– Alors que ce centre est construit, que deviennent les grandes synagogues du centre de Paris ? Comme je viens de vous le dire notre modernité n’est pas contradictoire avec la tradition, elles se complètent et nous avons rénové et sécurisé tout le patrimoine de la communauté sur tout le territoire national même s’il est de plus en plus difficile de maintenir ouvertes toutes les synagogues historiques. Gérer la décroissance de la communauté, ce n’est pas mettre moins
de moyens mais au contraire davantage ! Le Consistoire joue un rôle historique de conservation non seulement du patrimoine, le plus important d’Europe, mais aussi des petites communautés en difficulté qui ont le plus grand mal à survivre. Je le vois dans mes multiples déplacements notamment dans les petites communautés isolées en province qui luttent pour leur survie. Chaque année par solidarité communautaire et parce que nous n’avons pas le droit de les abandonner, le Consistoire y investit plus d’un million d’euros. Je le vois dans mes multiples déplacements notamment dans les petites communautés isolées en province qui luttent pour leur survie. Voilà pourquoi dans mon discours devant le Président de la République, j’ai souhaité que l’État soulage la FMS d’une part de l’entretien de certains lieux de mémoire pour que les fonds spoliés aux juifs durant la Shoah servent davantage à faire vivre les lieux de vie juive d’aujourd’hui et à développer ceux de demain. La mémoire des morts ne doit pas faire oublier les besoins des vivants !
– Que répondez-vous à ceux qui dénigrent automatiquement l’action du Consistoire, qui rechignent à payer les taxes communautaires ?
– Je pense qu’ils ne connaissent pas vraiment l’action au quotidien de notre institution parce qu’il est impossible de communiquer sur tout ce qui est fait tous les jours pour chacun. Le Consistoire encadre une vie juive au quotidien. Il est l’interlocuteur des Juifs de France auprès des autorités françaises. Il participe aux grandes réflexions sociétales et notre tradition est régulièrement consultée pour ce qu’elle peut apporter à nos sociétés modernes et pour cause, nos textes parlaient déjà de PMA ou d’écologie ! Le Consistoire travaille aussi pour repousser les menaces qui pèsent sur le judaïsme en Europe comme l’interdiction de la Ché’hita ou de la Mila. Cela nous demande d’importants efforts dans un monde où la laïcité se durcit et se dévoie et où ceux qui défendent des animaux – défense que nous avons pourtant inventée – nous prennent pour cible. Si nous n’y veillions pas au quotidien, ces règles élémentaires du judaïsme pourraient très vite tomber sous le coup d’interdictions officielles. Le Consistoire c’est aussi l’action de nos grands rabbins et rabbins, la certification casher, la transmission, l’école rabbinique, l’action du Beth Din et je dois souligner ici que le Tribunal Rabbinique de Paris conduit par le grand rabbin de Paris Michel Gugenheim avec le nouveau Dayan que nous avons nommé, Rav Benjamin Chelly, est aujourd’hui considéré comme l’un des Baté Din les plus rigoureux et exigeants. Ses décisions en particulier en matière de conversion et de divorce, sont unanimement reconnues en Israël et dans le reste du monde. Il en est de même de tous nos Baté Din et nos Dayanim de province. Il faut le dire et le faire savoir car nous en sommes très fiers. Notre réseau de casherout bénéficie d’une rigueur et d’une surveillance équivalant aux plus hauts standards israéliens. Je sais qu’un nombre croissant de juifs de toutes sensibilités prennent davantage conscience du caractère indispensable de notre maison commune surtout face aux crises que nous rencontrons. Je comprends aussi qu’on aimerait que le Consistoire soit encore plus performant : je suis par conséquent en permanence à l’écoute de tous les soutiens et propositions qui nous rendraient plus forts et plus efficaces au service de tous les Juifs.
Propos recueillis par Daniel Haïk