7 Elul 5778‎ | 18 août 2018

Siyoum massekhet Yoma rue Saint-Blaise : merci au rav Rebibo !

Le rav Gugenheim, le président Mergui… : ils étaient tous là pour saluer l’action du rabbin de la synagogue Yaacov Yossef, à l’occasion d’une cérémonie qui a rassemblé cent cinquante personnes. Focus sur une communauté phare de l’Est parisien.

Le rav Chalom Rebibo est infatigable ! Rabbin et président depuis 2006 de la communauté consistoriale Yaacov Yossef, square des Cardeurs qui donne dans la rue Saint-Blaise (20e arrondissement de Paris), il refuse d’être rémunéré pour cette charge qui l’occupe pourtant plusieurs heures par jour. Et pour cause : le rav Rebibo est également ingénieur et il travaille par ailleurs.
Il a pris la succession du rav David Chetrit zal qui était apparenté à l’illustre famille Abouhatseira – donc à Baba Salé – et qui avait fondé la synagogue au début des années 80. Le rav Rebibo y est présent sans discontinuer depuis cette époque.
« Cela dit, précise-t-il, notre kahal n’est pas spécifiquement marocain et nous prions selon le rite séfarade, au sens large. Nous sommes environ 80 le Chabbat matin ». Un chiffre stable dans la mesure où l’alyah et les déménagements des uns ou des autres ont été compensés ces dernières années par l’arrivée de jeunes couples attirés par des tarifs fonciers encore raisonnables dans ce secteur populaire de la capitale, entre les portes de Montreuil et de Bagnolet. Il y a également un certain turn-over dans les nombreux immeubles HLM des alentours. Plus encore : une choule située à proximité, rue de la Cour-des-Noues, a dû fermer en 2013 car le local loué a été récupéré par son propriétaire. Les fidèles se sont naturellement déplacés… tout comme plusieurs habitués des quatre lieux de prière en activité implantés dans un périmètre d’un kilomètre et demi autour de Yaacov Yossef. Ils ont opté pour la synagogue du rav Rebibo d’abord parce qu’ici, le minyan est complet pour les trois tefilot quotidiennes, ce qui n’est pas toujours le cas ailleurs. Ensuite, un kollel a été créé à cet endroit en 2006. On y planche sur deux traités talmudiques : le premier est réservé à la matinée, le second à l’après-midi. Enfin, la communauté se plie en quatre pour recevoir tout le monde. Des gâteaux et des boissons sont offerts chaque jour après Minha. « Je préfère que les peu pratiquants se retrouvent chez nous plutôt qu’au café », commente le rabbin, champion enthousiaste et enthousiasmant du kirouv. En outre, un repas est servi gracieusement le Chabbat midi à une quinzaine de Juifs isolés. La seouda chlichit collective, elle, est un « must » du 20e avec un chiour qui dure une heure trente, des denrées à foison consommées lentement au son de piyoutim endiablés. Soixante-dix personnes y assistent généralement. Les dames, en particulier, voient là l’occasion de se retrouver dans une ambiance exceptionnellement chaleureuse.
Tout cela explique le succès du siyoum de la massekhet Yoma, dans la soirée du 11 juillet, après deux années d’étude au kollel. Le rav Michel Gugenheim, grand rabbin de Paris, Joël Mergui, président du Consistoire, et une kyrielle de responsables communautaires (dont le rav Alain Senior de Créteil et le rav Salomon Malka, de la kehila de la rue Saint-Lazare) ont répondu à l’invitation du rav Rebibo, parmi cent cinquante convives présents dans la salle. Une manière de rendre hommage à son action.
Pendant la cérémonie, l’animateur de Yaacov Yossef a évoqué une dernière fois le traité Yoma en insistant sur l’alliance qui perdure entre Hachem et le peuple juif, en dépit de la double destruction du Temple. « Nous vivons une séparation – celle de l’exil – qui ressemble à la parenthèse de la nidda, nous apprennent nos sages, a rappelé le rav Rebibo : mari et femme sont provisoirement éloignés l’un de l’autre, une distance s’instaure mais leur union n’est pas rompue pour autant ! C’est ainsi qu’il faut comprendre notre situation spirituelle précédant la venue du Machiah ».
Le rav Gugenheim et le président Mergui ont manifesté de leur côté leur admiration commune pour cette synagogue aussi modeste qu’emplie de kedoucha. « Nous sommes une vraie famille et je pense que cela se voit », confie le rav Rebibo, qui arbore la kippa dans la rue – comme d’autres fidèles. Ni eux ni le bâtiment n’ont jamais été visés par des incivilités ou menaces antisémites sérieuses. Les musulmans du quartier sont plutôt âgés, dans l’ensemble, et respectueux du culte juif.

Axel Gantz