7 Elul 5778‎ | 18 août 2018

Pourquoi le Hamas a-t-il tiré 200 roquettes, chabbat dernier, vers Israël ?

Il y a au moins deux manières de décrypter les développements qui se sont produits au cours des derniers jours dans le pourtour de la bande de Gaza et en particulier, le brusque regain de tension intervenu dans la nuit de vendredi à samedi avec les tirs de quelque 200 roquettes et missiles palestiniens en direction du pourtour de Gaza.

La première de ces deux lectures est factuelle : vendredi dernier (13/07), les affrontements entre forces de sécurité israéliennes et manifestants palestiniens de part et d’autre de la frontière ont été nettement plus violents qu’à l’accoutumée et des terroristes ont jeté une grenade offensive qui a sérieusement blessé un officier de Tsahal. La riposte de l’armée n’a pas tardé et durant la nuit, l’armée de l’air israélienne a bombardé une série de positions du Hamas dans Gaza. Fidèle à l’équation qu’il a énoncée il y a deux semaines, à savoir que toute attaque israélienne sera suivie d’une attaque de ses forces, le Hamas a lancé, durant cette même nuit et durant la journée de chabbat qui a suivi, des dizaines de roquettes contre le pourtour de Gaza. La plupart de ces roquettes sont tombées dans des champs, quelques dizaines ont été interceptées par le système Dôme de Fer mais malheureusement quelques-unes ont frappé la localité de Sderot (voir le témoignage de Sandrine Fitoussi) et une roquette a pulvérisé le salon de la famille Boukris dont 4 des membres ont été plus ou moins légèrement touchés.
Mais ce qui ressemble à une escalade ponctuelle pourrait bien être, en fait, une offensive soigneusement programmée par le Hamas. Et plusieurs développements qui sont intervenus ces derniers jours, pourraient l’expliquer :
– Le premier serait la rencontre, ce même vendredi, à Moscou entre Vladimir Poutine et Mahmoud Abbas. Le Hamas aurait voulu à travers cette « salve » de roquettes rappeler au président russe qu’Abbas est pour beaucoup dans la dégradation de la situation dans la bande de Gaza, puisque c’est lui qui, par exemple, a cessé de payer l’électricité de la bande de Gaza dans le but d’exercer des pressions sur le leadership du mouvement intégriste.
– Le second est la décision prise la semaine dernière par la Défense Nationale de fermer le poste de passage commercial de Kerem Chalom afin de faire pression sur le Hamas. Mais au lieu de faire céder le mouvement terroriste, celui-ci s’est rebiffé et sous prétexte qu’il n’avait plus rien à perdre, il a bombardé le territoire israélien.
-Le troisième élément est paradoxalement lié à la situation sécuritaire dans le nord : mercredi dernier, Binyamin Nétanyaou avec la caution de l’administration Trump, et Vladimir Poutine auraient apparemment conclu le marché suivant : l’armée régulière syrienne d’Assad pourra se déployer au bord de la zone de désengagement tracée en mai 1974. Mais en échange, Vladimir Poutine le véritable maître de la Syrie, devra donner l’ordre aux forces iraniennes ou pro-iraniennes, de se retirer totalement du sud de la Syrie. Inutile de préciser que cet arrangement a considérablement inquiété les Iraniens qui, le lendemain donc jeudi, ont dépêché d’urgence l’un des proches conseillers de l’ayatollah Ali Hamenay au Kremlin afin d’en savoir plus sur ce qui allait advenir des gardiens de la Révolution ou des forces du Hezbollah. Il est possible que la réponse de Poutine n’ait pas plu à ce conseiller. Et selon les experts, il semble qu’à la suite de ce développement très défavorable pour elle, la république islamique iranienne ait décidé d’ouvrir un nouveau front même provisoirement en actionnant son double bras sunnite avancé dans la Bande de Gaza. Et donc si le Hamas et le Djihad ont tiré ces roquettes, c’est sous les ordres de leurs bienfaiteurs iraniens…
Certains observateurs considèrent que le Hamas a programmé plus soigneusement encore que cela ce court round de confrontation. Preuve en est : les services de renseignements israéliens auraient pu avoir eu vent de ces préparatifs ce qui expliquerait pourquoi il y a une dizaine de jours plusieurs batteries de Dôme de Fer ont été déployées dans le sud du pays
– Enfin, last but not least, l’une des explications avancées à ce brusque regain de tension pourrait être liée à l’érosion de la force de dissuasion de Tsahal face au Hamas. Le simple fait que le mouvement terroriste ait eu le toupet, la Houtspa d’énoncer sa menace (« à toute attaque d’Israël, nous riposterons par une attaque ») est la preuve que cette force de dissuasion s’est sensiblement effritée ces dernières semaines, en particulier à cause de la réaction plutôt tiède de Tsahal au terrorisme des cerfs-volants (voir notre analyse à ce propos).
Ce dernier round a donc été violent mais très court dans le temps, puisqu’après 24 heures le Hamas a annoncé qu’il cessait le feu, à la suite de pressions des Egyptiens.
Toutefois il serait prématuré d’affirmer qu’il est terminé. En effet, lors d’une visite lundi à Sderot, Binyamin Nétanyaou a affirmé que « les échanges de feu allaient se poursuivre longtemps » tandis que le même jour des unités combattantes de Tsahal ont effectué dans le Sud du pays, des exercices militaires simulant une entrée de l’armée israélienne dans la Bande de Gaza. Il est toujours possible qu’il s’agisse là d’une démarche visant à intimider le Hamas mais il n’empêche que c’est l’état d’esprit qui dominait en ce milieu de semaine.
A cela il faut rajouter la prolongation de la fermeture de Kerem Chalom jusqu’à dimanche prochain et la restriction de la zone de pêche face au littoral de Gaza, pour comprendre que la tension est loin d’être tombée et que les prochains jours détermineront si l’on s’achemine vers un retour au calme ou vers une 4e opération militaire dans Gaza, 4 ans après Bordure Protectrice.

Une dissonance majeure dans la position de Tsahal
Il y a quelque chose qui « cloche » dans la position de Tsahal face aux lanceurs de cerfs-volants : la même armée israélienne qui le 14 mai dernier avait éliminé grâce à ses snippers 62 Palestiniens de Gaza dont une cinquantaine de terroristes du Hamas se retrouve presque démunie lorsque ces terroristes envoient chaque jour des dizaines de cerfs-volants qui incendient des centaines d’hectares de terre. En effet avec le recul du temps, on peut légitimement affirmer que ce sont ces tirs massifs qui ont enrayé très vite la protestation de la marche du retour en mai dernier. Si la réaction de Tsahal avait été moins ferme, les agitateurs du Hamas en auraient très vite profité. Alors pourquoi cette main de fer israélienne qui a durement frappé en mai s’est transformée en un gant de velours en juillet à propos des cerfs-volants. Pourquoi le même état-major qui a usé alors de sa force de dissuasion le long de la frontière, hésite aujourd’hui à frapper un grand coup, dissuasif lui aussi, contre les Palestiniens qui actionnent ces cerfs-volants. A ces questions pas de réponses claires à apporter, si ce n’est un extrait du débat houleux qui s’est tenu, ce dimanche lors de la dernière réunion du cabinet restreint pour la sécurité nationale. Le ministre de l’Education Naftali Benett a demandé au chef d’état-major de Tsahal le général Gady Azencot, pourquoi Tsahal ne tirait pas sur les commandos de lanceurs de cerfs-volants adultes afin de les empêcher de commettre leur méfait. Le général Azencot lui a répondu : « Parce que cela est contraire à mes valeurs et à mon approche opérationnelle. » Cette polémique qui a fuité à l’extérieur on ne sait trop comment (certains ministres du cabinet ont accepté de passer au détecteur de mensonge pour le savoir), pourrait avoir poussé le ministre de la Défense Avigdor Lieberman à durcir le ton envers le Hamas. En effet depuis cette réunion du cabinet restreint les ordres donnés à Tsahal à propos des lanceurs de cerfs-volants sont plus fermes et plusieurs positions de lancement ont été détruites. Dans l’espoir que cela dissuadera les terroristes pyromanes…
Daniel Haïk