8 Heshvan 5779‎ | 17 octobre 2018

Rav Don Its’hakAbrabanel(1437- 1508)

Rav Don Its’hakAbrabanel est né à Lisbonne en 1437. A la fois commentateur biblique, philosophe, homme d’Etat et financier, il fut surtout l’un des principaux guides spirituels à l’époque de l’Expulsion des Juifs d’Espagne.
Il fut probablement le plus illustre des membres de la famille Abrabanel, l’une des plus nobles et des plus anciennes familles juives d’Espagne. Selon le Rav Don Its’hakAbrabanel lui-même, ses ancêtres se seraient installés dans la péninsule ibérique après la destruction du Premier Beth Hamikdach. De plus, dans l’introduction à son commentaire du livre de Yéhochoua, il retrace succinctement son arbre généalogique : « Moi, Its’hak fils de Yéhouda (que son nom soit glorifié, homme vaillant et plein de mérites)…. fils de Yéhouda d’entre les descendants d’Abrabanel du rameau de Ychaï de Beth-Lé’hem, de la famille de David… ». En effet, deux familles issues de la lignée du roi David résidaient en Espagne, les Ibn David à Lucena et les Abrabanel, à Séville.
Durant son enfance, il étudia la Torah auprès de son vénéré maître Rabbi Yossef ben AvrahamHayoun ainsi qu’auprès du Rabbi YossefYa’avets, commentateur des Pirké Avot. Parallèlement, il étudia la philosophie chez le RavYossef Ibn ChemTov. Dans sa jeunesse, il rédigea un premier ouvrage intitulé « AtéretZékenim » traitant de commentaires sur un passage de la Parachat Ki-Tissa et un second, du nom de « TsouratHayéssodot ». Dans ce dernier, il exposa ses points de vue philosophiques ayant trait à l’Univers et à la nature, à la Providence Divine et aux principes de la religion. Puis, il dut interrompre ses travaux d’écriture car peu à peu, sa sagesse et son érudition furent reconnues même au sein de la Cour royale. Le roi Alphonse V le nomma alors Ministre des Finances du Portugal. A cette époque, il œuvra activement pour libérer les 250 Juifs d’Asilah (Maroc) qui avaient été pris en captivité en 1471 lorsque leur ville fut conquise par les Portugais. Il se chargea de récolter les fonds nécessaires pour le rachat de ses frères prisonniers et se soucia de pourvoir à leurs besoins pendant deux années consécutives, jusqu’à ce que l’Espagne accepte de les accueillir.
Puis, en 1483, lorsque Johan, fils du roi Alphonse V accéda au trône, des rumeurs circulèrent contre le Rav Don Its’hakAbrabanel, prétendant qu’il s’apprêtait à trahir son pays. Ilfut donc contraint de prendre la fuite à cause des complots que ses ennemis avaient tramés contre lui. RavAbrabanel se réfugia à Tolède, en Espagne, ville où sa famille avait résidé dans le passé. De loin, il envoya des explications au roi Johan pour lui démontrer qu’il était victime de fausses accusations mais le roi n’en tint pas compte et lui confisqua tous ses biens. Libéré de ses hautes fonctions, le RavAbrabanel profita de cette période pour clôturer la rédaction de ses commentaires sur les premiers livres des Prophètes, à savoir, Yéhochoua, Choftim et Chmouel. Ayant entamé celle du livre de Mélakhim, il fut appelé à la Cour royale de Castilleet d’Aragon, par le roi catholique Ferdinand II et la reine Isabelle 1ère qui le désignèrent Ministre des Finances. Le RavAbrabanel occupera ce poste pendant 8 ans. Profitant de sa haute position au palais royal, il tenta de son mieux d’empêcher le décret d’Expulsion des Juifs d’Espagne… Hélas, celui-ci fut édicté le 9 Av et, comme tous ses frères d’Espagne, RavAbrabanel prit lui aussi son bâton de pèlerin, errant de pays en pays jusqu’à ce qu’il arrive à Venise où il passa les dernières années de sa vie.
Dans l’une de ses lettres, il raconte que lorsqu’il était au palais, il n’avait pas le temps de s’adonner à l’étude de la Torah et qu’il put essentiellement rédiger ses commentaires durant ses années de pérégrinations. Son style d’écriture s’apparente à celui des autres commentateurs du Moyen-Age, tels que le Alshikh et le Or Ha’haïm, se caractérisant par une série de questions suivie de réponses développées progressivement au cours d’un long exposé.
Rav Don Its’hakAbrabanel décéda à l’âge de 71 ans, le 10 Av 1508 et fut enterré dans l’ancien cimetière de Padoue, en Italie.
Yokheved Levy