11 Av 5778‎ | 23 juillet 2018

Lois et coutumes des Trois semaines (part. II)

Nos Sages enseignent que depuis le début du mois d’Av, « on restreint les expressions de joie ». Au fur et à mesure qu’avancent ces Trois semaines, nous devons ainsi intensifier les marques de deuil, en évitant toute manifestation joyeuse.

Yonathan Bendennoune

La consommation de viande et de vin
La coutume la plus largement répandue veut que l’on s’abstienne de consommer de la viande et du vin (jus de raisin inclus) à partir de Roch ‘Hodech Av. Néanmoins, la coutume séfarade, prise à la lettre, ne l’interdit que pendant la semaine de TichaBéav (voir plus bas). S’agissant du jour de Roch ‘Hodech lui-même, les avis sont partagés : selon les coutumes ashkénazes, on s’abstient d’en consommer en ce jour ; la plupart des décisionnaires séfarades considèrent quant à eux que le jour même de Roch ‘Hodech n’est pas visé par cette coutume.
Cette restriction ne s’applique toutefois pas à Chabbat : pendant tous les Chabbatotde cette période, il est permis de consommer de la viande et du vin. Même si, comme c’est le cas cette année, TichaBéav lui-même tombe un Chabbat (et est donc repoussé au lendemain), on a le droit de consommer ces aliments en cette date du 9 Av.S’agissant de la coupe de vin de la Havdala – que l’on boit donc après l’issue du Chabbat – on autorise généralement de la boire, quoique certains décisionnaires préconisent de laisser un enfant la boire.
Selon la coutume répandue, on applique cette règle également aux plats dans lesquels de la viande a été cuite : même si l’on ne mange concrètement pas de celle-ci, le goût de la viande imprègne cependant les autres aliments et les rend interdits.
Construction et rénovation
À partir de Roch ‘Hodech Av, on s’abstiendra de réaliser dans sa demeure tout travail de construction ou de rénovation impliquant une « réjouissance ». Par cette définition, nous devons comprendre tout aménagement qui n’est pas strictement nécessaire pour le bien-être des habitants, mais plutôt réalisé à des fins de confort et de commodité. Ainsi, il est permis de construire une pièce supplémentaire si l’espace de la maison est trop étroit pour toute la maisonnée. De même, il est permis de réaliser des réparations dans son domicile, celles-ci ne comportant aucune connotation de « joie ». A contrario, il est interdit de repeindre les murs d’une maison ou d’agrandir une terrasse, puisque ces travaux ne sont nullement « vitaux » pour ses habitants et visent uniquement à embellir les lieux. En revanche, si de tels travaux s’inscrivent dans le cadre d’une mitsva– par exemple pour une synagogue – ils sont autorisés.
La semaine de TichaBéav
Comme nous l’avons vu la semaine dernière, les communautés ashkénazes, ainsi que certaines communautés séfarades, ont pour coutume d’interdire de se couper les cheveux, et de se raser ou de se tailler la barbe depuis le début des Trois semaines, le 17 Tamouz. Cependant, la loi telle que strictement énoncée par le Talmud et le Choul’hanAroukh l’interdit uniquement pendant la semaine où tombe TichaBéav. Telle est la coutume qu’observent la plupart des communautés séfarades.
Par « semaine où tombe TichaBéav », il faut entendre depuis l’issue du Chabbat précédent le jeûne (Chabbat ‘Hazon), jusqu’au 9 Av – voire jusqu’au 10 inclus pour certaines restrictions. Lorsque le jeûne tombe dimanche – ou même s’il tombe Chabbat et qu’il est ajourné au lendemain, comme cette année – la plupart des décisionnaires considèrent que la « semaine de TichaBéav » n’a tout bonnement pas lieu cette année-là.
Laver le linge
De même que pour se couper les cheveux, l’interdiction de laver du linge s’applique dès Roch ‘Hodechpour les communautés ashkénazes, et pour les communautés séfarades seulement pendant la semaine de TichaBéav. Outre le lavage, le repassage est lui aussi défendu, et même si on lave ou repasse du linge en vue de le porter seulement après le jeûne, cela reste interdit.
De même qu’il est interdit de laver et de repasser, il est également défendu de mettre des habits propres et repassés pendant ces périodes. Aussi, on s’applique à laver et à repasser tout le nécessaire avant que débutent ces périodes, respectivement selon les coutumes précitées, et à « préparer » des habits usagés en vue des jours où il sera interdit d’en mettre des propres. À cette fin, avant le commencement de la période de restriction, on a l’habitude de porter ces habits pendant environ une heure, afin qu’ils ne soient plus considérés comme « propres et repassés ».
Se laver le corps
S’agissant la question de se laver le corps, les coutumes ashkénazes et séfarades suivent les mêmes principes que précédemment : les premières observent cette défense depuis Roch ‘Hodech, les secondes seulement pendant la semaine de TichaBéav. En outre, les communautés ashkénazes interdisent de se laver même à l’eau froide, tandis que les séfarades l’autorisentà partir du moment où l’eau n’est pas chaude. Néanmoins, on évitera de se baigner à la mer ou dans une piscine selon tous les avis, et ce dès Roch ‘Hodech.
Cela étant, cette restriction ne concerne pas le lavage du corps pour des besoins hygiéniques, de même qu’il est permis de se laver un membre qui se serait sali. Aussi, de nombreux décisionnaires autorisent une personne suant abondamment à se laver à l’eau froide, puisque cela relève de l’hygiène élémentaire du corps.

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