17 Tishri 5779‎ | 26 septembre 2018

La paracha au féminin

Un match très serré !
Fous du foot
La fièvre du foot a (une fois de plus) frappé la France. Et quand bien même vous faites partie de ceux –ou plus exactement de celles –refusant de comprendrel’émotion que peut procurerle spectacle agitéde 22 bonshommes en sueur courir après une baballeen cuir, il va bien falloir avouer qu’on a toutes fini par se laisser prendre au jeu.Enfin presque.
À propos. Au risque que vous l’accusiez d’avoir perdu la boule, l’équipe de LPAF a le regret d’annoncer à toutes les allergiques au ballon rond que même la paracha de la semaine a été contrainte d’accueillir son propre match.
La consolation, chères compagnons d’infortune, c’est que nous n’y trouverons ni de terrain survolté ni encore de gradin surpeuplé. Seulement deux adversaires que l’on ne s’attendait vraiment pas à voir s’affronter. Et un match qui promet d’être serré. Très serré même.
Alors, prêtes pour le coup d’envoi ?

Panier-repas offerts par Grand-Maman Cohen
Grand-Maman Cohen n’est déjà plus toute jeune. Pourtant, elle ne renoncerait pour rien au monde à ses fréquentes expéditions aux quatre coins du pays. Bravant bandits et intempéries, elle s’aventure sur les grands chemins pour rejoindre les différentes cités de refuge qui jalonnent la terre d’Israël. Les habitants de ces pénitenciers géants l’attendent de pied ferme. Il faut dire qu’elle est loin d’arriver les mains vides ; ses bras frêlessont chargés de paniers-repas garnis des plus succulentes victuailles. Et sa générosité ne s’arrête pas là. Elle est également munie de linge de maison et de vêtements fraîchement lessivés. Et, qui sait, peut-être même amidonnés.
Vous vous demandez peut-être pourquoi Grand-Maman Cohen se donne-t-elle tant de peine ? Pourquoi elle se préoccupe tant du sort de ces individus coupables d’homicide involontaire qui ont été contraints de trouver l’asile dans ces cités de refuge ?
Eh bien sachez que si cette grande dame a choisi de faire du bénévolat en milieu carcéral, ce n’est pas par un simple accès de solidarité envers les détenus. Pour tout vous dire, ce qui la motive plus que tout, c’est le sang d’encre qu’elle se fait pour son fils chéri. Lequel n’est autre que leCohen Gadol, le grand-prêtre d’Israël.

Grand-pontife vs. Meurtriers Involontaires
Il s’avère en effet que la peine prévue pour le meurtrier involontaire n’est jamaisdéterminée à l’avance par le tribunal. Elle est tributaire d’un événement totalement imprévisible ; la disparition de l’actuel Cohen Gadol. C’est ce que stipule formellement notre Paracha : « Car le meurtrier doit rester dans son asile jusqu’à la mort du grand-pontife ; et après la mort de ce pontife seulement, il pourra retourner au pays de sa possession. » (35, 28).
Or, comme nous le fait remarquer le Talmud (traité Makot, p.11/a), cette particularité juridique est susceptible d’entraîner un scénario macabre ; le risque que ces meurtriers prient pour que le grand-prêtre décède avant l’heure…
Mesdames et mesdemoiselles, bienvenue dans le match le plus impitoyable de l’histoire ! Celui qui va opposer l’homme le plus saint du peuple d’Israël à des individus coupables d’homicide involontaire reclus dans des cités de refuge. Qui va survivre à l’autre ?! Tout va dépendre de l’intervention d’une certaine spectatrice bien décidée à ne pas assister à la débâcle de son favori les bras croisés…

Nourris, logés, blanchis
Œuvrant dans les coulisses, la plus fervente « supporter » du grand-pontifeva user de la proverbiale intuition féminine pour gagner la confiance de ces hommes assoiffés de liberté. Et les empêcher de souhaiter secrètement la mort prématurée de son fils.
C’est dans cette optique précise qu’elle choisit de les choyer, qui par des bons petits plats livrés à domicile, qui par du linge fleurant le propre. Et ses efforts finissent par porter ses fruits. En veillant à ce que ces détenus soient correctement nourris et blanchis, Grand-Maman Cohen parvient à leur faire oublier les désagréments du lieu où ils sont « logés » à contrecœur. Et elle évite ainsi que leur désarroi ne fasse une nouvelle victime en la personne de son illustre enfant.

Une technique défensive gagnante
Si les lois relatives au meurtrier involontaire ne sont plus en vigueur à notre époque, le stratagème employé par la mère du grand-prêtre reste, lui, d’une actualité surprenante. En effet, lorsque l’un de nos proches se trouve au cœur d’un conflit, ou est victime d’une douloureuse injustice, nous avons parfois tendance à nous rabattre sur la technique du « coup de boule », en répondant à l’agressivité par un surcroît d’agressivité. Mais notre impulsivité, quoique parfaitement compréhensible, ne s’avère pas forcément bénéfique aux intérêts de notre proche. Souvent, elle ne fait qu’empirer sa situation. Et cet écueil, la mère du Cohen-Gadolest bien décidée à le contourner.
Face au match potentiellement fatal qui oppose son fils chéri aux sombres desseins des meurtriers involontaires, notre héroïne opte pour une « technique défensive » discrète mais ô combien efficace. C’est celle de la douceur. Celle de la tendresse. Celle de la bienveillance. Doucement, mais sûrement, elle s’efforce d’attendrir le cœur de ces hommes. Et c’est ainsi qu’elle parvient à neutraliser la menace fatale qui pèse sur son fils.

But manqué ou marqué ?
Et puis il y a un autre message, tout aussi puissant et pertinent, qui se cache derrière la réaction inspirante de Grand-Maman Cohen. Un message qui relève, lui aussi, d’une « technique gagnante » à ajouter de toute urgence à notre « jeu » de femme, épouse et mère juive. Mais pour la découvrir, il va nous falloir au préalable résoudre l’intrigue suivante.
Dans les Proverbes, le roi Salomon écrit : « Comme le passereau s’enfuit à tire d’aile, et comme s’envole l’hirondelle, ainsi la malédiction gratuite manque son but. » (26, 2) Ce qui signifie que si un individu n’a causé aucun tort à son prochain, il n’a aucune raison de craindre une éventuelle malédiction proférée par ce dernier.
Or si tel est le cas, s’étonnent nos sages, pourquoi la mère du Cohen-Gadol devrait-elle se préoccuper des effets d’une malédiction, assurément dénuée de tout fondement, proférée par les meurtriers involontaires ? Pourquoi ne se laisserait-elle pas convaincre par la promesse rassurante du roi Salomon ?

Egoïste mais efficace !
La réponse, c’est qu’il existe une différence de taille entre une malédiction et une prière. Si la première est totalement inefficace lorsqu’elle est proférée sans raison valable, la seconde peut théoriquement être exaucée même dans le cas où elle n’est pas justifiée. En effet, comme nous le révèle le Maharcha, lorsque Dieu créa le monde, Il accorda à la prière le statut de « loi naturelle », au même titre que la loi de la gravitation universelle ou celle de la poussée d’Archimède. Et c’est la raison pour laquelle chaque prière a le potentiel d’être acceptée.Et ce, même si elle est motivée par une intention égoïste.
Consciente du pouvoir phénoménal de la prière, Madame Cohen Senior a donc parfaitement compris que le match Grand-Prêtre vs. Meurtriers Involontaires promet d’être extrêmement serré… Car même si les supplications des adversaires de son fils sont mues par des intentions maléfiques, elle sait qu’elles ont malheureusement la possibilité de marquer leur but fatal. Et c’est ce qui l’exhorte à élaborer le dispositif tactique si étudié que nous avons décrit plus haut.

On est les championnes !
Quant à nous autres, spectatrices de ce match biblique ponctué de rebondissements, il ne nous reste plus qu’à tirer la leçon qui s’impose : si déjà une prière aux visées perfides a la capacité de terrasser l’être le plus pur du peuple d’Israël, combien plus puissantes et efficaces peuvent s’avérer nos prières motivées par des intentions positives ! Comme celle de devenir de meilleures femmes juives. Ou celle de devenir de meilleures épouses. Ou encore celle de devenir de meilleurs parents.
Résultat de ce match ? Peu nous importe le nom de l’équipe qui triomphera, le 15 juillet, au stade Loujniki de Moscou. Car si nous-mêmes prenons à cœur la portée des messages transmis par la mère du grand-pontife, nous pourrons d’ores et déjà crier à la victoire.
Eh oui, on est, on est, on est les championnes !