11 Av 5778‎ | 23 juillet 2018

Le Cohen et le Lévy, le ‘hassid et le tsadik

A la fin des 40 ans d’errance dans le désert, des juifs fautèrent avec l’idole de Péor, et ils furent condamné par les juges (Bamidbar 25, 5). Ils fautèrent aussi avec les filles de Midyan, et le plus insolent d’entre eux,Zimri, chef de la tribu de Chimon, s’isolaavec l’une d’ellesdans une tente,aux yeux de tous. Pin’has, petit-fils d’Aharon,le tuaet fut récompensé par Hachem en devenant Cohen : « Pin’has fils d’Elazar, fils d’Aharon le Cohen, a calmé Ma colère envers les enfants d’Israël, en prenant Ma défense parmi eux, et Je n’ai pas exterminé les enfants d’Israël par Ma défense. C’est pourquoi Je dis : Voici que Je lui donne Mon alliance de paix. Cette dernière résidera pour lui et ses enfants, une alliance de Cohen éternelle, parce qu’il a défendu son D.ieuet il a expié la faute des enfants d’Israël » (25, 11-13).

L’attitude d’Aharon

Bien que la Torah ait déjà écrit ailleursque Pin’hasétait le fils d’Elazar et le petit-fils d’Aharon (Chemot6, 23-25), elle le répète à cette occasion,pour nous faire savoir que l’acte dePin’hass’inscrit dans l’esprit de ses pères. Quelle était donc leur vertu ? Le prophète la décrit ainsi : « Une Torah véridique était dans sa bouche, et le mensonge ne se trouvait pas sur ses lèvres ; dans la paix et la droiture il marcha avec Moi, un grand nombre il fit revenir du péché. Car les lèvres du Cohen gardent la sagesse, et la Torah est demandée de sa bouche, car il est un ange de Hachem » (Malakhi 2,6-7).

Comment Aharon amenait les fauteurs à se repentir ? Ainsi dit le Midrach : « Rabbi Méir dit : Comment Aharonfit-il revenir un grand nombre du péché ? Lorsqu’il rencontrait un impie, il le saluait. Le lendemain, cet homme, en passe de transgresser un interdit, se disait : “Comment pourrais-je lever mes yeux et regarder Aharon après avoir fauté ? J’ai honte de lui, il m’a salué.” Par sa salutation, Aharon l’empêchait de fauter. Ainsi, lorsquedeux hommes se battaient, Aharon s’asseyait avec l’un et lui disait : “Tu sais mon fils, que l’autre se déchire les habits et qu’il a le cœur brisé pour ce qu’il t’a fait !”Culpabilisé, l’homme se disait : “Comment lèverais-je mes yeux pour regarder mon ami après cela ? J’ai honte de lui pour ce que je lui ai causé.”Aharon restaità ses côtés jusqu’à ce qu’il retire toute haine de son cœur.Puis Aharonallait s’assoir près du deuxième et lui disait : “Regarde mon fils, ton ami déchire ses habits et son cœur pour ce qu’il t’a fait.” Ce dernier se disait : “Malheur à moi, comment pourrais-je le regarder dans les yeux après ce que je lui ai fait, j’ai honte de lui, car c’est moi qui lui ai fait du mal.”Aharon restait à ses côtés jusqu’à ce qu’il regrette. Lorsque les deux ex-adversaires se rencontraient, ils tombaient l’un dans les bras de l’autre et ils s’embrassaient. C’est pourquoi,le peuple entier se lamenta à la mort d’Aharon : “Toute la maison d’Israël (hommes, femmes et enfants) pleura Aharon durant 30 jours” (Bamidbar 20) » (AvotDéRabbi Nathan 12,3-4).

Comment le prophète peut-il dire d’Aharonqu’« une Torah véridique était dans sa bouche, et le mensonge ne se trouvait pas sur ses lèvres… », alors qu’il changeait la vérité devant les adversaires ?! C’est que, comme par sa parole il obtenait la paix entre deuxennemiset le repentir des fauteurs, elle était alors « véridique ».

Au-delà de la loi

Une question subsiste : la particularité d’Aharon était de rechercher la paix.En quoi l’acte vengeur de Pin’has(de tuerZimri)était-il la continuité de ceux d’Aharon ?En fait, ilexiste deux types de personnages :le tsadik et le ‘hassid. Le premier désigne celui qui accomplitle devoir exigé par la loi, et le second celui qui applique la loilifnimmichourathadin –enallant au-delà du devoir, qui en rajoute et qui va jusqu’au bout de la volonté divine (RambamDéot 1, 4). Aharon était un ‘hassid : « Tes Ourim et TesToumim (Tu les as donnés)à Ton homme ‘hassid »(Dévarim 33), qui n’est autre qu’Aharon. Bien qu’il soit interdit de prononcer ne serait-ce qu’un seul mot non conforme à la vérité (RambamDéot, 2, 6), pour faire la paix, on peut et on doit agir au-delà de la loi.

Or, cette même caractéristique permit àPin’hasde tuerZimri. Celui qui s’enferme avec une femme non-juiveostentatoirement, en déclarant fauter avec elle, bien qu’il ne mérite pas la mort par les lois données au tribunal,il pourra être mis à mort pas un homme zélé, animé par la volonté de défendre l’honneur de D.ieu. Cet acte est l’un des trois cas prévus par la Torah(Sanhédrin 82) et Pin’has hérita son zèle de son père et de son grand-père.

Aucun autre juif ne fut réveillé par ce zèle,même pas un Lévi. Ces mêmes Léviim qui exécutèrent l’ordre de Moché et éliminèrent les adorateurs du veau d’or, restèrent passifs face à Zimri. En réalité, les Leviim sont des tsadikim, ils appliquent la loi qui condamne à mort l’idolâtre, mais pas un homme comme Zimri, selon la loi stricte. D’ailleurs, à la tribu de Lévi est demandé en premier lieu de surveiller le peuple, afin que la loi soit appliquée : « Ils garderont Ma garde et la garde de toute l’assemblée » (Bamidbar 3,7).

Entre le jour et la nuit…

Lors du soulèvement de Kora’h, lui et ses complices de la tribu de Lévivoulurent prendre la place d’Aharon en tant que Cohen Gadol, et Mochéessaya de les dissuader : « Il t’a approché, ainsi que tous tes frères fils de Lévi avec toi, et vous exigez en plus la Kéhouna ? » (16,9). Il dit encore : « Au matin, Hachem fera connaître Son élu et Il l’approchera de Lui ». Pourquoi donc aumatin ? Le Midrach(cité dans Rachi) explique : « Moché dit : de la même manière que Hachem départageale soir et le matin et que vous ne pouvez pas les inverser, vous ne pouvez pas non plus prendre la place d’Aharon… »

Pourquoi Aharonest-il comparé au matin et les Léviim au soir ? En fait, Aharon est à « droite » et les Léviim à « gauche », Aharon est appelé kadoch – saint, et les Léviimtahor – purs (Zohar, Kora’h). La droite symbolise le ‘hessed, la bonté abondante,lifnimmichourathadin, et la gauche symbolise le din, la rigueur (Péti’hadeEliyahouavant la prière).

La rigueur conserve la justice et la pureté. La miséricorde agit au-delà de la loi, et ainsi l’homme atteint la sainteté et devient ‘hassid. Le Cohen Gadol et ses pairs reçoivent au Beth Hamikdach les fauteurs, venant expier leurs fautes ; il leur incombe de les accueillir avec bienveillance, car la rigueur du Lévi pourrait les repousser. Quant à Zimri, il agitavec une immense effronterie : bien qu’il ne méritât pas la mort en vertu de la loi, c’est justement celui qui agit lifnimmichourathadin, qui défend l’honneur de D.ieu hors de la loi, qui l’a puni et qui mérita de devenir Cohen.