14 Tishri 5779‎ | 23 septembre 2018

RavEl’hananWasserman (1874 – 1941), Roch Yéchiva de Baranowitz

Rav El’hananWasserman est né en 1874 dans la ville de Birz en Lituanie. Lorsqu’il atteignit ses 13 ans, ses parents s’installèrent dans la petite ville de Boïsk, en Lettonie. Le jeune El’hanan intégra, la célèbre Yéchiva de Telz et y étudia auprès de ses maîtres Rabbi Eliezer Gordon et Rabbi Shimon Shkopp qui l’appréciaient énormément. Il fut rapidement connu pour être un génie mais aussi pour son assiduité exemplaire. Son programme était chronométré et il ne restait jamais désœuvré, fût-ce pour un seul instant. Il disait : « lorsque je me tiendrai devant le Tribunal Céleste et qu’on me demandera ce que j’ai fait à tel moment, ne devrais-je pas rendre des comptes sur ce que j’ai fait à chaque instant de ma vie ? ! »
A 24 ans, il épousa Mikhla, la fille du RavMéïr Atlas, Rav de la ville de Shavil (Lituanie) puis s’installa à Radin pour s’imprégner des enseignements du Rav Israël MéïrHacohen, le Hafets ‘Haïm. Il passa trois ans à ses côtés et s’attacha à lui de toutes les fibres de son âme au point qu’il finit par lui ressembler au niveau de sa simplicité, sa droiture, sa Foi ardente, profonde et simple simultanément mais aussi sa façon d’analyser les problèmes de son époque. Il n’était donc pas surprenant qu’après le décès du ‘Hafets ‘Haïm, nombreux furent ceux qui reconnurent RavEl’hananWasserman comme étant son successeur.
De Radin, il fut appelé à être Roch Yéchiva à Brisk et fut heureux d’avoir l’occasion de côtoyer le Rav ‘Haïm de Brisk.
Après la Première guerre mondiale, il dirigeala Yéchiva « Ohel Torah » à Baranowitz qui connut un succès remarquable : elle se développa rapidement et accueillit de nombreux disciples. RavWassermanaimait beaucoup ses élèves et en prenait soin comme ses propres enfants. Après la mort de son beau-père, la communauté de Shavil l’invita à le remplacer pour qu’il occupe le poste de Rav mais RavWasserman rejeta cette offre. Il préférait être Roch Yéchiva et vivre dans la plus grande simplicité avec de petits moyens. La Rabbanite, quant à elle, voyait cette proposition comme une issue à la pauvreté dans laquelle ils vivaient mais Rav Wasserman resta fidèle à la ligne de conduite qu’il s’était tracé. Son épouse lui proposa alors de se rendre tous deux à Radin pour prendre conseil auprès du ‘Hafets ‘Haïm. Néanmoins, lorsque le cocher arriva pour les conduire à Radin, la Rabbanite remarqua que son mari se tenait dans un coin en train de pleurer car il craignait que son maître ne lui ordonne d’accepter ce poste. Du coup, en voyant l’ampleur de son chagrin, elle se rétracta et consentit à ne pas se rendre à Radin.
Outre sa fonction de Roch Yéchiva, RavWasserman fut reconnu comme étant le dirigeant spirituel du judaïsme orthodoxe. Son avis était défini comme étant celui du Daat Torah. Il écrivait des articles portant sur divers sujets, aussi bien en yiddish qu’en hébreu et chacun d’eux faisait grande impression sur le public. Il était accepté par toutes les tendances, aussi bien les ‘Hassidim que les Mitnagdim, habitants de Lituanie que de Pologne… tous le vénéraient par le mérite de sa Torah et de sa grande intégrité.
Lorsque la Seconde Guerre Mondiale éclata, Rabbi El’hanan s’enfuit à Vilna avec sa Yéchiva.Un jour, avant l’entrée des Allemands à Vilna, il partit en visite à Slabodkaet pensait être rapidement de retour à Vilna. Mais, tout à coup, les Allemands envahirent la Lituanie et il fut contraint de rester à Slabodka.
Le 11 Tamouz 1941, les nazis attaquèrent les Juifs de Slabodka et les exécutèrent. Avant d’être tué, il s’adressa aux Rabbanim, à ses amis et à tous les Juifs. Il parlait doucement, avec le même calme intérieur qu’à l’accoutumée. Voici un extrait de ses derniers propos : « Au ciel, on nous considère apparemment comme des Tsadikim puisque nous avons été choisis pour que nos corps apportent l’expiation auKlal Israël. C’est pourquoi, nous devons revenir vers Hachem immédiatement d’un repentir total. Le temps presse, le chemin de la Neuvième Forteresse (lieu du massacre des martyrs deSlabodka-Kovno) est tout près… Nous devons nous rappeler que nous sanctifions Le Nom d’Hachem et garder la tête haute sans avoir, à D.ieu ne plaise, de pensée étrangère pour ne pas invalider notre Korban.Nous accomplissons à présent la plus grande Mitsva, celle de KidouchHachem.’Tu m’as détruite par le feu, tu l’as reconstruiras par le feu’. Le feu qui dévore nos cadavres est le feu qui reconstruira à nouveau le peuple juif ». Puis, il fut tué avec deux de ses fils,Naftali et Tsvi-Yéhouda, ainsi que les élèves de sa Yéchiva. Son âme rejoignit les Cieux, en toute pureté, sous le cri du Chéma Israël.
Rabbi El’hanan a laissé de nombreux écrits, notamment le KovetsHéarot, le Ohel Torah en trois volumes et ses livres sont étudiés dans toutes les Yéchivot. Et son fils, RavElazarSim’haWasserman fonda la Yéchiva « Or El’hanan », à son nom, d’abord aux Etats-Unis puis à Jérusalem.
Yokheved Levy