11 Av 5778‎ | 23 juillet 2018

Cérémonie des olim : Natan Sharansky sur un petit nuage…

Haguesher a assisté à la douzième édition de cette manifestation unique en diaspora initiée, au nom du Consistoire, par Joël Mergui. Le président sortant de l’Agence juive s’est déplacé de Jérusalem, pour l’occasion, à la synagogue Buffault. Reportage.

« Deux cent cinquante olim en partance cet été ont été invités », nous a précisé Daniel Benhaïm, directeur de l’Agence juive pour la France et coorganisateur, avec le Consistoire, de cette soirée du 13 juin à la synagogue de la rue Buffault (9earrondissement de la capitale). Un peu moins de la moitié se sont déplacés, selon notre estimation.
Une « cérémonie unique » en diaspora, a rappelé dans son allocution le ravMichel Gugenheim, grand rabbin de Paris. Elle a été créée en 2006 par le président de l’institution cultuelle, Joël Mergui, et chacun a reconnu son immense mérite en la matière. « Grâce à vous, a dit le grand rabbin en s’adressant à lui, le parcours individuel de chaque olé se transforme en parcours collectif, communautaire. Les migrants réunis ici seront en quelque sorte nos représentants, les avant-postes du judaïsme français en Israël ». L’orateur a souligné que Rabbi Chimon bar Yo’haï, dans le traité Berakhot du Talmud (5-a), rapportait qu’Hachem avait offert trois cadeaux essentiels au peuple juif : la Torah, le monde futur et la Terre Sainte. Trois présents lourds de significations que l’on s’approprie au prix d’épreuves parfois très lourdes. « La vie est dure là-bas, a-t-il ajouté à l’intention de l’assistance, notamment sur les plans matériel et climatique. Mais dès l’instant où vous poserez le pied sur le tarmac de l’aéroport Ben Gourion, vous accomplirez une mitsva… permanente, même en dormant ! Celle qui consiste à résider en Eretz ».
Nous avons rencontré quelques olim assis dans la salle de prière.
Une famille de Pavillons-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis, rejoindra dans deux semaines le fils aîné, informaticien de vingt-quatre ans parti en « éclaireur » à Tel-Aviv. Le père, Daniel, son épouse et leurs deux adolescents sont prêts pour l’aventure : « En banlieue nord, proclament-ils, le malaise est quotidien. On se sent rejetés, il faut raser les murs. Ça suffit ».
Les motivations d’Alicia sont différentes : « Mon mari Jérémie et moi habitons Charenton, dans un secteur bien sécurisé du Val-de-Marne, mon petit est à la maternelle publique et mes deux grands dans un établissement juif. Nous n’avons peur de rien dans ce pays mais nous quittons la France pour Netanya car Jérémie, commercial dans le domaine des énergies renouvelables, a trouvé récemment un emploi sur place. C’est l’occasion rêvée d’élever nos enfants dans cette atmosphère de kodechsi importante pour nous ». Le parcours de ce couple est à peine croyable : « Nous avons entamé les démarches administratives nécessaires à l’alya il y a six semaines seulement, raconte Alicia. J’ai joint le Global Center de la Sokhnout à Jérusalem, les documents ont été envoyés puis validés en une vingtaine de jours. J’ai obtenu nos certificats de judéité presque immédiatement – en vingt-quatre heures ! – après m’être déplacée au Consistoire… » Des délais record et encourageants qui ne ressemblent en rien à ce que les candidats à l’immigration ont connu jusqu’au milieu des années 2010.
Dans son intervention, Joël Mergui a réaffirmé qu’il ne voyait nulle contradiction entre le soutien du Consistoire à la communauté juive de France, ses ambitions et projets nationaux, et l’appui aux olim, « malgré notre pincement au cœur à chaque fois que l’un de nos coreligionnaires s’éloigne de nous ». Et surtout, le numéro un de l’institution invitante a fait chaleureusement applaudir l’hôte de marque de la soirée : le président sortant de la Sokhnout venu spécialement de Jérusalem pour l’occasion, NatanSharansky. « Vous êtes un exemple pour nous tous, a martelé Joël Mergui. Quel destin ! On connaît votre combat personnel pour la liberté des Juifs de l’ex-URSS, où vous avez été opprimé… Et c’est vous qui avez rapproché la golad’Israël au cours des neuf dernières années à la tête de l’Agence juive ».
L’ancien refuznik a répondu dans son discours que les manifestations en sa faveur organisées à Paris, à l’époque, ont « largement contribué » à l’alya future de plus d’un million de Juifs russes, interdits alors de s’installer sur la terre de leurs ancêtres. « Vous nous avez aidés à accomplir le voyage retour dont cinquante générations ont rêvé pendant deux millénaires, a-t-il lancé, à sortir de l’assimilation et de l’ignorance dans lesquelles le pouvoir soviétique nous avait enfermés ». Enfin, il a insisté sur les liens entre les Juifs de France et Israël, « les plus intenses à l’échelle du monde juif tout entier ».
Le député Meyer Habib, dont on sait qu’il représente notamment les Franco-Israéliens, a rendu hommage, lui aussi, à NatanSharansky avec un souvenir de jeunesse : « Ma première arrestation suivie d’un passage nocturne au commissariat, c’était lors d’un rassemblement de soutien à votre cause. J’étais encore mineur », a-t-il dit.Et se tournant vers le héros du jour, il lui a demandé de chérir « ce que nous avons de plus précieux : nos frères et sœursde ce pays qui ont décidé de vous rejoindre et qui j’espère resteront attachés à l’Hexagone dans leur nouvelle patrie ».
La cérémonie s’est achevée, avant la Hatikva, par la remise du parchemin traditionnel contenant les noms des olim de l’année à NatanSharansky et à Marc Attali, ministre plénipotentiaire mandaté par l’ambassade d’Israël à Paris. C’est Joël Mergui qui s’en est chargé, sous un talit, tandis que le ravMochéSebbag, de la grande synagogue de la Victoire toute proche, bénissait les enfants présents.

Axel Gantz