7 Elul 5778‎ | 18 août 2018

Le sommet Trump-Kim : Un succès aux répercussions mitigées pour Israël

U.S. President Donald Trump and North Korea's leader Kim Jong Un shake hands during their summit at the Capella Hotel on Sentosa island in Singapore June 12, 2018. Anthony Wallace/Pool via Reuters - RC1E7E535FA0

Le sommet historique qui s’est tenu mardi matin entre le président américain Donald Trump et le dictateur nord-coréen Kim Jong-Un pourrait ou devrait avoir des répercussions importantes pour notre région et pour l’Etat d’Israël. La plus notable se rapporte bien évidemment à l’Iran : les Iraniens ont suivi avec une profonde inquiétude cette première poignée de mains entre les deux et ont pris connaissance avec une vive appréhension des premiers arrangements obtenus durant ce sommet. Pour Téhéran, la Corée du Nord a été le partenaire de toujours et une sorte de mentor en matière nucléaire et le fait de voir aujourd’hui leur allié le plus proche tombé dans les bras d’un président américain est perçu comme une véritable forme de trahison. Qui plus est ce sommet Trump-Kim intervient quelques semaines à peine après l’annonce par Trump du retrait américain de l’accord de Vienne. Alors bien entendu Rohani et ses mollahs pourront toujours affirmer que les derniers événements ont prouvé qu’en matière d’accords internationaux, il est impossible de faire confiance à Trump mais, à vrai dire les Iraniens sont bien mal placés pour donner des leçons aux Américains à ce sujet. Toujours est-il que leur inquiétude est tout à fait justifiée car le succès du sommet avec Kim donne à Donald Trump un prestige et une puissance sans précédent. Ce sommet, trois jours après le fiasco du G7, vient prouver que Trump avait sa propre manière d’agir et de mener les grands dossiers à l’échelle planétaire. Et que son approche inédite obtient des résultats tangibles. Concrètement à l’issue de ce sommet et après le G7, les Iraniens peuvent comprendre que s’ils ne se plient pas aux exigences américaines, Trump pourrait aller jusqu’à provoquer la chute de leur régime comme il avait menacé de le faire avec Pyongyang. De prime abord il s’agit là d’une excellente nouvelle pour les Israéliens. Binyamin Nétanyaou peut légitimement s’enorgueillir d’être le plus fidèle partenaire d’un président américain désormais aussi puissant sur la scène internationale, capable de faire plier ceux qui étaient ses pires ennemis dans un dossier aussi redoutable que l’armement nucléaire. Cependant, il y a un bémol israélien à cette euphorie : après ce sommet et après avoir ainsi mis fin de facto au dernier épisode de la guerre froide, Donald Trump pourra se targuer d’avoir réussi à instaurer la paix là où l’on si attendait le moins. Et cette seule conclusion pourrait le pousser à en faire autant au Proche Orient en proposant sa touche personnelle en vue d’un règlement du conflit israélo-palestinien. Car si les Iraniens s’inquiètent de la puissance de Trump, les Palestiniens qui ont rompu totalement les relations avec l’administration américaine ont aussi certaines raisons d’être préoccupés. Ils comprennent que si Trump décide de présenter un plan de paix avec Israël, ils auront du mal à la repousser même s’il ne satisfait pas pleinement à leurs exigences. Alors pourquoi un bémol ? Tout simplement parce que même le meilleur plan de paix qui serait proposé par Trump ne manquerait pas de faire voler en éclats l’actuelle coalition de Nétanyaou car il poserait quoi qu’il advienne comme aboutissement la création d’un Etat palestinien sur une partie de la Judée et de la Samarie. A Jérusalem, on sait pertinemment que le généreux cadeau de la reconnaissance de Jérusalem et du transfert de l’ambassade américaine, ne peut pas être totalement gratuit. Et qu’un jour, peut-être proche, le président américain pourra s’en servir pour justifier des propositions de règlement qui risquent de faire grincer des dents côté israélien. Voilà pourquoi même si en Israël, on se félicite du sommet Trump-Kim, on reste vigilant dans l’espoir que cela ne se retournera pas contre les intérêts du pays.
Daniel Haïk