11 Tevet 5779‎ | 19 décembre 2018

Après les propos stupéfiants de l’ex chef du Mossad Tamir Pardo, Au lieu de vanter le Premier ministre, certains s’acharnent à le déprécier

La journaliste Ilana Dayan s'est spécialisée dans un nouveau style : l'interview dévastatrice qui vise surtout à salir Binyamin Nétanyaou. Et c'est ainsi que jeudi soir dernier (31 mai), au lieu de nous faire découvrir par exemple, les coulisses des rencontres entre Bibi et Poutine qui ont conduit les Russes à exiger le retrait des forces iraniennes de Syrie, elle a préféré « servir » aux téléspectateurs israéliens un entretien de l'ex chef du Mossad Tamir Pardo dans lequel celui-ci accuse le Premier ministre d'avoir voulu lancer une opération militaire en 2012 contre les installations nucléaires iraniennes ! Pourquoi donc ce qui paraît normal dans tout régime démocratique prend des airs illégitimes dans la bouche de patron des services secrets à la retraite ?

Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu and Russian President Vladimir Putin seen during a wreath laying ceremony at the Tomb of the Unknown Soldier in Moscow, on May 9, 2018. Photo by Amos Ben Gershom/GPO ***HANDOUT EDITORIAL USE ONLY/NO SALES*** *** Local Caption *** øàù äîîùìä áðéîéï ðúðéäå ðùéà øåñéä åìãéîéø ôåèéï îöòã éåí äðéöçåï òì äðàöéí

Le général (rés.) Meïr Dagan zal, Tamir Pardo et Youval Diskin ont consacré leur vie à la Sécurité de l’Etat hébreu. Au cours des 15 dernières années, les deux premiers ont été les chefs du célèbre Mossad israélien et le troisième a été, durant la même période, le patron du Chin Beth. A ces très hautes fonctions, ils ont eu accès aux informations les plus secrètes et ont commandité les opérations les plus audacieuses pour protéger Israel. Leur mérite est donc immense et il ne peut être remis en cause.
Et pourtant, depuis le début de l’actuelle décennie, et surtout après leur départ à la retraite, ces trois grands chefs de combat, qui jusque-là avaient œuvré dans la plus totale discrétion se sont distingués médiatiquement par leurs attaques parfois offensantes contre celui qui a été leur supérieur hiérarchique, le Premier ministre Binyamin Nétanyaou. Comme s’ils savouraient le feu tardif des projecteurs. Dagan qui depuis est décédé mais également Youval Diskin et ces derniers jours Tamir Pardo ont, tous les trois, émis le même type de critiques envers Mr Nétanyaou : dans le courant de 2012, le Premier ministre, déjà préoccupé par le danger nucléaire iranien, a voulu lancer une opération militaire contre des installations atomiques sur le sol iranien. Dagan s’en est confié publiquement à Ilana Dayan une célèbre journaliste, sorte d’Anne Sinclair israélienne dans son émission « Ouvda » ; Diskin a répété ces accusations dans divers forums et jeudi dernier, c’est le très réservé Tamir Pardo qui s’est « confié » à Ilana Dayan. Il a affirmé qu’il avait envisagé de démissionner pour s’opposer à l’intention du Premier ministre de lancer une telle opération et qu’il avait consulté des juristes… pour savoir si Mr Nétanyaou était habilité à prendre une telle décision ! Au passage Pardo n’a pas hésité à qualifier le Mossad d’institution criminelle avec permission ce qui a provoqué la colère de Nétanyaou et il a également sous-entendu que le Premier ministre avait voulu placer le chef d’état-major de l’époque Benny Gantz et lui-même sous écoute ! Excusez du peu.
Outre le fait qu’ils aient été tenus dans une émission généralement très critique envers Nétanyaou, ces propos n’ont pas manqué de surprendre et ont suscité plusieurs questions et réflexions :

La première est de tenter de comprendre comment un patron du Mossad, qui connaît les règles du jeu politique, peut-il se demander si Mr Nétanyaou est habilité ou non à prendre une décision opérationnelle contre l’Iran ? Il est évident que dans les affaires sécuritaires comme dans les autres dossiers c’est le Premier ministre qui tranche pour le meilleur et pour le pire. Mr Nétanyaou est son patron direct et le chef suprême du Mossad et à ce titre il est sous ses ordres. Comment Tamir Pardo a-t-il pu aller vérifier dans son dos, la validité d’une décision de son patron ? Pire encore ! Comment a-t-il pu révéler à d’autres personnalités qui n’étaient pas censés être dans le secret des Chefs, les intentions du Premier ministre sans porter atteinte à la Sécurité de l’Etat sur un dossier aussi délicat que celui du nucléaire iranien ? Voici donc une preuve de plus de l’effritement de ce qui aurait dû être l’un des sacro-saints principes de la Démocratie israélienne : la séparation des Pouvoirs. Mais lorsque la Cour Suprême israélienne elle-même bafoue sans scrupule ce même principe sous prétexte que l’Exécutif n’est pas digne de confiance, pourquoi s’étonner qu’un haut fonctionnaire de l’Etat tel que Tamir Pardo en fasse de même ?! …Ce qui est plus consternant encore c’est la manière dont Ilana Dayan et le Yediot Aharonot (toujours aussi anti-Bibi) ont tourné cette affaire. Au lieu de se focaliser sur le comportement très problématique de Pardo, ils se sont fait un plaisir de cibler une fois de plus le Premier ministre. Qu’importe si le lendemain, deux ex-chefs du Chin Bet Avi Dikter (à droite) et Amy Ayalon (travailliste) ont affirmé que Mr Nétanyaou n’avait pas outrepassé ses fonctions. Pour ces médias, l’unique coupable est Binyamin Nétanyaou. Et là, cela commence vraiment à bien faire ! A l’issue d’une semaine tendue au cours de laquelle le Premier ministre israélien parvient à persuader Vladimir Poutine de réclamer la sortie de toutes les forces iraniennes de Syrie, ce qui dans le contexte actuel doit être considéré comme un impressionnant succès, ces médias israéliens ne parviennent pas à surmonter leur aversion pour Mr Nétanyaou et cherchent la moindre anicroche réelle ou virtuelle pour le déprécier. Au lieu de nous fournir des détails top secret sur les coulisses des discussions qui ont conduit Poutine et Nétanyaou à tomber d’accord sur le retrait iranien de Syrie, Ilana Dayan et le Yediot Aharonot à sa suite, ont préféré gonfler des critiques déjà émises par le passé de la part de responsables sécuritaires qui sont certainement courageux mais qui ne l’ont jamais été suffisamment pour exprimer leur opposition à la politique de Nétanyaou en démissionnant de leur fonction…
A cela, il convient de rajouter deux points importants : le premier est que Binyamin Nétanyaou n’a jamais été seul dans son projet de lancer en 2012 une opération contre les installations nucléaires iraniennes. Il a toujours eu à ses côtés, à cette époque, celui qui était alors son ministre de la Défense un certain Ehoud Barak. Oui ce même Ehoud Barak qui, aujourd’hui retiré de la vie politique après avoir été le plus médiocre Premier ministre d’Israël, ne manque pas une occasion pour noyer sa frustration dans un océan de critiques contre Nétanyaou… Et enfin second point et probablement le plus important : au bout du compte, Binyamin Nétanyaou n’a pas lancé l’opération qu’il envisageait. Il était en droit de forcer l’armée, le Mossad, et le Shin Bet, à agir comme il le pensait. Mais en démocrate il s’est plié aux recommandations des responsables sécuritaires qui estimaient tous ensemble qu’une telle opération était trop risquée et n’aurait pas obligatoirement réduit à néant les projets nucléaires de Téhéran. Au bout du compte, et c’est ce qu’il faut retenir, c’est que Binyamin Nétanyaou est encore aux commandes de l’Etat et qu’aujourd’hui quelques années après que ces géants sécuritaires aient, soit quitté ce monde, soit plongé dans une paisible retraite, le Premier ministre ne s’en sort pas si mal face aux menaces iraniennes et jouit aujourd’hui plus que jamais de l’écoute et de la confiance des leaders des deux plus grandes puissances au monde… Ce n’est pas rien. Et il ne faut pas l’oublier. Daniel Haïk