11 Heshvan 5779‎ | 20 octobre 2018

D.ieu veille sur le Plateau du Golan

Les tirs de missiles iraniens dans sa direction, il y a trois semaines, et la très ferme riposte israélienne contre des positions iraniennes et syriennes, ont rappelé le Plateau du Golan au souvenir des Israéliens. Non pas qu'ils l'aient oublié, puisque le Golan est l'une des régions touristiques les plus visitées, mais cela faisait bien longtemps que l'on n'avait pas vécu sur le Plateau une tension sécuritaire aussi vive. Micael Tzoren s'est rendu sur place et il nous fournit ses impressions.

Cela faisait 45 ans que la consigne d’ouvrir les abris n’avait pas été donnée sur le plateau du Golan. Très exactement depuis que la guerre de Kippour a déferlé sur cette région paisible libérée par l’armée israélienne en juin 1967 à la fin de la guerre des Six Jours. Même les vieux sages du Golan, ceux qui étaient parmi les pionniers de l’implantation juive sur le plateau après cette guerre éclair, ont avoué que depuis ce terrible Kippour, ils n’avaient pas perçu une telle effervescence. Pas même lorsque les négociations israélo-syriennes de 1999 avaient débuté faisant craindre pour l’avenir de cette implantation juive. L’annonce de l’ouverture des abris n’a précédé que de quelques minutes l’annonce de la décision du président Trump de retirer les Etats-Unis de l’accord controversé de Vienne sur le nucléaire iranien. De facto la décision de donner l’alerte et d’ouvrir les abris a été prise par la Défense Passive, après observation de mouvements des forces iraniennes du côté syrien ou plus précisément après que les satellites israéliens ont repéré des mouvements dans les batteries de missiles susceptibles d’être tirés en direction du territoire israélien.
Pourtant, force est de constater qu’aucune panique n’a été réellement ressentie auprès des habitants des kibboutz frontaliers. L’alerte a été levée dès le lendemain et quelques instants plus tard, tout est revenu à la normale. Les ouvriers agricoles ont repris le chemin des champs, les écoliers sont retournés à leurs cahiers, seuls les abris sont restés ouverts, par précaution.

Le Golan une longue histoire juive
Cette sérénité remonte peut-être à il y a près de 120 ans, alors que le premier village juif orthodoxe s’est installé sur le Golan. Venus de Safed, un groupe de Juifs orthodoxes avait participé au peuplement du Plateau du Golan, il y a plus de 110 ans. Les membres de l’organisation « Bné Yehudah » voulaient alors s’installer près de Safed, mais les terres étaient très chères, et ils allèrent s’installer près des sources du Golan. Une cinquantaine de familles plantèrent les premiers champs de blé, de céréales et de légumes dans cette région. La répartition du travail était pour le moins originale : par groupe de 15 personnes, ils travaillaient la terre durant les deux premières semaines du mois, pour se consacrer ensuite à l’étude de la Torah la quinzaine suivante, par roulement. Les livres ne les quittaient jamais. Peu à peu, le village se développa, des enseignants vinrent de Safed pour faire la classe aux nombreux enfants qui naissaient. Mais alors que le village comptait environ 500 habitants, il a été dissout en raison des meurtres et des pillages des Arabes du Golan. Incapables de se défendre, les Juifs retournèrent tous à Safed. Aujourd’hui, le Mochav Bné Yehouda, existe mais n’est plus religieux, il est situé au cœur du Golan et compte plus de 600 familles. On peut y trouver une zone industrielle, un centre commercial et des lieux touristiques.
Au cœur de toute cette activité, la grande synagogue qui rassure les habitants de la région, face aux menaces proférées par les gardiens iraniens de la révolution, en représailles des morts des raids israéliens. Peu à peu, cette région constituée de kiboutzim non religieux, change un peu de visage avec l’installation de nouvelles familles dans les villages du Golan qui surplombent le Lac de Tibériade. Les populations laïques et religieuses ont toujours su coexister dans le Golan. Elles vivent en bonne intelligence au sein de tous les yichouvim du Plateau du Golan. A Kfar ‘Harouv, ou encore au kibboutz Natour, devenu un mochav « mixte », les temps ont changé. Le mouvement national des Kibboutzim, identifié à la gauche israélienne, avait hésité à installer des populations sur un « territoire occupé ». Natour n’a jamais vraiment décollé économiquement et n’a pas réussi à attirer de nouvelles familles. La révolution a eu lieu lorsque le kibboutz décida de se transformer en mochav. Depuis 1909 et la création du premier kibboutz, seuls deux ont opéré cette transformation. A Natour, de jeunes religieux souhaitaient s’installer et en faire une communauté religieuse. Les membres du kibboutz les accueillirent et acceptèrent de les intégrer. Natour compte aujourd’hui près de 200 habitants et un nouveau quartier en construction devrait accueillir prochainement 215 familles. Une synagogue doit y être bâtie. Le kibboutz voisin Gishour subit la même transformation.
Tout au nord du Plateau du Golan, on trouve le village de Odem, à 1050 mètres au-dessus du niveau de la mer, où des dizaines de familles contemplent les vignes les plus élevées du pays. C’est par là que les chars syriens étaient entrés durant la Guerre de Kippour, et ce sont elles qui seraient les premières cibles des missiles iraniens si ces derniers mettaient leurs menaces à exécution. Pourtant, des dizaines de familles vont prochainement s’installer dans le nouveau quartier, autour de la nouvelle synagogue. Odem, malgré sa proximité avec la frontière syrienne, attire des jeunes couples de tout le pays. A l’approche de la nuit d’étude de Chavouot, l’excitation est à son comble dans la synagogue du village et les activités se multiplient sous l’impulsion du très actif comité des yichouvim du Golan. Les nouvelles synagogues poussent dans presque tous les villages et de nouveaux Sifré Torah sont inaugurés chaque jour, dont un venu directement d’Irak dans le village de Shaal, l’un des plus vieux yichouv du Golan.
Au sud du Golan,se trouve le mochav Nov, l’un des villages les plus intéressants par sa population et par sa géographie. Les cigognes s’installent ici au sommet des poteaux électriques qui entourent le village, alors que les vaches se baladent en liberté, comme les moutons et les chèvres, les poules et même les paons sur qui l’on tombe à chaque détour. Au milieu de cette nature chatoyante, la plus belle synagogue de la région s’élève, visible de tous les environs.
Ce phénomène de construction de synagogue dans tous les villages du Golan, même dans ceux qui ne sont pas religieux s’étend même à ceux qui se trouvent à l’extrême nord du plateau. Nevé Ativ se trouve à quelques mètres de la frontière syrienne, et les combats qui ont fait rage à Har Dov et dans le Hermon durant la guerre du Liban, sont encore dans toutes les mémoires. Les paysages rappellent ceux d’Europe. La synagogue de Nevé Ativ et le village attirent de nombreux vacanciers religieux en été. Le Mochav Ramot, qui se définit comme village laïc, sur les hauteurs du Kinneret, est lui aussi, en train de faire construire sa synagogue. Ramot est considéré comme l’une des plus belles réussites économiques de la région comme en témoignent les belles maisons qui y sont construites et les rues commerçantes.

Dans tous les villages du Golan, les conversations de ces derniers jours, tournent autour de la situation sécuritaire de la région et de la tournure des événements ces dernières années avec les tensions en Syrie. Ces dernières semaines, tous les regards sont tournés vers le voisin syrien, et toutes ces synagogues construites et ces nouveaux Sifré Torah, rassurent la population. Après l’annulation de l’accord sur le nucléaire avec l’Iran, la question des abris a de nouveau été abordée sur le Plateau du Golan. Le ministre de la Défense, Avigdor Lieberman, lors d’une récente visite en Galilée, avait évoqué le manque d’abris dans cette région. La situation est encore bien plus critique dans le Golan. Cela s’explique par le calme qui a régné ici durant toutes ces années. Depuis des années, il s’agit de la frontière la plus calme du pays et jusqu’au début de la guerre en Syrie, le seul bruit que l’on entendait sur le plateau, était celui des mouches qui volaient et de temps en temps, les menaces discrètes proférées par Assad, qui n’étaient pas prises comme telles par les habitants du Golan. Si les maisons les plus récentes ont été construites avec des abris, les anciennes constructions sont couvertes de moisissure et à l’abandon, et n’ont d’abri plus que le nom.
Aujourd’hui, la population exige du gouvernement de se pencher urgemment sur la question des abris dans la région et sur la protection des habitants du Golan. Même si toutes les dernières années étaient totalement silencieuses, la région a toujours été considérée comme sensible et potentiellement dangereuse, au point que les habitants avaient été autorisés à détenir des armes. Le Golan est un territoire très étendu et en cas de guerre, à l’époque, l’armée n’aurait pu se répartir sur tout ce territoire très rapidement. Ainsi, il était prévu qu’en cas d’incident, les habitants pourraient se défendre en attendant l’arrivée des forces armées sur place. Depuis, les armes ont été retirées des villages, ce qui avait soulevé une grande indignation de la population, mais c’est là de l’histoire ancienne. Lors de la construction des villages du Plateau du Golan, Tsahal a fait construire des bunkers pour chaque village qui les protègent de toutes les attaques possibles. Aucun abri n’a été utilisé jusqu’à présent même s’ils ont toujours été entretenus. Mais ils sont capables d’accueillir chaque village entier durant plusieurs jours et les protéger de toutes les attaques. Tsahal a toujours pris très au sérieux la situation du Golan même durant toutes ces années de calme. Les armes sont regroupées dans des lieux connus des réservistes en cas de danger.
Le Golan compte 33 villages et 22 000 personnes, et mille âmes supplémentaires chaque année. Les nouvelles constructions sont toutes équipées d’abri comme il est de mise dans tout le pays. Le problème touche les anciennes constructions et donc les habitants les plus âgés de la région qui devraient parcourir plusieurs centaines de mètres avant de pouvoir s’abriter. Les écoles non plus ne sont pas toutes équipées comme il se doit. La nouvelle situation du Golan face aux menaces iraniennes a remis la question des abris au goût du jour, mais les habitants restent optimistes et n’ont jamais été aussi nombreux. Pour eux, avec l’aide de D.ieu, en cas d’attaque venue de Syrie, la riposte israélienne serait telle qu’elle stopperait toute volonté de réaction de la part des Iraniens. Et le calme continuerait à régner pour de nombreuses années.

Michael Tzoren