5 Av 5778‎ | 17 juillet 2018

Les scénarios de l’affrontement Iran-Israël Et maintenant que pourrait-il se passer ?

Après le 1er round « historique » du 10 mai, à savoir les tirs de missiles iraniens en direction du Golan et la réplique dévastatrice de l’armée de l’air israélienne contre 50 cibles perses en Syrie, et compte tenu que l’Iran tient à renforcer sa présence militaire au nord d’Israël, comment les choses pourraient-elles évoluer ?

Missile fire is seen from Damascus, Syria May 10, 2018. REUTERS/Omar Sanadiki - RC13F692C3F0

Une « guerre d’usure » aux missiles
Même si les Iraniens ont dû être surpris par l’ampleur et l’efficacité de la réplique aérienne de Tsahal à leurs premiers tirs de 20 missiles en direction du territoire israélien (16 n’ont pas franchi la frontière syrienne pendant que 4 autres étaient abattus par le système « Dôme de fer »), ils disposent en Syrie d’un arsenal assez considérable (plusieurs centaines voire plusieurs milliers ?) d’autres types de missiles plus puissants et surtout plus précis dont ils pourraient faire usage de manière sporadique mais répétée contre l’Etat hébreu. Ce qui donnerait à cet affrontement les contours d’une « guerre d’usure » destructrice, prolongée et coûteuse : une hypothèse qu’Israël exclut (Jérusalem a prévenu à plusieurs reprises que si l’Iran l’agressait depuis le territoire syrien, ce serait la fin du régime Assad) et comme l’Iran exclura de s’en tenir là et de plier bagage, tout cela pourrait donc déboucher assez vite sur un second scénario impliquant la Syrie… et le Liban.

Un élargissement du conflit par l’entrée en jeu du Hezbollah
Volontairement tenu à l’écart de ce 1er round par les Iraniens qui voulaient « montrer leurs dents » directement face à Israël, le Hezbollah chiite – devenu le « bras avancé » de Téhéran à la frontière-nord de l’Etat hébreu avec ses 80 000 roquettes et missiles accumulés depuis 2006 au Liban et en Syrie – pourrait seconder l’Iran en entrant lui-même en jeu par des tirs soutenus contre l’ensemble du territoire israélien, notamment en visant (comme son chef, le Sheikh Nasrallah, en a souvent fait la menace) des objectifs stratégiques tels l’aéroport Ben Gourion ou même le centre nucléaire de Dimona.
Gros inconvénient pour les Iraniens : ce cas de figure provoquerait une réplique encore plus foudroyante de Tsahal qui a déjà annoncé aux dirigeants libanais et chiites que si le Hezbollah relevait la tête en attaquant Israël, les jours de la milice chiite seraient comptés… Sans parler du rasage probable par l’aviation israélienne – bien plus que lors de la 2e Guerre du Liban – des quartiers chiites de Beyrouth, ainsi que des localités et infrastructures libanaises… attendu qu’Israël tiendrait, comme il l’a prévenu, le gouvernement du pays du Cèdre pour responsable de cette escalade. Ce qui déboucherait sur un 3e scénario.

Une « guerre totale » entre l’Iran et Israël
Que le Hezbollah s’en mêle ou pas, cet affrontement direct entre l’Iran et Israël pourrait aussi déboucher sur une « guerre totale » entre les deux pays. Laquelle serait encore plus destructrice et meurtrière que l’hypothèse n°1 de la guerre d’usure dont Israël ne veut pas.
Malgré le déséquilibre des forces en présence (l’Iran a un territoire de 1,65 million de km2 – 2 fois la France ! – et une population de 80 millions d’habitants, alors qu’Israël s’étend sur 21 000 km2 avec 8,5 millions d’habitants), Tsahal dispose d’un atout dont est privée l’armée iranienne : une aviation au « bras long » qui pourrait aisément détruire des objectifs stratégiques de 1er plan et très vulnérables en Iran même, tels le grand port sud-iranien de Bandar Abbas (où transite 90 % du commerce extérieur par containers) et les installations gazo-pétrolières et de l’île de Kharg par lesquelles l’Iran exporte 90 % de ces ressources énergétiques, capitales pour son économie. Israël pourrait aussi attaquer des aéroports irakiens pour empêcher des mouvements d’armes et de troupes iraniennes qui seraient envoyées sur son front-nord.
Reste une inconnue de taille concernant ces trois scénarios : quelle sera l’attitude de la Russie envers l’Iran, surtout en cas de guerre totale ? Richard Darmon