12 Sivan 5778‎ | 26 mai 2018

La fête de Chavouot au féminin : Sacré gâteau au fromage !

Fromages (et calories) en fête
Si vous faites partie des sept Françaises sur dix qui, selon une récente étude de l’Inserm aimeraient vivement perdre du poids, les lignes qui suivent risquent fort de contrarier vos plans. En effet,comme vous n’allez pas tarder à le constater, cette semaine, notre chronique se veut résolument gourmande et va traiter de toutes sortes de délices gastronomiquesbourrés de calories dont la seule évocation aura de quoi vous faire lécher les babines. Et ce, sans le moindre des scrupules pour la fiche Weight Watchers docilement aimantée à la porte de votre réfrigérateur.
Car voyez-vous, très chère lectrice, il va y être question de lasagnes gratinées à la Toscane ; de soufflés aux champignons crème et parmesandorés à point, de gratins dauphinois frétillants de sauce béchamel et, faut-il encore le préciser, de gâteaux au fromage déclinés sous toutes leurs formes et toutes leurs couleurs. Que vous les préfériezcrus ou cuits, confectionnés à base de pâte brisée ou de biscuits spéculoos, ornés de crème chantilly ou plutôt dégoulinants de coulis à la framboise ; il y en aura pour tous les goûts et pour tous les caprices.
Eh oui, vous l’aurez deviné, la fête de Chavouot approche à grands pas, et le moment est venu d’éplucher votrefidèle livres de recettes ou, si vous êtes une milléniale, de suivre à la lettre le tout dernier « tuto » culinaire du tout dernier lauréat de la toute dernière saison de Masterchef.
Et le plus beau dans tout ce superbe festin lacté qui accueillera vos hommes aux visages pâles mais aux yeux lumineux à leur retour de la traditionnelle veillée d’étude, c’est que vous aurez respecté à la fois une coutume juive ancestrale et une injonction talmudique explicite… Allez, avouez ; elle n’est pas belle, notre religion ?!

Qu’ils mangent du « cheesecake » !
Effectivement, nos sages ne recensent pas moins de sept (succulentes) raisons de se délecter de mets lactés lors de la fête de Chavouot. Selon la coutume, certains les consommeront au Kidouch du matin de la fête tandis que d’autres iront jusqu’à leur consacrer un, voire plusieurs repas de fête. Mais le fait est qu’il s’agit d’une coutume solidement ancrée dans notre tradition.
La raison la plus célèbre est que nos ancêtres venaient tout juste de découvrir les lois complexes de la Casherout, notamment l’interdiction de mélanger le lait et la viande, ou la nécessité d’abattre rituellement les bêtes destinées à leur consommation. Ce fameux 6 Sivan, les femmes juives en conclurent qu’elles allaient devoir renoncer à servir ce rôti de veau à la crème au porto qu’elles avaient affectueusement cuisiné en vue du grand jour. Elles se rabattirent donc sur la seule source de protéine ne nécessitant ni abattage ni cuisson ; le lait et le fromage ! (Michna Béroura 494, 12)
D’autres commentateurs soulignent le lien métaphorique qui unit le lait et la Torah ; tout comme ce liquide pare à tous les besoins nutritifs du nourrisson, la loi divine assure l’alimentation spirituelle de notre âme (Imré Noam). C’est d’ailleurs précisément le 6 Sivan que le berceau de Moché fut recueilli par Batya la fille de Pharaon au large du Nil, et à cette même date que le futur dirigeant d’Israël qui refusait obstinément de téter le lait d’une nourrice égyptienne, fut finalement allaitée par sa propre mère ! (Sota p.12/b ; YalkoutIts’hak)
Enfin, on avance également la valeur numérique du mot guevina (fromage en hébreu) qui s’élève à soixante-dix, un clin d’œil aux « soixante-dix facettes de la Torah ». D’où le titre HarGavnounim qui désigne également le mont Sinaï. (Téhilim 68, 16 – BamidbarRabba 13, 15 – Rabbi d’Ostropole).

À quand le« Toraton » ?
Ça c’était pour le volet « coutume ». Mais les sages du Talmud vont encore plus loin. Lorsqu’ils débattent du moyen adéquat de célébrer les principales fêtes juives, certains sont d’avis qu’il faille privilégier le plaisir physique à travers la dégustation de mets raffinés ; tandis que d’autres préfèrent mettre davantage l’accent sur la jouissance spirituelle à travers la prière et l’étude de la Torah. Mais ce qui est très étrange, c’est qu’au sujet de la fête de Chavouot tous les avis s’accordent à dire que le festoiement doit faire partie intégrante de notre célébration. La raison invoquée ? « Car c’est le jour où la Torah fut donnée ». Or si cette réponse a le mérite de satisfaire notre appétit, elle est a priori loin d’apaiser notre étonnement… Puisquecette fête marque le don du cadeau spirituel suprême, notre sainte Torah, pourquoi le Talmud considère le repas de fête comme le moyen le plus approprié de la célébrer ? N’aurait-il pas été plus logique de saluer ce grand jour par des démonstrations d’ordre exclusivement spirituel ? N’aurait-il pas été plus approprié d’organiser un « Toraton », un marathon d’étude de la Torah qui durerait 24h ou 48h avec quelques brèves pauses pour grignoter le proverbial « quignon de pain trempé dans le sel » et se désaltérer avec le frugal « verre d’eau de source » ?
Eh bien non ! Nos sages sont formels et unanimes quand ils nous recommandent de consacrer au moins une partie de cette journée à faire bonne chair. N’est-ce pas intriguant ?

Non à la Torah en mode « martyr » !
En réalité, cette injonction rabbinique résume à elle seule la quintessence du judaïsme. Pour trop de gens,et notamment trop d’enfants, le mode de vie prôné par la Torah s’apparente à une suite interminable de restrictions et de privations, d’interdictions et d’impositions. Mais comme ce même mode de vie, aussi pénible et astreignant soit-il, s’avère être leur passeport pour la félicité éternelle, ces partisans de la « Torah en mode martyr » se résolvent à courber l’échine. Et à souffrir en silence…
La fête de Chavouot est là pour démontrer à ces individus à quel point leur approche est erronée…
Elle est là pour leur montrer que la Torah n’est autre que la clé de leur épanouissement personnel. Loin de réprimer leurs désirs ou d’inhiber leurs besoins, elle a pour seul objectif de permettre à ces derniers de s’exprimer sainement et d’être exploités de la manière la plus significative qui soit.Certes, ce mode de vie implique des renoncements et une forme de discipline inévitable. Mais pour qui refuse de se laisser rebuter par ce carcan apparent, pour qui prend la peine de découvrir la beauté, la profondeur et la pertinence de ces 613 commandements ; il devient évident que la Torah n’est pas seulement un sésame pour le monde futur. Elle est aussi – et peut-être avant tout – le vecteur de notre bonheur et notre épanouissement dans ce monde-ci.

Croquer la vie à pleines dents
Rien ne résume mieux cette vérité fondamentale de notre foi que l’emploi du temps fixé par nos sages pour la fête de Chavouot. Vrai, nos hommes font nuit blanche pour se plonger de plus belle dans les profondeurs sans fin de cette Torah. Mais dès leur retour de la prière, l’heure n’est pas à la frugalité… La preuve ?Nous autres épouses et mères les accueillons avec un grand festin digne de rois. Lasagnes, soufflés, gratins et cheesecake ; nous faisons bombance sans complexes. (Enfin presque…) Comme pour rappeler au monde entier que la Torah est la recette la plus efficace pour croquer la vie… à pleines dents.
Et maintenant, foncez dare-dare vers la rubrique « Recettes » du Haguesher. On vous avait prévenues ; Chavouot et diète ne font décidément pas bon ménage…

(Inspiré d’un article du Rav David Rosenfeld chlitaet des enseignements de son maître RavYo’hanan Zweigchlita.)

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