8 Kislev 5781‎ | 24 novembre 2020

Cinquantenaire En quoi mai 68 et ses répercussions auraient ouvert la voie à la téchouva de certains Juifs ?

Au-delà des commémorations factuelles ou nostalgiques de ce printemps sur les fameux « évènements de mai 1968 » qui ébranlèrent la France et le pouvoir gaulliste pendant plusieurs semaines, Haguesher a voulu mesurer en quoi cette révolte d’abord estudiantine puis ouvrière à laquelle ont participé de nombreux jeunes Juifs de France en auraient poussé certains à revenir, quelques années plus tard, au judaïsme…

« Nous sommes tous des Juifs allemands ! », « CRS – SS ! » : tels étaient les deux principaux slogans souvent scandés dans les cortèges de plus en plus énormes de manifestants en ce début du mois de mai 1968 dans les rues de Paris et des grandes villes de province. Le premier pour s’identifier à l’origine judéo-allemande de Daniel Cohn-Bendit – l’un des trois leaders nationaux de la plus grande révolte étudiante qu’ait jamais connue la France aux côtés d’Alain Geismar (un autre Juif !), et de Jacques Sauvageot – ; le second pour vilipender les « violences policières » et les tabassages de rue contre les manifestants en faisant une assimilation plus que douteuse et démagogique entre les brigades spéciales des CRS et… la Waffen SS, exécutrice des bases œuvres et des horreurs du régime nazi dans l’Europe occupée de 1939 à 1945 !
Il n’empêche : un peu comme aux débuts bolchéviques de la Révolution russe de 1917, cette thématique à « consonance juive » ayant marqué le démarrage de la grande grève étudiante, sera confirmée tout au long de mai et juin 1968 par le nombre important de jeunes Juifs – souvent peu conscients du sens que pouvait avoir leur « origine juive » comme on disait à l’époque ! – qui ont participé à ce grand mouvement de révolte et d’insoumission. Un véritable tremblement de terre social et politique ayant galvanisé des millions de gens de tous âges et conditions, et qui a secoué la France de sa léthargie en voulant consommer la rupture avec le glacis monocorde et hyper-conformiste de la décennie gaulliste et du pouvoir bien trop « personnalisé » du général à la tête de sa Ve République depuis 1958… dont beaucoup avaient « ras-le-bol » (voir l’autre fameux double slogan scandé dans les manifestations ouvrières : « Dix ans, ça suffit ! De Gaulle démission ! »

Un goût très juif pour le changement et le « tout est possible »

C’est que, comme souvent dans les grandes périodes charnières de l’Histoire, les jeunes Juifs – pas toujours renseignés ni fiers de l’être – sont saisis par le puissant souffle de renouveau et de changement balayant les idées et les structures anciennes de la société ! Or, c’est exactement ce qui s’est passé lors des premières journées de mai 1968 quand la grève a pris, comme une traînée de poudre dans les lycées et les universités : le temps bien monotone et discipliné de la « normalité studieuse » (à laquelle bien des Juifs s’identifiaient jusque-là en première ligne) et la longue époque d’un conformisme pédagogique si peu créatif, hérité du siècle précédent, ont soudain volé en éclat en faisant déferler une immense vague – parfois ludique et spontanée – de remises en question tous azimuts.
Et évidemment qu’à cette fête de la « liberté d’expression » qui fit soudain irruption dans une France fossilisée par un conservatisme socio-politique hors-pair, les jeunes juifs ont largement participé parce qu’ils ont senti au fond de leur être la grande respiration novatrice et la quête de vérité humaniste de ce mouvement de révolte qui remettait en question certains fondements de l’ordre établi, considérés jusque-là comme inamovibles : c’est qu’ils avaient eux-aussi été enflammés par l’étincelle du « tout est possible »…, y compris le chamboulement des institutions politiques et donc aussi le renversement du régime gaulliste !

« La question du pouvoir est posée ! »

Le plus intéressant, c’est que cet enthousiasme en faveur d’un changement radical aura perduré chez beaucoup de jeunes, même après l’échec de la plus longue grève générale de l’histoire de France et le sinistre « retour à la normale », fin juin, consécutif aux contremanifestations massives des partis conservateurs, à la proximité des grandes vacances de juillet-août… et aux menaces explicites de De Gaulle de faire donner contre les insurgés l’armée et les chars du général Massu stationnés à Baden-Baden en Allemagne…
En septembre 1968 et tout au long des mois suivants, commença alors l’époque de « l’engagement » de nombreux jeunes Juifs au sein des organisations et groupes de l’extrême-gauche française en pleine effervescence et recomposition aussi bien trotskystes que maoïstes ou libertaires. Ces derniers les attirèrent en prolongeant le dénominateur commun à mai 68 resté vivace dans les cœurs et les esprits qui se résumait alors par cette fameuse formule ressassée pendant toute la décennie suivante au sein de tous ces mouvements où « militèrent » tant de Juifs : « La question du pouvoir reste posée » … même lors des années Pompidou et même sous Giscard d’Estaing !

Quand vient le temps du « retour » à ses racines…

Confrontés à l’issue de cette décennie au caractère utopique, illusoire et éthéré de cette analyse sans prise sur le réel, puis à la « crise du militantisme » et au poignant décalage entre d’une part les nobles aspirations humanistes pour l’égalité véhiculés par ces mouvements et, d’autre part, les comportements parfois douteux voire immoraux de biens des leaders et acteurs de cette pseudo-« révolution en marche », un certain nombre de Juifs radicalisés par mai 1968 qui s’étaient ainsi engagés, commencèrent à se poser des questions de fond, liées à leur authentique quête de vérité…
Parmi toutes ces questions auxquelles la découverte du judaïsme (rendue possible grâce notamment aux œuvres pionnières d’Emmanuel Levinas et de l’Ecole juive de Paris, ainsi qu’au rapprochement et aux actions du Mouvement du kirouv) commença à apporter des réponses-questionnantes : le fameux dilemme (déjà au cœur, pendant la décennie 1958-1968, du fameux « débat pour classes terminales » entre les philosophes Jean-Paul Sartre, devenu communiste stalinien, et Albert Camus, resté un « homme révolté » contre toutes les idéologies) doit-on et peut-on changer d’abord la société pour changer l’homme ? Ou bien faut-il d’abord changer l’homme (et ses « middot » comme le propose clairement le judaïsme) avant de pouvoir espérer réussir un authentique changement de société ?
En fait, c’est sur cette ligne de profond questionnement que beaucoup de Juifs « rescapés » de mai 68 trouvèrent leur voie, en découvrant peu à peu les sens authentiques – souvent diversifiés – portés par leurs « racines juives ». Commença alors pour eux, chacun selon sa voie et chacun selon son âme, le « temps du retour » : retour à « l’éthique juive », retour à la Torah, retour à la Terre d’Israël… Richard Darmon

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