7 Tevet 5779‎ | 15 décembre 2018

Gladys Tibi : « Les besoins des soldats avant tout »

A l’occasion du soixante-dixième anniversaire de l’Etat juif, la présidente du Libi-France, association dédiée au bien-être des conscrits israéliens, fait le point sur son engagement et ses trente-sept années de militantisme.

Haguesher : Comment est né le Libi-France ?
Gladys Tibi : En1980, le Premier ministre Menahem Beginzal et l’ancien chef d’état-major RafoulEytanzal ont décidé de créer le Libi israélien, une structure dédiée surtout, à l’époque, à la bonne intégration dans l’armée des jeunes séfarades défavorisés. Environ un an après, j’étais en vacances à Netanya avec mon mari. Nous avons assisté à un reportage poignant à la télévision : on y voyait un pilote de chasse défiguré par une bombe tenant sa ketouba à la main. Il venait de se marier avec l’infirmière qui l’avait soigné à l’hôpital. Or, le patron de notre hôtel connaissait Menahem Savidorzal, du Likoud, qui présidait la Knesset et avait été nommé à la tête du Libi. En une semaine, le contact a été établi et j’ai réuni plus de deux cents francophones dans une salle de l’hôtel pour une soirée de solidarité avec les soldats. Comment avons-nous fait pour réussir si vite ? Je me le demande encore mais le Libi-France était lancé ! Je précise que depuis trente-sept ans, notre objectif n’a pas changé : aider les hayalim, les recrues et non Tsahal en tant qu’institution. Nouspréférerions d’ailleurs, dans l’absolu, qu’elle n’existe pas parce que nous souhaitons la paix.

– Y a-t-il d’autres antennes du Libi à travers le monde ?
– Aux Etats-Unis essentiellement (même si elle porte un autre nom). On compte aussi deux petites structures équivalentes à Londres et Mexico.

– Comment fonctionnez-vous ?
– Nous sommes une dizaine de militants, sans bureau ni frais d’organisation particuliers, ce qui permet aux donateurs de savoir précisément où va leur argent. Nous créons des aires de repos, des terrains de sport ou espaces de loisirs dans les casernes. Nous avons offert une vingtaine de sifré Torah aux lieux de culte implantés sur les bases militaires. Et nous nous battons pour l’amélioration constante des soins apportés notamment aux grands blessés. Grâce aux bienfaiteurs français, deshôpitaux israéliens sont dotés d’appareils ultra sophistiqués et, vous l’imaginez, très onéreux. Nous avons acheté par le passé des ambulances blindées afin de secourir dans des conditions optimales des soldats touchés sur les lignes de front. Mais jedirais que notre spécialité est la convalescence : nous voulons qu’elle se déroule au mieux pour ceux qui ont perdu un membre ou sont handicapés après une opération sur le terrain qui a mal tourné…

– Que faites-vous pour les olim de France ?
– Beaucoup de choses, bien sûr, sans traitement de faveur par rapport aux autres. Mais voici un exemple qui me tient à cœur : nous finançons des séjours complets dans l’Hexagone pour des hayalimbodedim, c’est-à-direde jeunes Français qui montent en Israël seuls, sans leur famille, et s’engagent dans Tsahal. Ainsi, ilspeuvent utiliser une semaine de repos pour rendre visite à leurs parents et bénéficier gracieusement de toutes sortes d’activités, grâce à nos donateurs, pour oublier le rythme difficile, le stress qui leur sont imposés dans les casernes. Enfin, depuis trois ans, il est possible de parrainer un soldat qui termine sa période de conscription etqui n’aurait pas les moyens d’entamer de longues études universitaires sans labourse que nous lui octroyons.

– Globalement, les associations juives souffrent de problèmes budgétaires dus, entre autres, à l’alyah de donateurs fidèles qui… le sont moins une fois installés en Israël. Est-ce également votre cas ?
– Pas vraiment. Notre gala annuel du mois de décembre connaît toujours le même succès et je passe une grande partie de mon temps en Eretz : je conserve un lien permanent avec nos amis qui ont choisi de vivre là-bas.

Propos recueillis par Axel Gantz