8 Iyyar 5778‎ | 23 avril 2018

Une place d’honneur aux questions de nos enfants

Tout au long de la soirée du Séder, l’activité centrale des parents consiste à répondre aux questions de leurs enfants. Pourquoi ces questions occupent-elles une place si importante ? Les enfants sont notre futur. C’est à eux que nous devons accorder le plus d’attention et c’est au sein de notre foyer, plus que dans n’importe quelle structure ou institution scolaire que nos enfants se forgent une identité et des valeurs. A propos, certains commentateurs font remarquer que la Torah commence par la lettre Beth qui désigne « la maison », car elle prend tout son sens lorsqu’on intègre l’importance primordiale de la famille. Mais pourquoi est-ce spécialement à Pessa’h que nous accordons une telle importance aux questions des enfants ?

Dans notre quotidien, lorsque nos enfants nous posent une question (et bien souvent, dans chaque famille il y a un enfant doué pour poser des questions en permanence…), il est assez fréquent de ne pas y accorder d’attention, de rester indifférents, de donner une réponse banale ou de passer à un autre sujet. Mais pourquoi n’avons-nous pas beaucoup de réponses à apporter à nos enfants ? Par manque de temps, de patience, de disponibilité mais aussi parfois, car, nous ignorons les réponses ou nous ne savons comment les formuler pour les mettre à la portée des enfants. Et, surtout… parce que « nous avons cessé de poser des questions et nous aimerions tant que nos enfants en fassent de même ! Quelle tragédie ! Nous avons sacrifié notre curiosité d’enfant, notre simplicité, sur l’autel de la sophistication intellectuelle » (extrait du Passover Survival Kit Haggadah) A la table du Séder, plus qu’à n’importe quelle autre occasion, nous avons une opportunité unique pour ne pas reproduire cette erreur récurrente ! On éveille la curiosité des enfants, on suscite leur intérêt et on les stimule à poser des questions que nous devons écouter avec la plus grande attention et auxquelles nous tentons de répondre au mieux ! Un « enfant ‘Hakham » vit à l’intérieur de chacun de nous, une voix intérieure recherche le privilège de comprendre chaque aspect du Séder et d’en décoder les significations profondes qu’elles recèlent. Ecoutons cette voix intérieure pour percer les merveilles de la Haggada afin que les messages de Emouna qui abondent tout au long du récit de la sortie d’Egypte soient clairement assimilés et intégrés au plus profond de notre être et transmis à notre progéniture ! L’une de Mitsvot essentielles du Séder est « Véhiguadeta Lébinekha », « tu raconteras à ton fils ». A travers l’histoire de notre peuple, on réalise et on enseigne à nos enfants que notre vie a un sens et, qu’à tous les temps et en tous lieux, l’Histoire suit un plan Divin bien défini.

Par la question, le cœur et l’esprit s’ouvrent pour accueillir la réponse. Or, puisque le message que nous avons à transmettre le soir du Séder est d’une importance capitale, il nous est recommandé de la transmettre sous sa meilleure forme, en ayant donc recours aux questions-réponses. Si nous ne savons pas répondre à une question, soyons francs en félicitant notre enfant pour sa question et n’oublions pas d’entreprendre les recherches nécessaires pour lui fournir une réponse adéquate !

Une bonne attention et une marque de respect accompagnées d’une explication adéquate à ses questionnements est bien plus que l’adéquation technique d’une réponse à une question… Notre réaction aux questions des enfants peut être décisive pour orienter l’enfant vers une meilleure approche de la Torah et des Mitsvot, lui donner goût d’apprendre, de découvrir davantage et de susciter en lui le désir de grandir spirituellement.

Juste une petite anecdote en guise d’illustration. On raconte à propos du Rav Borodiansky Zatsal (auteur du « Binyane Ephraïm ») qui, jeune garçon, fréquentait l’école publique en Russie. Un jour, il participa à un cours de Guemara dispensé régulièrement à un groupe d’enfants. Après avoir attentivement suivi le cours, le jeune garçon aborda le maître pour lui poser une question sur le sujet traité, et le Rav de répondre : « En Guemara, on ne pose pas ce type de questions ». Le garçon en avait déduit que l’étude du Talmud ne lui correspondait pas et bien entendu, il n’était plus tenté à renouveler son expérience. Quelques semaines plus tard, il eut l’occasion de rencontrer un Talmid ‘Hakham et il n’hésita pas à lui poser la question qui l’avait perturbé lors de l’unique cours de Guemara auquel il avait assisté. Ce Rav se montra très enthousiaste et fort impressionné par sa question, il le combla d’éloges en lui faisant remarquer que cette question avait été soulevée par les A’haronim. La réaction de ce Rav fut si marquante qu’elle stimula le jeune garçon à s’investir dans l’étude de la Torah et à devenir, par la suite, un grand érudit…

Si nous réalisions les retombées de l’accueil que nous offrons aux questions de nos enfants… nous trouverions le temps d’apprécier leurs questions parfois « embêtantes », d’être à leur écoute et de leur fournir des bonnes réponses ! Alors, « ne loupons pas le coche » ce Pessa’h et préparons-nous convenablement pour le Séder !

Yokheved Levy

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