7 Tevet 5779‎ | 15 décembre 2018

Succès foudroyant pour le nouvel oulpan de Chelles

Déjà quarante-sept étudiants dans cette petite communauté de la grande banlieue Est. En à peine plus d’un trimestre, l’apprentissage de l’hébreu moderne a donné un souffle prometteur et rafraîchissant à la vie juive locale.

 

Albert Benchitrit est à la tête de la communauté consistoriale de Chelles, en Seine-et-Marne depuis 2015, mais participe activement à l’administration du culte local depuis près de huit ans. Le monde (juif) est petit puisque son frère Jacques n’est autre que le président de la synagogue de Chevilly-Larue, dans le Val-de-Marne, dont Haguesher s’est fait récemment l’écho à l’occasion d’une hakhnassat Séfer-Torah. Aucun rabbin n’exerce dans la ville, mais les deux cents à deux cent cinquante familles juives de Chelles disposent d’un ‘hazan et ministre-officiant en la personne d’Ilan Lévy. Malgré l’absence de restaurants ou magasins casher, on dénombre tout de même une cinquantaine de fidèles dans la choule le Chabbat matin. « Et il y a minyan les jours de sortie du Séfer : les lundis, jeudis, pour Roch ‘Hodech et les fêtes », précise Albert Benchitrit.

La démographie juive, ici, est paradoxalement stable. Les bacheliers quittent massivement ce secteur de la grande banlieue Est pour étudier ailleurs puis construire leurs vies à Paris, Londres, New York ou… Tel-Aviv. Beaucoup de retraités naviguent entre Chelles et Israël, où certains ont acquis un bien foncier. En même temps, la proximité du bassin d’emploi de Marne-la-Vallée, une offre diversifiée en zones pavillonnaires et des prix immobiliers plus que raisonnables, attirent nos coreligionnaires dans la région, avec l’arrivée de jeunes couples, évitant le déclin redouté par les responsables de la communauté.

Et puis, il y a un noyau dur de très pratiquants qui achètent leurs produits casher un peu plus loin et n’hésitent pas à envoyer quotidiennement leurs enfants à l’école de l’Alliance de Pavillons-sous-Bois, située pourtant à neuf kilomètres de là. Une dizaine d’élèves sont concernés.

Ce qui a vraiment dynamisé la vie juive ces derniers mois, c’est la réussite inattendue et fulgurante des trois classes d’oulpan ouvertes en vertu de l’accord de 2015 entre l’Organisation sioniste mondiale (OSM) et le Consistoire. Les cours ont commencé en octobre 2017 et les inscrits sont déjà… quarante-sept ! Selon Albert Benchitrit, ils ont été surtout convaincus par la nécessité de s’exprimer enfin correctement dans une langue qui leur est d’autant plus utile que la proportion de Chellois – quel que soit leur âge – voyageant régulièrement en Eretz ne cesse de croître, notamment pour raisons familiales. Il semble, en outre, que le score de Marine Le Pen au scrutin présidentiel de 2017 ait frappé les esprits, de sorte que chacun a le sentiment que « les valises doivent toujours être prêtes » pour s’envoler vers l’Etat juif, au cas où…

Le président de la communauté insiste également sur la manière dont il a « négocié » avec l’OSM : « Je tenais à un enseignement vivant et efficace permettant de dialoguer au plus vite, nous dit-il. J’ai demandé à mes interlocuteurs de laisser de côté les interminables études de textes, apprentissages grammaticaux ou littéraires habituels dans telle ou telle classe d’hébreu moderne. J’ai obtenu ce que je voulais avec Adi Weizman, notre professeure, israélienne bien sûr, adorable, adorée et focalisée sur les mots de la vie quotidienne. Et ça marche, puisque les gens en redemandent. On planche le mercredi et le dimanche. Certains habitants d’autres villes viennent d’ailleurs de loin pour assister aux cours du week-end. Ils rendent visite à leurs parents ou grands-parents ce jour-là et en profitent pour bénéficier des prestations d’Adi, dont la réputation s’étend à vitesse grand V ! »

Axel Gantz