11 Heshvan 5779‎ | 20 octobre 2018

La fête de Pessa’h au féminin

Développement personnel, éducation des enfants, thérapie de couple et même… conseils diététiques. Loin de simples rituels folkloriques, les différentes mitsvot qui jalonnent la fête de Pessa’h véhiculent, chacune à leur façon, une leçon de vie profondément enrichissante. 3329 ans après la sortie d’Égypte, la Haggada n’a rien perdu de son actualité…La bougie qui ne fera pas long feu Les restes de ‘Hallot de Chabbath. Cette boîte de lasagnes que vous vous étiez pourtant juré de « liquider » avant Pessa’h. Les mèches de la ‘Hanoukia. Les loulavim desséchés de Soukkot. Ces fameux dix bouts de pain triplement (et hystériquement) emballés dans des mouchoirs en papier. Vous l’avez deviné ; cet assortiment pour le moins hétéroclite désigne tous les objets et aliments que vous ne devez surtout, mais alors surtout pas, oublier de remettre à vos hommes pour que ces derniers les jettent dans le grand feu de Biour ‘Hamets. Mais saviez-vous qu’à cette longue liste, certains de nos coreligionnaires ont la coutume d’ajouter la bougie qui a servi juste la veille à la Bédikat ‘Hamets, la chasse au ‘Hamets traditionnellement effectuée à la lueur de la bougie. Craindrait-on que des miettes de pain se soient par inadvertance mélangées à la cire ? Bien sûr que non ! Car comme toute femme juive qui tient à sa santé psychologique le sait, les miettes ne sont pas du ‘hamets, et vos enfants (et maris) ne sont pas des korban Pessa’h. Mais alors à quoi rime cette exigence surprenante ? L’Admour de Vizhnitz, à qui l’on posa une fois la question, fournit à ses ‘hassidim la réponse édifiante que voici : cette bougie n’a servi qu’à un seul et unique objectif : rechercher du ‘hamets. Or un objet dont la seule raison d’être est de traquer des éléments négatifs –  en l’occurrence les petits-beurre semés par vos tout-petits dans tous les coins et recoins de votre maison – a automatiquement perdu son droit à l’existence. La sentence que nous lui réservons sera donc des plus impitoyables : nous la brûlons sur le bûcher ! La symbolique de cette bougie est très puissante : un esprit qui rumine sans arrêt des pensées négatives ou une bouche qui passe le plus clair de son temps à proférer des remarques acerbes n’ont tout bonnement pas leur place dans un foyer juif. Et comme le martèle la célèbre auteure et psychologue Sara ‘Hanna Radcliffe ; si critique vous devez à tout prix émettre, celle-ci doit absolument être précédée ou suivie de trois commentaires positifs. Conclusion, si vous avez tout un tas de remarques à faire mais strictement rien de positif à l’esprit pour amortir le choc, notre petit conseil : ayez une pensée émue pour cette malheureuse bougie de Bédikat ‘Hamets qui n’aura pas fait long feu chez vous. Profession : graveur de cœurs Quatre coupes de vin. Trois portions de pain azyme. Deux bouquets d’herbes amères. Et un repas de fête. Décidément, le soir du Séder de Pessah, les mitsvot ont la côte. Mais la palme de ces injonctions divines revient sans conteste à un commandement qui n’a ni mesures ni limites : le sipour yétsiat mitraïm, le récit de la sortie d’Égypte à nos enfants. À ce propos, le rav Yossef Soloveïtchik remarque que le terme sipour(récit), est issu de la même racine que le mot sofer, un scribe, ou celui de séfer, qui renvoie à un livre ou à un manuscrit. Car le soir du Séder, nous autres parents juifs, enfilons une nouvelle casquette ; celle de sofrim–  de scribes. Quant à nos enfants, ils incarnent le séfer–  le manuscrit sur lequel nous graverons la beauté de notre histoire sacrée. Dans une même veine, le Midrach nous révèle que lorsque Moché Rabbénou quitta ce monde, une voix céleste s’éleva : « Moché est mort, l’illustre scribe d’Israël. » (Yalkout Chimoni, Vézot Habérakha, Remez 962) Or ce qualificatif force l’étonnement. L’attribut le plus marquant de Moché Rabbénou fut-il celui d’avoir écrit les rouleaux de la Torah ? N’aurait-il pas été plus élogieux de l’appeler « berger d’Israël » ou « fidèle serviteur » ? En réalité, la véritable prouesse de Moché Rabbénou fut d’avoir écrit la Torah non pas sur les parchemins sacrés mais plutôt sur les cœurs de tous les membres de son peuple. Par son

enthousiasme contagieux, il parvint à graver la sagesse de la Torah sur l’âme même des enfants d’Israël. Et il le fit d’une telle manière que chaque génération serait à même de la transmettre à la suivante. Dans beaucoup de familles, le soir du Séder se transforme trop souvent en un récital ininterrompu de commentaires et élucubrations savantes sur la Haggada. N’oublions pas qu’à l’instar de Moché Rabbénou, notre rôle de « scribes » a pour support les cœurs et les esprits de nos enfants. Et non pas le papier vélin de leurs cahiers de pirouchim sur la Haggada de Pessa’h.Docteure Matsa, une conseillère conjugale à domicile Les secrets d’une Matsa cachère ne sont pas sans rappeler ceux d’un mariage heureux. C’est ce que suggèrele Dr ‘Hani Maybruch, une conseillère conjugale et madri’hat kalla, qui s’est fixée pour mission d’aider les jeunes (et les moins jeunes) à enrichir leur vie de couple. Premier point commun : confectionner une Matsa dans les règles de l’art et de la cacherout nécessite de bonnes doses d’huile de coude. Parce qu’en moins de dix-minutes, il vous faut réussir l’exploit de pétrir la pâte, l’étaler le plus finement possible, la piquer avant d’enfourner vos galettes. De même, on ne peut réussir son couple en restant les bras croisés. Il faut être prêt à investir et surtout à s’investir. Quelques conseils choisis de Maybruch en la matière : consacrer des heures fixes pour passer des moments de qualité ensemble ; se concentrer sur ce que nous pouvons apporter à l’autre et non pas l’inverse ; et last but not least, être prête à se dévoiler progressivement à l’autre au risque d’en devenir quelque peu vulnérable. Deuxième comparaison : le levain que nous bannissons à Pessa’h représente l’orgueil et l’égocentrisme, deux vilains défauts qui sont à l’origine de bien des scènes de ménage. À l’inverse, la Matsa qui est un aliment plat et sans prétentions, est un puissant symbole d’humilité. Apprendre à reconnaître ses erreurs, avoir le courage de s’excuser et ne pas sentir que tout nous est dû sont autant de qualités indispensables à une vie de couple harmonieuse.  Troisième ressemblance : à l’instar de la Matsa qui présente une texture bosselée et rugueuse, chaque couple digne de ce couple connaît des hauts et des bas. Pourtant, souligne la conseillère conjugale, ces conflits et désaccords qui se présenteront inévitablement ne sont pas les symptômes d’un couple désuni. Ils ne font que résulter de la rencontre de deux éducations différentes, de deux modes de pensées distincts et… de deux planètes opposées. Mais si les deux conjoints parviennent à les régler dans le calme et le respect, leur relation n’en sera que davantage soudée.Et si vous perdiez du poids ce Pessa’h ? Les dégâts commencent par ces michlo’hé manot que vous devez absolument finir avant Pessa’h. Ils continuent avec ces kilos de spaghettis que vous devez en toute urgence écouler avant la fête. Ils se poursuivent de plus belle par sept ou huit jours de fête et festins. Et ils se terminent en beauté par la mimouna et son florilège de pâtisseries sucrées. Mais le lendemain, sur l’écran de votre pèse-personne, l’adition sera salée. Pourtant, prendre du poids à Pessa’h ne fait pas partie des mitsvot du jour. Bien au contraire, le message principal de la fête semble faire peser la balance du côté inverse. Le Ramhal (Rabbi Moché ‘Haïm Luzzato) écrit que le levain est l’ingrédient qui confère au pain toute sa saveur et son élasticité. En nous privant de cet aliment pendant toute la durée de la fête, nous prouvons notre ferme volonté de maîtriser nos désirs physiques dont celui de la bonne chère. (Dérekh Hachem, 4, 8, 1) Une idée à garder en tête quand il s’agira de résister à la tentation d’une énième Matsa généreusement tartinée de ‘harosset.

Inspiré de plusieurs articles du site Aish.fr