5 Av 5778‎ | 17 juillet 2018

Pourquoi la crise politique actuelle peut conduire à des élections anticipées

De semaine en semaine les turbulences au sein de la classe politique sont de plus en plus fortes. Et les indices sur l’imminence d’une fin de règne de Binyamin Nétanyaou semblent se multiplier. Et il va sans dire que les affaires judiciaires qui empoisonnent la vie du Premier ministre ne sont pas étrangères à la crise politique qui secoue actuellement la coalition. Analyse.

Nous l’avons déjà expliqué dans ces colonnes. En 2008 Ehoud Olmert a été contraint de démissionner de son poste non pas à la suite d’une condamnation par la Justice israélienne, ni après avoir été inculpé de corruption par le conseiller juridique du gouvernement. Non, Olmert a été « lâché » avant tout par celui qui était alors le principal partenaire de sa coalition, Ehoud Barak qui avait alors réclamé sa démission. C’est donc la dynamique politique, bien plus leste et rapide que la dynamique juridique qui a finalement, eu raison d’Olmert. Il n’est pas impossible que 10 ans plus tard nous soyons en train de revivre actuellement un « remake » modifié et adapté d’un tel cas de figure. Jugez plutôt : De prime abord, rien ne semble justifier les exigences posées ces derniers jours par les différentes formations de la coalition autour de ce que les médias israéliens ont qualifié de dossier du non-enrôlement des élèves des yéchivot. Dans l’absolu, les partis orthodoxes ont jusqu’en septembre
prochain pour faire voter un amendement à cette loi visant à leur permettre de contourner légalement les diktats souvent hostiles de la Cour Suprême à ce propos. Et ils peuvent donc jusque-là patienter. D’autant plus que le parti Chas doit absolument se renforcer électoralement avant de se
lancer dans une campagne. Dans l’absolu aussi, Moché Kahlon le ministre des Finances n’a absolument aucune raison sensée d’exiger le vote de la loi sur le budget de l’Etat avant le 15 mars, date du départ en vacances de la Knesset. On ne compte plus, en Israël, le nombre de fois où le bud
get de l’Etat a été voté le dernier jour de l’année civile et même parfois après. Qui plus est, son parti Koulanou est au plus bas dans les sondages et Kahlon lui-même n’a pas encore réellement tiré les fruits de sa politique sociale et de son grand plan de réduction du coût des appartements. Il n’a donc aucun intérêt à provoquer des élections anticipées. Idem pour Lieberman. Si ce n’est son mépris pour le monde orthodoxe, le ministre de la Défense sait que son parti risque de sortir affaibli d’une nouvelle consultation électorale. Alors pourquoi a-t-on le sentiment que toutes ces formations sont prêtes à aller très loin dans cette crise ? Pour répondre à cette question, il faut suivre de plus près le comportement des formations orthodoxes, en tentant de faire abstraction de la « couverture » journalistique souvent hostile dont elles font l’objet. Depuis quelques semaines, les partis orthodoxes Chas et Judaïsme unifié de la Torah ont le sentiment de s’être fait duper par le Likoud et le reste de la Coalition.

Depuis le début de l’actuel gouvernement, les députés orthodoxes ont été contraints, pour respecter la discipline des coalitions de voter des lois qui n’étaient pas de leur goût. Ils l’ont fait sans se plaindre. Par contre ils ont constaté avec amertume qu’Israël Beiténou, lui, n’avait pas du tout été sanctionné pour avoir voté, il y a un peu plus d’un mois, contre la loi sur la fermeture des Superettes le chabbat si important pour le monde de la Torah. Et ce n’est pas tout : au sein même du Likoud des voix se sont fait alors entendre sur les « dégâts » causés par le soutien du grand parti de Droite à la loi sur les superettes. Et des députés Likoud ont accusé les ‘harédim de consolider avec leur projets de loi, le soutien au parti laïc de Yech Atid. Pourquoi donc, les orthodoxes seraient-ils les seuls à respecter la discipline coalitioniste. Derrière l’acharnement du rav Yaacov Litzman à aller jusqu’au bout dans cette affaire se cache un sens politique aigu. Souvent les formations orthodoxes ont senti venir des tsunamis politiques avant les autres. Il n’est pas impossible que le « Judaïsme unifié de la Torah » dispose d’éléments liés aux affaires judicaires du Premier ministre suffisamment crédibles pour leur permettre de penser que l’on s’achemine irrémédiablement vers la chute du gouvernement. Dans un tel contexte, ils tentent de sauver « leurs meubles » et de faire voter tant qu’il est temps les projets de loi qui sont prioritaires pour eux, comme cet amendement à la loi sur le non enrôlement des élèves des yéchivot. Peut-être également que Moché Kahlon, qui a un excellent flair politique, est lui aussi parvenu à cette même conclusion que l’on va vers des élections et peut-être même d’ici le mois de juin ! Voilà pourquoi cette crise qui, dans d’autres circonstances aurait été facilement maîtrisée, prend aujourd’hui une telle ampleur. Certains ont affirmé, au cours des derniers jours, que derrière le rav Litzman et Moché Kahlon c’était Binyamin Nétanyaou lui-même qui tirait les ficelles de cette crise et qui secrètement souhaitait face à la multiplication des témoins à charge dans les enquêtes le concernant entraîner la classe politique dans un nouveau tourbillon électoral, dans le seul objectif de prouver qu’il conserve malgré tout, la confiance du peuple. Ce scénario paraît trop comploteur pour être vrai. Quoi qu’il en soit et comme toujours en politique israélienne il faudra attendre la dernière minute, c’est à dire le 14 mars en soirée pour savoir si la crise est jugulée ou bien si le pays va vers de nouvelles élections.

DANIEL HAÏK