8 Tammuz 5778‎ | 21 juin 2018

Pour Jean-Marie Le Pen, Pétain est un « héros »

Il n’était jamais allé aussi loin dans l’apologie du régime de Vichy, pas même dans l’hebdomadaire fascisant et obsessionnellement antisémite Rivarol. Philippe Pétain « n’a pas failli à l’honneur en signant l’armistice » de 1940 et « en tentant par la suite de protéger les Français », tandis que le général de Gaulle « reste une horrible source de souffrance pour le pays », a écrit Jean-Marie Le Pen dans le premier tome de ses Mémoires, intitulé « Fils de la nation » et paru fin février. Rappelons que c’est précisément sa défense des collaborateurs dont Pétain était le chef, dans une interview accordée à Rivarol, qui a valu au vieux leader d’extrême droite son éviction du FN et sa rupture avec sa fille Marine, il y a près de trois ans.

Suite du commentaire historique en question dans ce livre sulfureux, dont les médias ont fait leurs choux gras dès la mi-février : « L’opinion majoritaire était d’ailleurs que la France avait besoin d’une épée et d’un bouclier contre les Allemands et je l’ai partagée longtemps, jusqu’au jour où l’écoute de la radio de Londres m’en détrompa. Il m’apparut vite que pour les gaullistes de micro, l’ennemi était à Vichy plus qu’à Berlin. Les Français parlaient aux Français pour leur enseigner davantage la haine du maréchal que celle d’Hitler. J’en fus atterré. Je ne comprenais pas pourquoi. La raison était pourtant simple : il fallait que de Gaulle abaissât Pétain pour monter lui-même ». Le « menhir » raconte encore qu’en apercevant le général pour la première fois, en 1945, il lui a semblé « laid » et n’avait « pas la tête d’un héros », contrairement au vainqueur de Verdun qui, lui, était « beau ».

Jean-Marie Le Pen justifie aussi la torture pratiquée par l’armée métropolitaine pendant la guerre d’indépendance algérienne – en prétendant sans convaincre n’y avoir pas participé lui-même.

A quelques jours du congrès du Front national (les 10 et 11 mars à Lille), ces nouvelles provocations ont alimenté la polémique interne qui couve au FN entre les amis de Marine Le Pen et ceux qui rêvent de l’évincer pour revenir aux « fondamentaux » du parti, autrement dit au néofascisme et aux saillies ou allusions antisémites qui ont émaillé la carrière du fondateur du mouvement, aujourd’hui ostracisé et en guerre contre sa fille.

Axel Gantz

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