15 Iyyar 5779‎ | 20 mai 2019

Communauté de Creil : un anniversaire doux-amer

 

La synagogue fête son cinquantenaire le 25 février. Malgré ses efforts, le président de la communauté, Simon Lezmi, ne cache pas son désarroi. Il se souvient d’une époque où le talmud Torah comptait une cinquantaine d’inscrits, contre trois actuellement.

 

Cinquante ans jour pour jour après son ouverture, en 1968, la synagogue de Creil (Oise) célèbre son jubilé le dimanche 25 février, en présence du grand rabbin de France, Haïm Korsia, de représentants des différents cultes et d’élus. La choule contient cent cinq places assises et devrait être pleine.

Pour le président de la communauté (depuis septembre 2016), le dentiste Simon Lezmi, cette manifestation permettra à la fois « de montrer que nous sommes toujours là, en dépit d’une érosion démographique continue, et d’exprimer un certain désarroi auprès de nos coreligionnaires de la ville et des environs – autour de cent soixante-dix familles. Nous souhaiterions les voir davantage, pas seulement à Kippour, et espérons aussi plus de générosité afin de pallier nos difficultés budgétaires ».

Cela dit, le judaïsme reste bien vivant ici, avec une quinzaine de fidèles masculins le Chabbat matin et presque autant de femmes, « de plus en plus nombreuses », se félicite Simon Lezmi dont l’épouse a grandi à Creil, comme lui. Joëlle Lezmi est à la tête de la WIZO, à l’échelon national.

La communauté a été fondée par le rav Jacques Nezri zal, décédé il y a neuf ans. Il n’a pas été remplacé : c’est le ‘hazan Arié Berdugo qui anime l’office et enseigne les rudiments du kodech aux trois élèves du petit talmud Torah. Ils étaient une cinquantaine il y a vingt ans… Quand le docteur Lezmi était jeune, les Eclaireurs israélites (EI) de l’Oise étaient très actifs et lui-même y a « fait ses classes ». Tout cela appartient à une époque révolue.

Il n’empêche que le noyau dur du judaïsme local propose des événements culturels réguliers et des séoudot collectives qui rencontrent parfois un franc succès, comme celle de Tou Bichvat qui a réuni un peu plus de quarante convives. Des collaborations, encore insuffisantes, existent avec les communautés voisines de Beauvais et Compiègne. Le plus encourageant est peut-être le nouvel oulpan, ouvert grâce à l’accord passé entre les institutions juives hexagonales et l’Organisation sioniste mondiale (OSM) en 2015. Il ne fonctionne que depuis quelques mois mais accueille déjà onze personnes.

Si les Juifs du cru achètent volontiers leurs produits casher à Sarcelles, en revanche le chemin à parcourir au quotidien pour les enfants serait trop long et mal sécurisé. Du coup, les écoles de la « petite Jérusalem » ne reçoivent aucun élève de Creil, selon Simon Lezmi. Cet éloignement est d’ailleurs l’une des raisons qui poussent la grande majorité des jeunes à quitter ce secteur du sud de la Picardie pour s’installer à Paris ou en banlieue proche après leurs études universitaires. Certains réalisent leur alyah, mais notre interlocuteur insiste sur l’absence de menaces antisémites sérieuses dans la région. Les tensions des années 2002-2003 consécutives à la seconde Intifada représentent un mauvais souvenir mais les relations avec les responsables de la mosquée, située à deux pas de la synagogue, sont désormais au beau fixe : « La chute démographique que nous déplorons, commente le docteur Lezmi, est due avant tout à la volonté de se rapprocher des bassins d’emplois et des lieux plus richement dotés sur le plan juif ». Un phénomène observable dans de nombreuses villes françaises.

 

Axel Gantz