6 Shevat 5781‎ | 19 janvier 2021

Sortie de la biographie du grand rabbin Henri Schilli zal, ancien directeur de l’Ecole rabbinique de France

« Mon père était un rassembleur qui aimait les Juifs et les rapprochait de la Torah »

Le lundi 5 mars prochain se tiendra à la synagogue du Séminaire Israélite de France, 9 rue Vauquelin, une soirée d’hommage au grand rabbin Henri Schilli mythique directeur du Séminaire Israelite de France, à l’occasion de la sortie de la biographie que lui a consacré Daniel Haïk : « De la tourmente à la reconstruction » (Edition Inpress), parue récemment. Cette soirée se tiendra en présence des grands rabbins de France Haïm Korsia et de Paris Michel Gugenheim, du président du Consistoire Joël Mergui et également des grands rabbins Alain Goldmann, gendre d’Henri Schilli et de l’actuel directeur du SIF, le grand-rabbin Olivier Kaufmann, son petit-fils et donc successeur. A cette occasion Haguesher s’est entretenu avec Jacques Schilli, le benjamin des enfants du grand rabbin Schilli qui a porté avec sa sœur aînée Nicole Naouri, ce projet à bout de bras. 

 

Haguesher : Jacques Schilli, votre père le grand rabbin Henri Schilli qui a été pendant 25 ans le directeur du Séminaire rabbinique de France est décédé il y a plus de 40 ans. Pourquoi avoir attendu si longtemps pour prendre l’initiative de rédiger sa biographie ?

Jacques Schilli : L’un des amis intimes de mon père, Robert Sommer avait dit peu après son décès à son propos : « Nous ne savions pas qu’il était si grand tellement il tenait à passer pour petit… Pour lui, la modestie n’était pas une attitude mais le fond de son être ». Nous, ses enfants, nous sommes rendus compte au fil des années de l’influence déterminante que notre père a eu, toute sa vie durant, sur de très nombreuses personnes qui aujourd’hui encore se réclament et se souviennent de son enseignement. Lorsque nous avons pris conscience de ce qu’il a représenté pour le judaïsme français, nous avons décidé, ma sœur Nicole et moi, de faire écrire l’histoire de cette personnalité hors du commun par Daniel Haïk. Je dois avouer que les témoignages recueillis lors de la préparation de ce livre nous ont confortés dans ce sentiment.

– Comment définiriez-vous sa personnalité ?

– Mon père était avant tout un résilient. Bien qu’ayant été orphelin très jeune il n’était pas amer. Face aux épreuves de la vie, il avait la capacité d’aller de l’avant et de dépasser les difficultés. Il était rabbin dans l’âme, et dès l’adolescence a eu la vocation rabbinique. Durant toute sa vie, il n’a cessé d’aller au-devant des autres, pour les aider et leur transmettre le message d’un Judaïsme bienveillant, sans compromis avec la Halakha mais également sans la moindre volonté d’exclusion. Il était d’ailleurs aimé et respecté dans les milieux juifs les plus assimilés comme dans le monde orthodoxe et a été également une sorte de pont entre un judaïsme français plus « libéral » tel qu’on le connaissait avant-guerre et un judaïsme orthodoxe mais tolérant qui est celui porté aujourd’hui par exemple par le Consistoire. A cet egard, notre père était incontestablement un rassembleur. Enfin c’était un homme courageux, comme le prouve son action pendant la Shoah en tant qu’aumônier des camps d’internement alors qu’il a pu secourir et sauver de nombreux Juifs. Il y avait chez notre père un mélange rare d’Emouna inébranlable, de bonté, de courage et d’humilité.

–  Qu’est ce qui a changé au Séminaire rabbinique sous la direction de votre père ?

– Chaque directeur de cette vénérable institution a apporté son empreinte. Celle de mon père, se caractérisait, je le crois, par sa proximité et sa disponibilité pour ses élèves. Au lendemain de la Shoah, il semble qu’il ait tout de suite compris l’ampleur de la catastrophe qui avait frappé le Judaïsme français et s’est mobilisé sans relâche pour raviver auprès de jeunes le message identitaire et profond du judaïsme et pour susciter des vocations de futurs cadres de la communauté. A l’Ecole rabbinique, il a notamment introduit dans le cursus des études, une année obligatoire dans une Yeshiva en Israël ce qui était tout à fait nouveau.

Propos recueillis par M.S.

 

Biographie express du grand rabbin Henri Schilli

Le grand rabbin Schilli naît en 1906 à Offenburg (Allemagne). Orphelin, il est placé, en 1918 à l’orphelinat des Cigognes à Haguenau. En 1921, il entre à l’école préparatoire du Séminaire rabbinique et obtient le diplôme de rabbin en 1931. Rabbin de la synagogue du Raincy puis de celle de la rue St Isaure avant-guerre. En 1940, il devient rabbin de Montpellier et aumônier de camps d’internement de la zone sud. Fin 1943, il succède au grand rabbin René Hirschler déporté sans retour, au poste d’aumonier général des camps d’internement de la région. En 1951, il est nommé directeur de l’Ecole Rabbinique et devient avec Jacob Kaplan grand rabbin de France par intérim durant deux ans. Il sera pendant 25 ans le directeur du Séminaire Israélite de France, fonction qu’il occupera jusqu’à sa mort prématurée en 1975. Il repose au cimetière juif d’Obernai. Avec son épouse Simone née Lehmann ils ont eu six enfants. Deux de leurs petits-enfants, Maître Ariel Goldmann et le grand rabbin Olivier Kaufmann occupent aujourd’hui d’importantes fonctions communautaires.

M.S.