6 Tammuz 5778‎ | 19 juin 2018

L’histoire de la semaine – Vision : 10 sur 10 !

La prochaine fois que tu « décrocheras en cours », au lieu d’envoyer des coups de coude à ton voisin ou ta voisine qui boit sagement les paroles du prof, je te propose de réaliser la petite expérience suivante. Compte le nombre total d’élèves qu’il y a dans ta classe et écris-le sur un petit bout de papier – pas sur la marge de ton cahier sinon ça risque de nous faire des ennuis à tous les deux…

(J’en profite pour te rappeler que chez nous les juifs, on ne compte pas ses coreligionnaires avec des chiffres mais avec des versets de la Torah. À ce propos, un passouk très pratique en la matière est celui de « Hochia et amekha ouvarekh et na’haletekha our’em vénass’em ad haolam » qui compte très exactement 10 mots. Cette méthode de recensement prend un peu plus de temps que la normale, et cela tombe merveilleusement bien, puisque tu cherches justement à tuer le temps au lieu d’écouter sagement le cours…)

Tu as fini de compter sans t’embrouiller avec le passouk ? Très bien. Maintenant tu vas recompter uniquement les élèves qui portent des lunettes. Une fois chose faite, il ne te reste plus qu’à diviser le nombre obtenu par le nombre total d’élèves dans ta classe et à le multiplier par 100. (Un conseil : ne sors pas ta calculatrice, c’est trop risqué). Tu as terminé ? Félicitations. Tu viens d’obtenir le taux de détenteurs de lunettes dans ta classe. Par exemple, si vous êtes 27 élèves dans la classe dont 13 qui portent des lunettes, ce taux serait de 48 %.

Pour ta gouverne, le taux de détenteurs de lunettes en France avoisine les 66 %. Ce qui signifie qu’un Français sur trois souffre de troubles de la vue. Et ce qui signifie aussi que les ophtalmologues et les opticiens ont beaucoup de boulot sur la planche pour aider tous ces gens à avoir une bonne vision.

En revanche, ce que ces statistiques sont incapables de nous dévoiler, c’est le nombre de personnes atteintes d’un trouble bien plus sévère ; celui du ayin ra’a, le « mauvais œil ». Et ça, malheureusement, c’est un problème de vue qu’aucune paire de lunettes ne pourra jamais corriger.

Mais ne soyons pas pessimistes. Parlons plutôt de l’inverse de ce trouble, à savoir, le ayin tova, le « bon œil ». Connais-tu ses « symptômes » ? Pour commencer, c’est l’art d’observer les personnes et les choses qui nous entourent avec un regard positif et optimiste. C’est aussi la capacité à se montrer généreux avec notre entourage, et de les faire profiter de nos qualités et de nos possessions. Last but not least, c’est l’aptitude ô combien difficile à se réjouir sincèrement de leur bonne fortune. Mais la bonne nouvelle, c’est que si tu parviens à développer ce fameux « ayin tova » en toi, eh bien tu verras constamment la vie en rose.

Voici maintenant une petite histoire qui nous prouve l’importance de développer son ayin tova même – et surtout – si on s’avère être le meilleur spécialiste de la vue !

*           *           *

Un jour, un ophtalmologue juif très réputé vient consulter l’Admour de Gour, Rabbi Pin’has Ména’hem Alter zatsal, pour lui demander une bénédiction.

« Rabbi, déclara l’homme, dans quelques jours, je dois me rendre à l’étranger pour intervenir lors d’une conférence internationale des spécialistes de la vue. Je voudrais que le Rabbi m’accorde sa bénédiction afin que mon voyage se déroule sans encombres, mais aussi afin que je puisse faire un kidouch Hachem lors de la conférence. »

Le Pné Ména’hem, c’est le titre habituellement donné à l’Admour de Gour, lui accorda bien volontiers une chaleureuse bénédiction. Puis il tint à ajouter une requête spéciale à l’adresse de l’ophtalmologue : « Lorsque tu prendras la parole au cours de la conférence, je veux que tu préviennes l’audience que tu aimerais leur transmettre un message spécial de la part de ton Rabbin en Israël. »

Et le saint homme de poursuivre : « Voici le conseil que je voudrais que tu leur délivres de ma part : parce que vous consacrez votre existence à soigner ou à améliorer la vue des hommes, il convient tout particulièrement que vous développiez votre faculté à observer votre prochain avec un œil positif, généreux et bienveillant. Et par-dessus tout, vous devez veiller à toujours faire profiter la communauté scientifique des éventuelles découvertes que vous pourriez faire au lieu de les garder pour vous-mêmes. »

Si notre ophtalmologue doutait fort que les sommités mondiales réunies pour écouter les toutes dernières découvertes en matière de traitement laser ou d’œil bionique prêteraient attention au message d’un homme de foi inconnu d’Israël, il se garda bien d’exprimer ses réserves. Il prit congé de son maître, redoutant le moment où il aurait à exécuter la mission audacieuse que ce dernier lui avait confiée.

Quelques jours plus tard, notre homme se tint sur l’imposante estrade de la fameuse conférence internationale d’ophtalmologie. Après avoir délivré avec brio son discours scientifique soigneusement préparé, il prit son courage à deux mains et transmit le message de son Rabbin en Israël.

L’histoire ne nous dit pas quelle fut la réaction des sommités mondiales à l’écoute de ce message mais on peut supposer qu’elle oscilla entre la surprise, l’admiration, l’hostilité et peut-être aussi l’indifférence.

Ce que l’histoire nous dit, en revanche, c’est que lorsque notre intervenant redescendit du podium, un certain spécialiste s’avança à sa rencontre pour lui serrer la main. Et lui faire un aveu des plus inattendus : « Cher confrère, déclara le médecin, lorsque vous nous avez transmis le message de votre vénérable rabbin, j’ai eu l’impression que vous vous adressiez personnellement à moi. En effet, il y a quelques mois de cela, j’ai fait une découverte spectaculaire en matière de santé visuelle qui, en toute modestie, a le potentiel de révolutionner la vie d’innombrables personnes dans le monde entier. Toutefois, je me suis abstenu de la publier jusque-là car je voulais au préalable m’assurer de la faire breveter à mon nom et d’en récolter la totalité des bénéfices financiers. Mais les paroles de votre rabbin m’ont touché en plein cœur. Elles m’ont fait comprendre la responsabilité morale que j’avais envers tous ces patients qui étaient en attente d’un traitement. J’ai donc décidé, à mon tour, d’exercer mon œil bienveillant et de partager sur-le-champ mes découvertes avec nos confrères. Tout le mérite revient à votre rabbin ! »

Je serais incapable de te répéter le jargon médical de cette fameuse découverte ni son importance pour les personnes souffrant de troubles de la vue. Ce que je peux te dire, par contre, c’est que grâce au message de l’Admour de Gour, ce spécialiste « ouvrit les yeux ». Et il permit par la même occasion à des milliers de patients d’en faire de même…

Ora Marhely

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