11 Tishri 5779‎ | 20 septembre 2018

Les lois de la Torah : un système parfait et immuable

Pour introduire la longue énumération de lois que constitue la paracha de Michpatim, la Torah utilise une conjonction qui ne semble pas avoir sa place en début de texte : « Et voici les lois que tu leur exposeras… » (Chémot 21, 1). Pourquoi donc ce « et » au début de ce nouvel énoncé ?

 

Si cette question est bien connue, la réponse que Rachi lui propose l’est certainement encore plus : ce « et » signifie que l’énoncé de notre paracha s’inscrit en réalité dans le prolongement de la précédente celle de Yitro. D’où le maître de Troyes conclut : « De même que les lois précédentes [les Dix commandements] ont été communiquées au mont Sinaï, ainsi ces lois ont été transmises au mont Sinaï. »

Les systèmes législatifs

Selon Rav Yérou’ham Leibovitz (Daat Torah), cet enseignement renferme une idée fondamentale : comme les lois civiles et pénales de la Torah émanent du Sinaï, elles se distinguent radicalement de systèmes législatifs institués par les hommes. En effet, les codes civils instaurés dans les sociétés humaines sont le résultat de mœurs développées au fil des siècles, de conventions adoptées par les hommes ou d’une certaine logique qui ont guidé les pas des législateurs. En d’autres termes, il s’agit de règles fondamentalement artificielles, des œuvres d’hommes dépourvues de valeur absolue. En conséquence, ces lois sont sujettes à l’évolution : ce qui était, la veille, admis ou inadmissible selon les mœurs de l’époque, peut être considéré à l’inverse quelques générations plus tard. C’est ainsi que les parlements du monde entier votent sans cesse des lois nouvelles ou des réformes bouleversant les normes établies, car les magistrats d’aujourd’hui pensent radicalement différemment de ceux de l’époque.

Or, comme le souligne ici Rachi, les lois de la Torah émanent quant à elles du Sinaï : c’est le Maître du monde qui les a forgées, composées et transmises à l’homme. En tant que préceptes divins, leurs principes sont absolus, ils ne sont tributaires ni d’une époque, ni de conventions humaines, ni même de valeurs éthiques telles que nous les concevons.

Le ferment de l’existence

En réalité, cette idée va bien plus loin que cela : si les lois de la Torah correspondent à toutes les époques et à toutes les sociétés humaines, ce n’est pas seulement parce que la Science divine est infinie. Comme l’enseignent le Midrach (Béréchit Rabba 1) : « Le Saint béni soit-Il a consulté la Torah pour créer le monde » – la Torah est le projet du monde, le modèle sur lequel le Créateur S’est basé pour donner le jour à l’univers.

Alors que nous avons souvent tendance à vouloir considérer les mitsvot comme étant en adéquation avec le monde, c’est tout le contraire qui est vrai : c’est le monde qui est conforme aux principes de la Torah, car elle est la Science première et absolue de l’existence.

Nos Sages enseignent en ce sens : « Le corps humain est composé de 248 organes, vis-à-vis des 248 commandements de la Torah, et il renferme 365 tendons, en regard des 365 défenses » (Zohar sur Vayichla’h). En clair, la constitution de notre organisme a été élaborée d’après les critères posés d’emblée par la Torah : comme les mitsvot à accomplir sont au nombre de 248, l’homme a été créé avec le même nombre d’organe afin que chacun d’eux corresponde à un précepte divin…

Voilà pourquoi les lois de la Torah resteront valables et efficaces, en tout état de cause et quelles que soient les évolutions de la société, car ces mêmes lois sont le ferment de l’humanité, sa source et sa raison d’être.

Où sont « nés » les parents ?

Pour illustre cette idée, prenons l’exemple du respect des parents. Généralement, nous avons coutume de concevoir que la Torah nous impose d’honorer et de respecter nos parents, parce que notre société est ainsi faite tout individu né d’un père et d’une mère, et qu’il leur est redevable de son existence. Mais justement, remarque le Rav Leibovitz, cette explication n’épuise absolument pas le sujet. En effet, on pourrait encore s’interroger : pourquoi le monde est-il ainsi fait ? Pourquoi l’être humain doit-il naître d’un homme et d’une femme ? D.ieu ne pouvait-Il pas faire les choses différemment ? Dès lors, le précepte du respect des parents apparaîtrait comme le fruit d’une situation proprement humaine, et dans l’absolu, si une société en venait à se fonder sur d’autres systèmes familiaux, cette mitsva n’aurait plus lieu d’être…

D’après ce que nous avons vu, nous comprenons qu’il n’en est évidemment rien, car le problème est tout bonnement pris à l’envers. Si le monde et nos sociétés ont ainsi été créés, si la relation parents-enfants existe telle que nous la connaissons, c’est parce que la Torah a d’emblée posé ces principes en enjoignant l’homme de respecter son père et sa mère ! C’est donc en vertu de ce précepte que D.ieu a forgé la notion de « parents » dans Sa Création, et que le principe de la cellule familiale est né.

Voilà pourquoi la Torah ne peut connaître aucune réforme, ni jamais être modifiée ou remplacée. C’est là le sens profond du précepte : « N’ajoutez rien à ce que Je vous prescris et n’en retranchez rien ! » (Dévarim 4, 2). Beaucoup de commentateurs s’interrogent : s’il est interdit de supprimer des mitsvot, c’est évidemment parce que cette démarche va à l’encontre de la Volonté divine, qui a justement dicté ces commandements. En revanche, pourquoi nous est-il défendu d’« ajouter » une mitsva ? Au contraire, cette attitude prouverait notre désir d’aller au-delà des désirs de notre Créateur, en nous imposant des devoirs que Lui-même ne nous a pas prescrits !

La réponse est que lorsqu’on ajoute un commandement à ceux de la Torah, cela suggère que la Science divine mériterait quelques « ajustements », qu’elle n’est pas forcément adaptée à toutes les époques ou à toutes les sociétés. Or, cela revient à nier le caractère divin de la Torah, à considérer que sa science n’est pas immuable et qu’elle n’émane donc pas du Sinaï. Voilà ce que la Torah suggère par ce petit « et » placé en début de notre paracha : un simple mot qui reflète la valeur éternelle et imprescriptible de la Science divine.

Yonathan Bendennoune