8 Heshvan 5779‎ | 17 octobre 2018

Les agresseurs de Nathan Cohen, 8 ans, venus à Sarcelles pour « casser du Juif »

L’enquête sera difficile pour retrouver les jeunes qui ont passé à tabac un enfant de huit ans portant la kippa. Les actes antisémites étaient en chute depuis fin 2015. Après la série noire de janvier, le doute n’est plus permis : ils repartent à la hausse.

 

Près d’une semaine après l’agression à Sarcelles de Nathan Cohen, un garçon de huit ans portant la kippa et un talit katan, les enquêteurs n’avaient procédé à aucune interpellation. Le drame s’est produit le 29 janvier avenue du 8 mai 1945. L’enquête s’annonce difficile, malgré les moyens policiers importants mis en œuvre pour retrouver les coupables. La Sûreté départementale (SD) du Val-d’Oise a saisi des films issus de caméras de vidéosurveillance, mais ils semblaient peu exploitables aux dernières nouvelles. La victime, qui se rendait en fin d’après-midi à un cours de soutien scolaire, se souvient de deux adolescents d’une quinzaine d’années qui n’auraient proféré aucune parole. Nulle altercation n’a précédé le passage à tabac. Les malfrats étaient cachés, semble-t-il, derrière une poubelle et ont infligé leurs coups subitement, sans sommation, avant de s’enfuir par le tramway passant à proximité. Tout s’est déroulé en moins d’une minute et personne n’a su décrire les visages des assaillants (sauf la couleur noire de leur peau), pas même le frère aîné de Nathan Cohen qui marchait quelques mètres plus loin. Ils n’ont rien volé à l’enfant, couvert de bleus et d’ecchymoses après l’attaque mais dont l’état n’a pas nécessité d’hospitalisation. Son père, dentiste dans le département, a lui-même pansé ses plaies.

La préfecture a annoncé le renforcement des patrouilles sécuritaires, notamment du dispositif Sentinelle, autour des quartiers et bâtiments juifs sarcellois. Puis, le président du Consistoire, Joël Mergui, a rencontré le 31 janvier le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, qui a promis une vigilance accrue dans l’ensemble des secteurs sensibles fréquentés par les Juifs sur le territoire national.
« Je connais le profil de ces délinquants : ils sont abjects, mais ils ne sont pas débiles et savent exactement ce qu’ils font ! Ils sont venus ici pour ‘casser du Juif’, j’en suis sûr », a affirmé l’ancien maire socialiste François Pupponi, toujours député de la circonscription.

Le caractère antijuif du délit a été immédiatement retenu par le parquet de Pontoise, alors que l’agression subie dans la même ville, le 10 janvier, par une lycéenne en uniforme caractéristique revenant du lycée orthodoxe Merkaz Hatorah du Raincy n’est pas considérée, à l’heure qu’il est, comme antisémite. Pourquoi cette distinction ?

L’émoi est vif à Sarcelles et chez les dirigeants communautaires du pays. Tandis que la place Beauvau a constaté fin janvier une nouvelle baisse des actes antisémites en 2017 (moins 7 %), le gouvernement a reconnu qu’une poussée inattendue des infractions de ce type était intervenue au moment des commémorations des attentats de l’hiver 2015, notamment de la tuerie de l’Hypercasher, et que cette vague de violences et d’intimidations se poursuivait actuellement. C’est pourquoi Joël Mergui a demandé à l’exécutif d’enrayer une « spirale dangereuse ».

Emmanuel Macron est monté au créneau après l’attaque du 29 janvier, déclarant que « c’est toute la République qu’on agresse ». Et d’ajouter : « Elle se dresse aujourd’hui aux côtés des Français de confession juive pour combattre avec eux et pour eux chacun de ces actes ignobles ». L’ex-Premier ministre Manuel Valls a vu dans cette affaire la preuve réitérée de « la montée de l’antisémitisme dans les quartiers populaires ». La classe politique a condamné unanimement l’attentat, le chef du gouvernement Edouard Philippe dénonçant « une nouvelle forme d’antisémitisme violente et brutale ». Marine Le Pen a insisté sur les ravages de l’islamisme. « Il faut nommer les choses, a martelé le président du groupe Les Républicains au Sénat, Bruno Retailleau. On ne peut plus enseigner la Shoah dans certains endroits, dans certaines classes… : voilà la racine du mal (…). La République doit cesser de s’excuser face aux populations radicalisées ».

Le Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme (BNVCA) a souligné que les faits en question trouvaient « leur source dans la haine d’Israël ».

 

Axel Gantz