10 Tishri 5779‎ | 19 septembre 2018

La sécurité des Juifs d’Europe de plus en plus incertaine…

French soldiers patrol the street in a Jewish neighbourhood near a religious school and a synagogue as part of the highest level of "Vigipirate" security plan after the Islamist attacks in Paris January 20, 2015. REUTERS/Gonzalo Fuentes (FRANCE - Tags: CRIME LAW RELIGION) - PM1EB1K196301

Alors que les actes antisémites se sont multipliés ces dernières semaines en France, en particulier avec l’agression d’un jeune garçon à Sarcelles la semaine dernière, plusieurs enquêtes récentes ont confirmé que les Juifs de diaspora – particulièrement en Europe – se sentaient de moins en moins en sécurité. Analyse.

 

Un sondage publié fin janvier par l’Organisation sioniste mondiale (OSM) et effectué auprès de 1 361 personnes aux Etats-Unis et dans plusieurs pays d’Europe, a établi que 27% des Juifs européens et 11% des Juifs américains ne se sentaient pas en sécurité dans leur pays parce qu’ils ont été eux-mêmes témoins d’actes antisémites (dont le vandalisme) ; des chiffres qui montent respectivement à 51% et 22% pour les personnes portant sur elles des « symboles juifs » (kippa, Magen David, etc.).

Une large majorité de personnes ayant vécu un incident antisémite (plus de 75%) avouent ne pas en avoir averti la police de leur pays, 42% parce qu’elles n’ont « pas confiance dans les autorités pour donner une suite à leur plainte », 30% parce qu’elles ont préféré « ne pas en faire une histoire » et 6% parce qu’elles craignaient « pour leur propre sécurité » si elles déposaient une plainte.

Une autre enquête commanditée par le ministère israélien de la Diaspora et réalisée en perspective de la commémoration, le 27 janvier, de la Journée internationale à la mémoire des victimes de la Shoah instituée à l’initiative des ministres de l’Education des Etats membres du Conseil de l’Europe puis adoptée par l’ONU, a fait quant à elle état d’une hausse importante de l’antisémitisme dans le monde durant l’année 2017, notamment en Allemagne (où une édition prétendument « critique » du livre d’Hitler Mein Kampf est devenue un best-seller), en Ukraine (où on enregistre 50% d’incidents supplémentaires), et surtout au Royaume-Uni (avec 78% d’augmentation des attaques physiques contre des Juifs et 30% de hausse du nombre d’incidents).

« En 2017, nous constatons une fois de plus une forte présence de l’antisémitisme ‘en ligne’, devait déclarer Naftali Benett, le ministre israélien de l’Education, en présentant cette étude devant les membres du cabinet. La plupart de ces discours haineux sont liés aux changements de gouvernements intervenus un peu partout dans le monde, à la crise planétaire des réfugiés et à la grande visibilité de l’antisémitisme dans les réseaux sociaux ».

Selon ce document, l’afflux croissant d’une importante population de réfugiés en provenance d’Afrique et du Moyen-Orient est devenu un haut facteur de risque pour les communautés juives, d’autant qu’arrivés dans leurs pays d’accueil en Europe occidentale, plus de 50% des migrants nourrissent des sentiments ouvertement antisémites. A cela s’ajoutent parallèlement la montée des groupes d’extrême-droite ultra-nationalistes et néo-nazis en Europe et aux Etats-Unis (notamment avec le succès de la marche « suprématiste blanche » de Charlottesville), ainsi que les positions ouvertement antisémites, anti-judaïques et anti-israéliennes affichées de plus en plus fréquemment en public sur les campus des universités occidentales ainsi que dans la plupart des milieux de gauche.

Résultats : les incidents antisémites – même s’ils ont décru par rapport aux chiffres record de 2015 – ont donc doublé en 2017, dont des centaines d’actes d’agressions physiques, de menaces ouvertes, mais aussi de vandalisme contre des mémoriaux, des musées et des synagogues.

Benett devait rappeler qu’une enquête réalisée dès 2012 en Europe avait établi que 40% des personnes interrogées estimaient qu’Israël menait « une guerre d’extermination contre les Palestiniens », un large courant d’opinion que la désinformation et l’« Israël bashing » systématiques toujours pratiqués par les médias du Vieux-Continent à l’égard de l’Etat juif n’aura certainement pas aidé, depuis, à endiguer…

Rappelons aussi qu’en mars dernier, lors de la 16e Conférence rabbinique européenne tenue à Pomezia en Italie en présence de 200 rabbins du Vieux-Continent, son président, le rabbin Mena’hem Margolin, avait évoqué en ces termes la montée des partis d’extrême-droite en Europe : « Pour nous, tout pays gouverné par un parti antisémite constitue une ligne rouge qui, si elle devait être franchie, nous obligera à appeler les Juifs du pays concerné à en partir ».

Fait hautement significatif se juxtaposant aux données précitées, déjà en elles-mêmes peu rassurantes : une enquête réalisée par l’Institut américain Pew dans 18 pays d’Europe a révélé que 20% des interrogés ne toléraient pas la présence des Juifs dans leurs pays, 30% ne souhaitaient pas non plus avoir des Juifs comme voisins, alors que 22% des Roumains et 18% des Polonais se sont déclarés favorables à la révocation de la citoyenneté pour les Juifs de leur pays.

« L’antisémitisme est un carburant dangereux qui alimente nos ennemis depuis des générations, a conclu Benett. Nous devons garantir à chaque Juif dans le monde qu’il pourra mener une existence sûre et fière. (…) Il nous faut donc agir avec tous les outils à notre disposition contre l’antisémitisme pour assurer la sécurité du peuple juif en Israël et en diaspora ».

Richard Darmon