15 Iyyar 5779‎ | 20 mai 2019

27 janvier : un concert à la Sorbonne en mémoire de la Shoah

 Le président Emmanuel Macron a aidé Marek Halter à organiser une grande manifestation réunissant mille invités – dont plusieurs ministres – pour la journée internationale du souvenir du génocide. L’écrivain rescapé du ghetto de Varsovie nous en dit plus.

 

Haguesher : Comment ce projet est-il né ?

Marek Halter : Tout a commencé avec les travaux d’une pianiste française de quarante ans originaire d’Europe orientale. Nathalia Romanenko se consacre depuis longtemps à la compilation des morceaux composés par des déportés dans les camps, notamment par les musiciens du fameux orchestre de Theresienstadt créé par les nazis. En les filmant, les bourreaux voulaient alimenter le futur musée « de la race juive disparue » qu’Hitler envisageait d’édifier à Prague après l’exécution de la Solution finale. Je rappelle que les membres de l’orchestre ont tous été gazés à Auschwitz par la suite… J’ai expliqué au président Macron que cet aspect de la Shoah était mal connu des nouvelles générations : les Juifs ont continué à écrire des partitions, généralement sur du papier toilette, pendant leur déportation et ont parfois réussi à jouer – conservant ainsi ce que l’écrivain italien et témoin des persécutions Primo Levi appelait leur « part d’humanité ». Le chef de l’Etat était d’accord pour mettre en avant ce chapitre oublié de l’histoire du génocide à l’occasion de la journée internationale dédiée, le 27 janvier (date anniversaire de la libération d’Auschwitz), à la mémoire des six millions de victimes. Il m’a aidé et nous avons organisé motsaé Chabbat ce grand concert placé sous son haut patronage dans l’amphithéâtre principal de la Sorbonne, avec près de mille invités, dont une dizaine de ministres. Le recteur de l’académie de Paris et le Mémorial de la Shoah étaient partenaires de l’opération.

 

– Comment s’est déroulée la soirée ?

– Nathalia Romanenko a interprété quatre morceaux produits dans les camps. Elle était accompagnée par l’orchestre de la garde républicaine, avec quatre-vingt-dix musiciens dirigés par le colonel François Boulanger. Des prises de vue réalisées par les SS à Theresienstadt ont également été montrées, ainsi qu’un passage de « La Liste de Schindler ». L’auteur du film, l’Américain Steven Spielberg, m’y a autorisé et l’orchestre a joué des notes extraites de la bande-son.

 

Propos recueillis par Axel Gantz