18 Kislev 5781‎ | 4 décembre 2020

L’avenir incertain du judaïsme des Hauts-de-France

La réunion des communautés du nord du pays, le 21 janvier à Amiens, a été marquée par la présence de Xavier Bertrand, président de région. Le climat n’était guère à l’optimisme. L’érosion démographique est préoccupante, malgré la résistance de Lille.

 

Le cancérologue Charles Sulman, vice-président du Consistoire central, est aussi à la tête du Consistoire des Hauts-de-France, cette région qui regroupe désormais le Nord-Pas-de-Calais et la Picardie. Le 21 janvier, il réunissait à Amiens (Somme) les responsables des sept communautés locales dont il a la charge, comme il le fait en moyenne deux fois par an. Ces communautés sont celles de Lille, Valenciennes, Amiens – qui bénéficient d’un minyan le chabbat – et de quatre villes où le judaïsme est en net déclin : Lens, Dunkerque, Saint-Quentin et Boulogne-sur-Mer. Sans la Hazac, cette structure qui dépêche de jeunes Juifs issus de grandes synagogues parisiennes ou provinciales là où la vie cultuelle est réduite aux prières de Kippour, au séder de Pessa’h et à quelques offices sporadiques, rien ne serait possible. C’est pourquoi le président du Consistoire central, Joël Mergui, a promis pendant la réunion davantage d’investissement humain de la part de la Hazac pour les Hauts-de-France. Le grand rabbin Haïm Korsia était également présent.

A Lens, la choule devrait être transformée à terme en musée rappelant l’apport des Juifs de la cité minière (près d’un millier avant-guerre) au développement local et la déportation de centaines d’entre eux le 11 septembre 1942. Il est probable que d’autres synagogues connaissent un sort similaire.
Il n’y aurait plus aujourd’hui que huit à neuf cents familles juives dans la région, dont cinq cents à Lille. Dans la métropole nordiste, Charles Sulman se félicite d’un certain renouveau, malgré l’érosion démographique continue due à l’alya, aux départs pour Paris et globalement à l’envie des jeunes de tenter leur chance ailleurs, comme un peu partout en province. Le président de la communauté, Guy Bensoussan, élu il y a deux ans, se bat aux côtés du rav Elie Dahan, en fonction depuis une trentaine d’années, pour proposer des conférences et activités culturelles visant à réaliser la fameuse « alyah interne » voulue par Joël Mergui et inciter nos coreligionnaires à fréquenter davantage la synagogue. On doit au rav Dahan l’approvisionnement très honorable de la ville en produits casher. Les nombreux étudiants lillois représentent un vivier pour les offices. Les plus pratiquants y retrouvent le chabbat les séfarades et ashkénazes installés ici depuis longtemps. La communauté est née en 1872, quand des Juifs alsaciens et mosellans ont fui leur terre natale pour ne pas devenir allemands après la défaite de Sedan.

La maire UDI d’Amiens, Brigitte Fouré, était dans la salle. Elle a rappelé que la capitale picarde disposait d’une nouvelle synagogue bâtie par le célèbre architecte Paul Chemetov et inaugurée en octobre 2017.

L’ancien ministre Xavier Bertrand, président de la région – qui vient de quitter Les Républicains pour cause de « dérive droitière » du parti -, a lui aussi honoré l’assemblée de sa présence. Il a souhaité que le rabbinat se penche sur les progrès spectaculaires de la technologie numérique et leurs conséquences en matière spirituelle. Il a indiqué en outre que de jeunes doctorants israéliens seraient prochainement accueillis dans les centres de recherche high tech dont les Hauts-de-France s’enorgueillissent à présent.

Axel Gantz