11 Tevet 5779‎ | 19 décembre 2018

Le discours incendiaire d’Abbas ou lorsque le rais palestinien dit enfin la Vérité

Palestinian President Mahmoud Abbas (Abu Mazen) speaks during a meeting with members of the Central Committee in the West Bank city of Ramallah on January 14, 2018. Photo by Flash90 *** Local Caption *** øîàììä îçîåã òáàñ àáå îàæï

Ce n’est pas la première fois que Mahmoud Abbas prononce des discours surprenants durant lesquels il multiplie les mensonges historiques et rend les autres directement responsables de ses propres erreurs de jugement. Mais cette fois, il a dévoilé son véritable visage, a dit ce qu’il pensait au plus profond de ses tripes. A tel point que son déni d’Israël, son mépris du peuple juif et sa hargne contre Donald Trump ont réussi à surprendre les « Abbassologues » les plus avertis.

En 1995, alors que le processus d’Oslo était à son « apogée », j’avais eu l’occasion de rencontrer Faycal El Husseini, alors ministre de Jérusalem de l’Autorité Palestinienne naissante. Ce célèbre notable, neveu du grand mufti de Jérusalem Hadj Amin El Husseini mais plus « modéré » d’apparence que son oncle, m’avait accueilli dans sa somptueuse villa, dans l’un des quartiers de la partie est de Jérusalem. Je me souviens en particulier d’une question que je lui avais posée lors de l’entretien que nous avions eu alors : « Est-ce que les Palestiniens accepteront de reconnaître la présence ad vitam eternam d’un Etat juif sur la terre  d’Israël que vous appelez la Palestine ? » Sa réponse avait été sans détour : « Ce sera impossible, car nous ne pourrons jamais reconnaître une présence juive sur cette  terre appartenant à l’Islam ». J’ai repensé à cette réponse qui avait, au moins, le mérite d’être claire en prenant connaissance, ce dimanche, du stupéfiant contenu du discours prononcé par Mahmoud Abbas. Et je me suis dit que, finalement, à force d’aspirer sincèrement à un véritable règlement du conflit israélo-palestinien, nous avions fini par « oublier » le  véritable narratif palestinien, celui qui sort du cœur et des tripes des dirigeants palestiniens. Et de ce point de vue-là, il faut grandement remercier Mahmoud Abbas de nous avoir rouvert les yeux et de nous avoir rappelé, comme l’a très bien expliqué Binyamin Nétanyaou ce lundi, la « vérité », à savoir que la véritable cause du conflit israélo-palestinien n’est autre que le refus systématique et répété des Palestiniens de reconnaître l’existence d’un Etat, quelles que soient ses frontières : « Ceux qui veulent comprendre pourquoi ce conflit se prolonge doivent écouter ce que Mahmoud Abbas a dit, a déclaré le Premier ministre avant de préciser que ce discours sert plus que tout autre les intérêts d’Israël, car il nous permet de réclamer une exigence élémentaire : sans changement d’approche de la part des Palestiniens, sans qu’ils ne reconnaissent le caractère juif d’Israël, il ne pourra y avoir de progrès ». Il n’est nullement nécessaire d’être un admirateur inconditionnel du Premier ministre israélien pour admettre que, sur ce point, il a eu raison de réclamer ces dernières conditions comme sine qua none d’un règlement du conflit, la reconnaissance de l’Etat d’Israël comme Etat nation du peuple juif. Car Mr Nétanyaou savait pertinemment qu’aucun Palestinien, et certainement pas un Mahmoud Abbas qui, certes a toujours refusé l’usage de la violence terroriste dans le conflit mais n’a jamais cessé de revendiquer l’argumentaire qu’il a rappelé dans son discours de dimanche, selon lequel : « Israël est un projet colonial qui n’a rien à voir avec les Juifs ». Pour l’orientaliste Dr Ephraïm Herera, Abbas a résumé ainsi la théorie antisémite qu’il a longuement développée dans la thèse de doctorat qu’il a soutenue dans les années 70 à l’université de Moscou : « Dans cette thèse, qui est disponible sur le site personnel de Mahmoud Abbas, il prétend que le mouvement sioniste a pactisé avec les Nazis pour qu’ils exterminent les Juifs en Europe, afin que l’Europe ait ensuite pitié de ces Sionistes et leur offre alors un Etat. Cela fait des dizaines d’années qu’Abbas a cette approche du sionisme et, ce qui nous surprend, c’est qu’il l’exprime ouvertement devant les instances de l’OLP et devant les caméras. Mais ce n’est pas nouveau. D’ailleurs, sa stratégie plus récente, pour ceux qui s’intéressent à la connaître, était aussi sournoise puisqu’il était prêt à signer un accord à court terme avec Israël dans la perspective de voir l’Etat hébreu disparaître à moyen terme. Rappelons qu’Abbas n’a jamais renoncé au droit au retour de tous les réfugiés palestiniens, et qu’il rêve toujours lui-même de revenir s’installer dans sa ville natale de Safed », explique le Dr Herera.

Mais pourquoi donc Abbas a-t-il totalement « disjoncté » durant ce discours, au point même d’insulter copieusement Donald Trump en lui souhaitant, en arabe, que « sa maison (blanche) soit détruite » ?

A cette question, plusieurs réponses, qui sont le reflet de la frustration et de la colère du leader palestinien :

  • Il y a d’abord la frustration et la colère face à l’administration Trump, face à la déclaration du président américain reconnaissant Jérusalem comme capitale de l’Etat d’Israël. Abbas n’a, semble-t-il, pas vraiment compris que le locataire de la Maison Blanche avait changé il y a un an presque jour pour jour. Il a cru qu’il allait pouvoir continuer à berner Trump comme il avait berné le médiocre Barack Obama. Il n’a pas compris que la victimologie, développée par les Palestiniens sous l’ex président américain, n’avait plus sa place dans l’administration Trump. Il n’a pas tenu compte des sollicitations de Trump lui demandant de cesser le versement des salaires aux terroristes palestiniens. Et n’a pas fait de gestes véritables en direction du président américain alors que, parallèlement, Nétanyaou acceptait l’exigence américaine de se restreindre dans la construction des localités de Judée et Samarie. Il est vrai que le trio Kushner-Greenblat-Friedman ne penchait pas de prime abord en faveur de la cause palestinienne, mais si Abbas avait donné des preuves de bonne volonté, il aurait dû conserver un positionnement plus équitable. Au lieu de cela Abbas a fait fi des mises en garde américaine et il a continué, également, à se tourner vers l’ONU sans comprendre le mépris de Trump et son ambassadrice Nikky Haley pour cette instance. Il suffit de lire ce qu’a dit Abbas de David Friedman, pour comprendre l’ampleur de sa frustration et de sa colère.
  • Mais il y a aussi la frustration et la colère du rais face au positionnement très réservé des pays arabes sunnites, après la déclaration américaine du 6 décembre sur Jérusalem. L’Arabie Saoudite, qui a proposé Abou Dis comme capitale; l’Egypte, qui a empêché ses présentateurs télé de critiquer la reconnaissance de Jérusalem par Trump, ont conduit Abbas à comprendre que, dans la conjoncture actuelle, certains pays sunnites modérés étaient bien plus préoccupés par la menace iranienne que par un règlement de la cause palestinienne. Et qu’ils étaient bien plus intéressés par la formation d’un front avec les Etats-Unis et Israël que par l’impasse diplomatique vers laquelle Abbas conduisait son peuple.
  • Enfin, frustration et colère face au silence de la rue palestinienne. Celle-ci, il faut l’avouer, n’est pas massivement descendue dans les rues pour protester contre la déclaration de Trump. Comme si cette rue palestinienne avait compris qu’elle n’avait plus rien à attendre d’un vieux leader usé de 83 ans, qui n’a jamais été capable d’améliorer ses conditions de vie.
  • Voilà comment cette colère et cette frustration se sont traduites, dimanche, par un discours dans lequel Abbas a accusé le monde entier de ses propres échecs, un discours qui pourrait bien être le chant du cygne de celui qu’Ariel Sharon appelait, au lendemain de son arrivée à la Moukata, en 2004, le petit oisillon…

Daniel Haïk